Silence

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Dans ce jardin au fond de toi, le silence déploie ses pétales, étale sa corolle.  Petit à petit, il se met  à onduler, à gonfler ou à rétrécir. Comme la fumée indomptable de l’incendie, ta faim s’aiguise et s’échappe. Elle dépose ses couleurs sur les branches et les troncs, sur les herbes. Elle ploie et dessine les feuilles. Elle réinvente les contours du monde, accorde des parfums. La faim te force à partir à la conquête de la vie.

En toi, le silence a pris de l’ampleur, il culmine en étant devenu la fleur où le fruit se devine. Il décline sa fantaisie en construisant des chapelles aux volutes et à l’exubérance. Il murmure à l’oreille joyeusement comme ces petits torrents remplis d’innocence. Le silence n’a plus rien du vide, il est la construction en dentelle de l’univers. Il ne se lasse d’élire ce que tu lui donnes. En toi désormais résonne la musique.

La musique est la traduction des mouvements du monde. Elle est la procession amusée du temps, elle est le musée du regard et devient le temple du souvenir où tous les sens semblent se réunir.

Mahler

Fluide

Si j’étais fluide

je ne mangerais pas la lumière     je pourrais la laisser couler

Je me moulerais au temps

je goûterais

Mon coeur pourrait se battre dans les noyaux des cellules

et trembler sur la peau des fleurs

aux sons de tous les parfums de la terre

je me dissimulerais           me dissiperais comme les brumes

comme les matins    chagrins de la nuit sans lune

je serais la perle des heures

la goutte de soif

la transpiration du volcan

je vous regarderais et m’affolerais

de vous savoir

tellement immuables

tellement certains

Je danserais pour enlacer vos regards

vous recouvrir de pleurs

et mes paroles

dénoueraient mes pensées pour s’écouler en flots

j’inonderais  les silences

je n’arrêterais pas de fuir

Mais je ne suis pas fluide      Je suis un bloc      une masse      un tronc tentaculaire et rongé par les vers

je ne me plie pas sans me briser

et je stagne.

Éclair

Il y a cachée, en moi, une plaie.

Elle s’ouvre et se referme comme une fermeture Éclair.

Il lui arrive de gonfler, il lui arrive d’exploser.

On pourrait se demander

pourquoi ne se refermerait-elle pas une fois pour toute.

On pourrait essayer de l’ensabler, de lui imposer un sarcophage.

On pourrait, mais je ne le fais pas

car je sais que sans avoir mal,

on ne vit pas.

Corail


Jennifer Mc Curdy

Le vent érode les pensées. Elle finissent par être comme ces coquillages délaissés où seule semble subsister le vague de l’âme. Ou est-ce le temps qui érode les souvenirs et reconstruit petit à petit dans ce qu’il reste de la vie ? Il la complexifie ou la dissipe.

De trous en trous, de nouvelles histoires s’élaborent à partir de ce qui subsiste au delà de tout acharnement. Serait-ce cela désormais le tissu d’une vie, fait d’incroyables ouvertures, d’espaces vides ou creusés dans l’espérance ?

La matière principale de nos rêves nous échappe, nous passe entre les doigts, glisse, se faufile sans jamais se dissoudre totalement. Tous nos gestes et toutes nos tentatives semblent grossièrement absurdes en regard de ce que nos pensées furent lorsqu’elles semblaient encore soudées à la seule possible liberté.

Dans ce clos secret qui ne regarde personne et que personne ne connaît, nage le devenir. Il s’agrippe, se dissipe, se crispe, se coagule faiblement ou s’enflamme.

Mangez sa folle exubérance, ce faste fait pour les êtres de surface. Que voulez-vous que cela lui fasse ? Pourvu seulement que vous vous trouviez plus beaux et moins incomplets. Elle ne se lasse pas de s’évaporer, de persister comme le corail, d’éponger des défaites car au moins, elle essaye de se dépasser et de partir à votre conquête.

Sur le champ

 

Dans l’alignement            il est poussé des plantes grasses et odieuses

à la place du blé dans les plaies desséchées

on dirait les têtes

tombées

elles n’ont pas d’épines                  elles n’ont plus de peur

on leur a juste laissé   des tonnes et des tonnes

de pleures à remuer

 

sombre       molle      oubliée        la boue vous colle aux pieds

la terre meuble se dérobe                        le ciel se crispe