Amoureux

J’attends

je suis fin

prêt

à me poser

sur ton âme

ou son souvenir

ou son parfum

lointain

je pourrais te toucher

mais j’attends

sans plus me résorber

et me perdre

et m’égarer

de te proposer

mes creux et mes vagues

mes vides et mes pleins

comme un étrange soleil

aux lueurs oscillantes

j’attends de te parer

de cette couronne

sans gloire

et de mon doigt

qui t’indique l’endroit

où se repose

ta beauté.

Depuis que tu n’es plus là

Les gens n’ont pas de visage, ils portent des masques, depuis que tu n’es plus là. Leurs corps est un costume. Ils n’ont presque pas de caresse et ne veulent pas d’histoires. Ils enfoncent leurs phrases dans ma tête comme on plante des flèches dans le corps de la bête que l’on veut abattre. Leurs traits déteignent et puis s’éteignent.

Comment pourrais-je encore faire partie de la fête puisque tu n’es plus là ? Je ne peux même pas parvenir à me faire une idée pour  les adorer ou les haïr. Ils me rendent vide, il me laisse sec et froid. Les plis du sourcil, la cerne sous l’oeil, la bouche sont engloutis. Le regard lui-même est dissolu. Ils n’ont plus l’âme humaine mais celle du rat prisonnier qui se rebiffe et se sait perdu.

Les gens ne tiennent pas leur parole, ils disent n’importe quoi. Il n’en est pas un seul qui se tienne droit. Ils ressemblent à ces morceaux de chairs sur les étales des bouchers, à des spectres grimaçants, à des lambeaux de vies. Les gens se pendent désespérément au cou du néant.

Plus personne ne peut penser qu’ils puissent encore mener une vie juste et sincère. Ils ne l’ont jamais interrogée. Leur existence est factice et patauge dans les marais ou les chemins de boue. Les gens se nourrissent de mensonges ou s’en contentent, depuis que tu n’es plus là.

Depuis que tu n’es plus là, jamais plus je n’avance. Je rampe ou je tremble à tâtons.

La dégénérescence siège et recouvre tout l’espace, s’accapare la plus grande ombre. Le dernier soupir, la dernière évocation de la vie surgit dans le geste de ma main qui refuse maladroite, cet état. Car dans le fond, je ne me sens plus être, je ne trouve plus les mots, depuis que tu n’es plus là. Je ne suis pas si différent de ces troupeaux de bœufs, de vieillards pontificaux, rances ou rongés par l’oubli. Je me sens qui sombre et me défait. Happé par le cahot, j’accepte la défaite, je me rends immonde, depuis que tu m’as quitté.

La lumière est exsangue, elle est suicidaire et a envie de se pendre. Elle traîne et s’arrache les vêtements en criant sa folie. Voilà ce qu’est devenue ma révolte, depuis que tu n’es plus là.

L’anéantissement brutal de la certitude, la menace, la perte ou l’excès de raison pèse sur ma conscience, brise mes épaules et ploie ma colonne.

Je pensais que je ne t’oublierais pas. Je pensais toujours pouvoir reconnaître le goût de ta peau, la chaleur de ton corps. Je pensais que je n’oublierais pas le velours de ta voix, la fraîcheur de ta main et ton odeur lorsque tu me revenais de l’hiver, de la nuit, de la pluie. Je pensais que tu ne porterais jamais de masque, comme le monde et comme eux, mais je constate non sans horreur que je t’en ai fait porté un.

Low

The fool

Tu marches sur les épines des incendies
à chaque fois que tu fais un pas
tu entends les chants et les milles cris
de la lumière et de ses petits

Tu as au fond de toi, dans le noir,
un trop minuscule cœur enfermé
dans la cage pour laquelle je n’ai pu
te donner la clef.

Tu dois avancer sur tes doigts, effleurer
le monde si vacillant, si inquiétant
que parfois on ne le comprend pas.

Tu as ce que d’autres n’ont pas
un œil si transparent et lucide,
un pétale flottant sur un océan bleu infini
ton embarcation fragile et gracile
contre tant de tourments.

Ta larme enfuie au plus profond d’un puits
comment pourrait-elle convaincre
les déserts, les ravins et les frontières ?

The fool on the hill—The Beatles

Presque comme avant

 

Elle a envie de sortir mais elle ne sait pas demander. Elle n’a d’autre voie que de se laisser aller comme les fils. Son petit visage a envie de jouer, de grimper dans les arbres et de manger son morceau de ciel comme n’importe lequel. La Lys voudrait peut-être sortir de son lit comme l’enfant qui ne peut s’endormir.

Je marcherais alors à ses côtés, aussi loin que je le pourrais. Mon cœur épouserait le même mouvement lent et puissant que le jour. J’aurais peur.

Je voudrais pouvoir fuir sans jamais plus revenir. Laisser mes cheveux se languir comme des algues au fil de l’eau glaciale. Suivre l’emploi du temps maladif de cette rivière orpheline.

Je voudrais être aussi arrogant qu’un printemps, croire qu’en claquant mon fouet sur l ‘eau, un joyeux cortège s’ébranlerait pour annoncer aux gens que la vie a repris son cours, que tout est presque comme avant.

Au milieu de nulle part

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à retenir le ciel

à le laisser fuir au travers de mon corps

par chacun de mes pores

par chacune de mes couleurs

je me sens seul

à porter la lumière

en autant de parcelles

je me sens seul

à maintenir les ténèbres liquides et glacées

à mes pieds

je me sens seul

à ma porte

je me sens seul

à la portée du soleil

et de l’ombre

je me sens seul

à flotter dérisoirement

à contempler les secondes

à les combattre avec des pétales

je me sens seul

à ne plus sentir

ta main

même vieille

même flétrie

même pauvre

même faible

je me sens seul

les petits peuples d’insectes dévorent mon or

dévorent mon cœur et mon âme

je me sens seul

occultant mes efforts

cachant ma nature et ma peur

je me sens seul

à marcher sur les doutes

à transgresser la nuit

je me sens seul

ma solitude est condamnée à se ranger parmi les bribes

au fond de moi

à stagner sur le silence

à s’assouplir comme une ombre

à se laisser oublier.

Géographie modulable

 

Il ne me reste plus que l’empreinte, le souvenir de tous mes instants, la trace d’un paysage, la géographie d’une idée que la vie a érodé. Quels ont été les vents profitables, les pluies salvatrices ? Que reste-il lorsqu’on regarde derrière soi, alors qu’on marche sans le désir d’atteindre la fin de notre trajectoire ? Il ne me reste plus qu’à feuilleter en espérant trouver.

 

Ne manque-t-il vraiment rien ? Quelle phrase accordons-nous à notre oubli ? Cet espace creux qui parfois résonne, joue la note de travers, pince notre cœur et réveille notre peur ? N’est-il que vide, ne s’exprime-t-il qu’aux travers de nos limites ? Trouverais-je jamais le mot juste, l’endroit fidèle ?

 

Quelles sont les secondes qui nous ravinent, ne trouvons-nous pour les exprimer que ces montagnes inversées, que nous ne pouvons escalader ?

 

Il faut creuser, chercher au lieu de gravir. Ou bien veut-on nous dire que l’ascension certaine se fait en élaborant lentement nos fondements, en y prenant le temps d’installer un lit pour toutes nos rivières ?

 

Tout cela n’est peut-être que du sable, du vent, du rien qui nous échappe en beauté, tout cela n’est peut-être qu’un mirage découpé au laser dans nos rêves.

Apprendre à nous lire, apprendre à découper avec soin, à définir, c’est apprendre à lire le monde et à le construire. Apprendre à laisser une empreinte aussi fugace que celle-là, une onde de choc.