Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Robert Budzinski (1874-1955), ’Volkslied’ (Folk Song), “Kunstwart und Kulturwart”, 1919 Source (via issafly)
Le ciel est comme l’envol d’un seul oiseau
la terre un océan de brindilles
à l’horizon un galop de cheval
éparpille les poussières
le cri le crispe
la peur veut prendre le contrôle
une chanson traditionnelle
parle d’une forêt qui mange
et le temps et l’espace qu’elle
accorde à la vie
ta chevelure quand elle s’échappe
devient un nuage
ton œil quand il regarde s’effraye
tout cela habite le cœur
des collines calcinées.
Comme si tu n’étais plus /vivant tu assistes à tes propres enterrements/ Toujours par petits bouts de phrases/ Tu te sens seul à le savoir/ Un poème impose à tes visages/ les flux flous /des secondes Pas une seule qui réponde à tes questions/
Ton coeur dans sa conque s’ébroue/ On dirait qu’il refuse/ d’avaler par gorgées infimes/ l’éternité d’une vie évidée/ Ce que tu cherches/ n’est plus /depuis longtemps ton rire/ a gravé de ses Quatre lettres les souvenirs.
J’aimerais que mes phrases ne parlent pas
la même langue que moi
qui boite et trébuche à chaque pas
j’aimerais qu’elles soient
autrement que de simples lettres alignées
ces mots dont on a épinglé les ailes
par peur qu’ils dénoncent l’aspect
véritable de nos maigres rêves
j’aimerais que mes phrases ne soient pas les objets
d’une nature morte
qu’un éclat de bougie encore fasse trembler leurs corps
j’aimerais accompagner le silence quand il entre
dans la forêt d’eucalyptus et leur demande d’exalter
l’obscurité
La lune est un cheval
porté au pas
elle allonge l’ encolure
et laisse ses lèvres effleurer
le ruisseau
l’eau se ride et forme des anneaux
autour des naseaux
la lune respire et broute
les touffes brûlantes de quelques
reflets d’étoiles
à chaque mot correspond l’écho d’une vague
le bruit que fait un sabot quand il égratigne le sable
empreinte de brume
trace que laisse après son passage
la poussière
Elle s’évertue à élever des phrases
sans en mesurer ni même vouloir
toute la lourdeur pathétique
comme si elle était
l’égale de la profondeur
l’ignorance raye la curiosité
Quels sont tous les autres noms de l’absolu
me questionne un poème
de Li Po
Dans les feuillages le vent est
Un petit cheval vert se cabre
Disparait puis après avoir bu
Le ciel revient plein de fougue
Derrière la colline vient de naître
Dans un lit de brumes
La lune avant l’heure
Les ruisseaux dévalent les pentes
On entend les troupeaux de roches
Le bruit de la pluie
Essences d’immortelles
Se répandent autour de la tombe
Du jour
Gary Schneider: ”These photographs, made without a camera, are sweat and heat imprints into film emulsion.” (Source: printeresting-blog, via switchbitch-deactivated20141117)
Une hélice végétale imprime
à l’espace en moi sombre
un mouvement de fleur
noire qui s’échappe
une empreinte s’ancre
lentement dans ce monde liquide
sur lequel j’ai tellement peu d’emprise
elle serait comme le moteur principal
d’une idée arrêtée propulsée
vers des taches d’une blancheur
d’écume
Ce qui s’écrit n’est point
un cri de douleur
un champ de mots qui portent malheur
c’est moi hors de ce qui me représente
comme la bogue pleine d’épines
le fruit.
Cette âme sombre qui est ma soeur
trébuche constamment et tombe souvent
sur ces merveilles qu’aucun mot ne console
rien pour les propager dans le langage
rien pour les arrimer
comme si être-soi pour elles était
sans importance
le visage ensoleillé de la lune
est le seul miroir que j’ose regarder
en particulier lorsqu’il se trouble dans les lacs
lorsqu’il gonfle les brumes de la colline
ou titille les constellations cousines
il arrive pourtant que j’y reconnaisse
les yeux cavés, le souffle inondé de larmes
traits pour traits
cette âme sombre qui est ma soeur
La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.
·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.
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La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.
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La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».