La fenêtre est ouverte
dehors le ciel
crie
La fenêtre est ouverte
dehors le ciel
crie
J’ai de l’o dans le coeur
quand il s’ouvre, il s’épanche
il s’ôte tout sens commun
il ose
crier fort
j’ai de l’eau dans l’oreille
mais on ne sait pas laquelle
moi je crois que c’est celle
qui bondit dans les torrents
odorants
j’ai de l’o dans l’oeil
on la goûte dans l’étonnement de ma larme
j’ai de l’o qui s’enflamme
je n’aime pas les (h)auteurs, ceux qui le prennent de haut
ceux qui obligent
ils me donnent le vertige
je n’aime pas leurs odes à faire peur
J’ai un o dans le cœur
j’ai un o de la tête
à mon plus petit orteil
j’ai un o inoffensif qui ondule
J’ai un o qui fait peur
aux
autres.
les cerf-volants s’envolent
les arbres ces petits squelettes noirs
dansent en tenant dans leurs bras
les mousses roses et vertes
du printemps
nous ne sommes plus des points
mais les fourmis funambules
d’une cité accrochée aux grains
de sable et aux différents
fils de l’eau
jusqu’à la nuit on grignote la journée
de places de marché en rues animées
de ponts en quais de déchargements
on boit, on ment, on triche
on mange, on vend, on exploite
on draine, on tire, on pêche
on crie, on obtempère, on se cache
on regarde et on tente d’oublier, on vomit
on mendie, on grappille
mais jamais on ne naît, ni ne meurt
car c’est la fête.
Les rouleaux de soie
Le Jour de Qingming au bord de la rivière
Dix-sept textes ajoutés aujourd’hui à ma collection.
Derrière le banc de la certitude
il siège
sa cervelle sert de refuge
aux commandements
aux ordres
au grand rassemblement
de la culture
parfois de la pointe aiguisée
qui lui sert de doigt à désigner
il crie : « toi ! »
il faut qu’il sacrifie
chaque jour
le cœur tendre d’un enfant
pour satisfaire sa vanité
il organise des orgies
il attise les cendres
des rires venimeux de quelques pourris
il se répand comme la peste et le choléra
il montre ses dents
jubile : « voyons, tu ne sais pas ! »
en suturant ta peine de petit chat
il peut planter ses racines
étendre la ramure ecclésiastique
de ses bras maigres comme les
barreaux de sa propre prison.
4900 colours : version II, 2007 Gehhard Richter
Tu as toutes les cartes
as-tu bien observé
toute la gamme des possibilités
as-tu encore envie de jouer
à deviner quel sourire était
jaune quel geste était transi de froid
bleuté quel oubli était
rouge comme l’épicentre du feu ?
Elle s’écroule deux hommes la retiennent mais elle fond jusque sur le sol
l’un appuie de sa main sur le petit trou par lequel s’enfuit la vie
et rentre la peur et rentre l’horreur
l’autre la recouvre de quelques mots
tout son corps est mou
elle vient de tourner la tête
elle regarde ce bout de ciel sans demander pourquoi elle a si mal
ses yeux s’agrippent de toute leur force
on dirait de tout petits moineaux sans ailes
les hommes ne supplient plus ne crient plus ne croient plus au secours
c’est alors que la mort se met à couler par la bouche par les yeux par le cœur
et au travers de tous les vêtements et sur la terre et sur ce petit bout de ciel qui attend qui regarde impuissant
la main ne tient plus il ne reste plus aucune larme plus aucun pleur plus aucun geste
elle meurt.
En Iran, une jeune-femme est abattue dans la rue. Les forces armées du pouvoir tirent sur une foule pacifiste d’étudiants. Elle est touchée en pleine poitrine, on vise pour tuer.