Holà

holà

J’ai de l’o dans le coeur

quand il s’ouvre, il s’épanche

il s’ôte tout sens commun

il ose

crier fort

j’ai de l’eau dans l’oreille

mais on ne sait pas laquelle

moi je crois que c’est celle

qui bondit dans les torrents

odorants

j’ai de l’o dans l’oeil

on la goûte dans l’étonnement de ma larme

j’ai de l’o qui s’enflamme

je n’aime pas les (h)auteurs, ceux qui le prennent de haut

ceux qui obligent

ils me donnent le vertige

je n’aime pas leurs odes à faire peur

J’ai un o dans le cœur

j’ai un o de la tête

à mon plus petit orteil

j’ai un o inoffensif qui ondule

J’ai un o qui fait peur

aux

autres.

En titubant

Adour basinVoilà qu’elle monte les escaliers

en titubant

en maudissant cette enfant

qui dort maintenant

quand elle est encore ivre

voilà qu’elle se tait

voilà qu’elle se redresse

et que je tords mes doigts

pourvu qu’elle tombe encore une fois

et pourvu qu’elle me laisse.

C’est la fête

les cerf-volants s’envolent

les arbres ces petits squelettes noirs

dansent en tenant dans leurs bras

les mousses roses et vertes

du printemps

nous ne sommes plus des points

mais les fourmis funambules

d’une cité accrochée aux grains

de sable et aux différents

fils de l’eau

jusqu’à la nuit on grignote la journée

de places de marché en rues animées

de ponts en quais de déchargements

on boit, on ment, on triche

on mange, on vend, on exploite

on draine, on tire, on pêche

on crie, on obtempère, on se cache

on regarde et on tente d’oublier, on vomit

on mendie, on grappille

mais jamais on ne naît, ni ne meurt

car c’est la fête.
Les rouleaux de soie
Le Jour de Qingming au bord de la rivière

Le grand rassemblement

Derrière le banc de la certitude

il siège

sa cervelle sert de refuge

aux commandements

aux ordres

au grand rassemblement

de la culture

parfois de la pointe aiguisée

qui lui sert de doigt à désigner

il crie :  « toi ! »

il faut qu’il sacrifie

chaque jour

le cœur tendre d’un enfant

pour satisfaire sa vanité

il organise des orgies

il attise les cendres

des rires venimeux de quelques pourris

il se répand comme la peste et le choléra

il montre ses dents

jubile : « voyons, tu ne sais pas ! »

en suturant ta peine de petit chat

il peut planter ses racines

étendre la ramure ecclésiastique

de ses bras maigres comme les

barreaux de sa propre prison.

Les nouvelles armures

La pluie se défait de ses certitudes

elle abandonne le ciel à grands pas

elle s’apaise, elle s’appuie

sur les rues et partout

elle ruisselle, elle tisse avec

de gros lacets une couverture

pleine d’épines et

qui picote

elle court ensorcelée et se cherche

de nouvelles armures

d’acier trempé

Quatre mille neuf cents couleurs

4900 colours : version II, 2007   Gehhard Richter

Tu as toutes les cartes

as-tu bien observé

toute la gamme des possibilités

as-tu encore envie de jouer

à deviner quel sourire était

jaune quel geste était transi de froid

bleuté quel oubli était

rouge comme l’épicentre du feu ?

Gerhard Richter by Lothar Wolleh

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En pleine rue

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Elle s’écroule    deux hommes la retiennent mais elle fond jusque sur le sol

l’un appuie de sa main sur le petit trou par lequel s’enfuit la vie

et rentre la peur et rentre l’horreur

l’autre la recouvre de quelques mots

tout son corps est mou

elle vient de tourner la tête

elle regarde ce bout de ciel sans demander pourquoi elle a si mal

ses yeux s’agrippent de toute leur force

on dirait de tout petits moineaux sans ailes

les hommes ne supplient plus  ne crient plus    ne croient plus au secours

c’est alors que la mort se met à couler par la bouche par les yeux par le cœur

et au travers de tous les vêtements et sur la terre et sur ce petit bout de ciel qui attend qui regarde impuissant

la main ne tient plus il ne reste plus aucune larme plus aucun pleur plus aucun geste

elle meurt.

En Iran, une jeune-femme est abattue dans la rue. Les forces armées du pouvoir tirent sur une foule pacifiste d’étudiants. Elle est touchée en pleine poitrine, on vise pour tuer.