Au milieu de nulle part

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à retenir le ciel

à le laisser fuir au travers de mon corps

par chacun de mes pores

par chacune de mes couleurs

je me sens seul

à porter la lumière

en autant de parcelles

je me sens seul

à maintenir les ténèbres liquides et glacées

à mes pieds

je me sens seul

à ma porte

je me sens seul

à la portée du soleil

et de l’ombre

je me sens seul

à flotter dérisoirement

à contempler les secondes

à les combattre avec des pétales

je me sens seul

à ne plus sentir

ta main

même vieille

même flétrie

même pauvre

même faible

je me sens seul

les petits peuples d’insectes dévorent mon or

dévorent mon cœur et mon âme

je me sens seul

occultant mes efforts

cachant ma nature et ma peur

je me sens seul

à marcher sur les doutes

à transgresser la nuit

je me sens seul

ma solitude est condamnée à se ranger parmi les bribes

au fond de moi

à stagner sur le silence

à s’assouplir comme une ombre

à se laisser oublier.

Géographie modulable

 

Il ne me reste plus que l’empreinte, le souvenir de tous mes instants, la trace d’un paysage, la géographie d’une idée que la vie a érodé. Quels ont été les vents profitables, les pluies salvatrices ? Que reste-il lorsqu’on regarde derrière soi, alors qu’on marche sans le désir d’atteindre la fin de notre trajectoire ? Il ne me reste plus qu’à feuilleter en espérant trouver.

 

Ne manque-t-il vraiment rien ? Quelle phrase accordons-nous à notre oubli ? Cet espace creux qui parfois résonne, joue la note de travers, pince notre cœur et réveille notre peur ? N’est-il que vide, ne s’exprime-t-il qu’aux travers de nos limites ? Trouverais-je jamais le mot juste, l’endroit fidèle ?

 

Quelles sont les secondes qui nous ravinent, ne trouvons-nous pour les exprimer que ces montagnes inversées, que nous ne pouvons escalader ?

 

Il faut creuser, chercher au lieu de gravir. Ou bien veut-on nous dire que l’ascension certaine se fait en élaborant lentement nos fondements, en y prenant le temps d’installer un lit pour toutes nos rivières ?

 

Tout cela n’est peut-être que du sable, du vent, du rien qui nous échappe en beauté, tout cela n’est peut-être qu’un mirage découpé au laser dans nos rêves.

Apprendre à nous lire, apprendre à découper avec soin, à définir, c’est apprendre à lire le monde et à le construire. Apprendre à laisser une empreinte aussi fugace que celle-là, une onde de choc.

 

Holà

holà

J’ai de l’o dans le coeur

quand il s’ouvre, il s’épanche

il s’ôte tout sens commun

il ose

crier fort

j’ai de l’eau dans l’oreille

mais on ne sait pas laquelle

moi je crois que c’est celle

qui bondit dans les torrents

odorants

j’ai de l’o dans l’oeil

on la goûte dans l’étonnement de ma larme

j’ai de l’o qui s’enflamme

je n’aime pas les (h)auteurs, ceux qui le prennent de haut

ceux qui obligent

ils me donnent le vertige

je n’aime pas leurs odes à faire peur

J’ai un o dans le cœur

j’ai un o de la tête

à mon plus petit orteil

j’ai un o inoffensif qui ondule

J’ai un o qui fait peur

aux

autres.

En titubant

Adour basinVoilà qu’elle monte les escaliers

en titubant

en maudissant cette enfant

qui dort maintenant

quand elle est encore ivre

voilà qu’elle se tait

voilà qu’elle se redresse

et que je tords mes doigts

pourvu qu’elle tombe encore une fois

et pourvu qu’elle me laisse.

C’est la fête

les cerf-volants s’envolent

les arbres ces petits squelettes noirs

dansent en tenant dans leurs bras

les mousses roses et vertes

du printemps

nous ne sommes plus des points

mais les fourmis funambules

d’une cité accrochée aux grains

de sable et aux différents

fils de l’eau

jusqu’à la nuit on grignote la journée

de places de marché en rues animées

de ponts en quais de déchargements

on boit, on ment, on triche

on mange, on vend, on exploite

on draine, on tire, on pêche

on crie, on obtempère, on se cache

on regarde et on tente d’oublier, on vomit

on mendie, on grappille

mais jamais on ne naît, ni ne meurt

car c’est la fête.
Les rouleaux de soie
Le Jour de Qingming au bord de la rivière