Bractées

22580839_365743127172978_580089552991944704_nComme une feuille immaculée que l’on froisse sans avoir rien pu transcrire, la lumière chiffonne l’obscurité et la transforme.

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Les alternances obtuses me font vaciller. Mes pensées se troublent, se mélangent et se murmurent l’une à l’autre que ce qui se situe au cœur de la cendre, à côté des mots éteints se prépare à un nouvel embrasement. J’ai peur.

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Je sens que dansent des silhouettes et des masques à la place des vrais visages.
Je suppose que je devrais m’effondrer. Je suppose que la peur devrait me ruiner mais je suis habitué aux spectacles de spectres plus réels que la réalité elle-même.

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Je suis entrainé à me faufiler parmi les fantômes, à me rafraichir sous les feuilles, à n’être rien.

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Je ne parle à personne et cette unique personne ressemble à la feuille blanche qu’illumine une sève pure prélevée directement et sans lourdes questions à l’aube. Un phénomène que je n’essaye même pas de comprendre et de m’approprier en inventant que c’est moi qui l’ai créé. Je ne crée rien, je ne décrie rien.

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En regardant les éclats comme des pétales de verre, comme des lames de souvenirs brisés, on pourrait presque parler de bractée en papier, de lanterne qui n’éclaire qu’une seule et infime fleur réduite à la plus simple expression de pistil. Écrire suspendu à un fil, celui de la lecture contemplative.
On pourrait se demander ce que signifie cette brindille qui se penche vers le ciel alternant sans cesse sa tendre trajectoire. On pourrait se demander ce qu’agrippent ces épines mais personne ne le fait.

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Se glissent entre mes lignes de lectures, une anguille qui transforme les mots de ma langue.. En fait des écailles. Parfois elle rajoute une lettre, l’inverse et me bouleverse.

Elle coupe le souffle des phrases.

L’anguille est presque aveugle, elle ne sait pas ce que sont les syllabes, elle le sent. On dit et redit que cela ne suffit pas. Pour elle et pour moi, les mots ne sont pas des paroles. Les mots ne sont pas les bruits qu’on arrache au silence mais les bris que l’on vole à la lumière.


Source images: hardcorepunkbf

 

Je vois le jour naître

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Affresco romano giardino pompei via wikipédia

 

Je vois le jour naître
Deux galets vert gris

°
Polis pour désigner
L’oiseau doux

°
Viennent à intervalles réguliers
Picorer des graines de soleil

°
Je vois le jour naître
Sans laisser la moindre
Empreinte à la surface de l’eau

°
Je vois le jour n’être que
Le vent dans les roseaux

°
Une voix s’essouffle
Et murmure:

« Le temps ne s’écoule pas,
il n’est pas une rivière. »

Couleur

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Le basilic, l’origan et son plumage verdoyant.
La terre a bu de la brume et se croit légère.
Une perle de jais vous donne un regard minéral
des choses, vous vous étiez lié au figuier.

Déjà le soleil. Déjà son empreinte chaude et silencieuse.
Déjà, le jour se propage comme une onde dont votre
corps se fait l’écho.
Une main, celle du vent probablement s’approche des feuillages.
L’automne, déjà, vous fait peur surtout lorsqu’il s’adresse directement à votre cœur.
Vous choisissez la fugue, un bruit de flûte pour disparaître provisoirement.
Vite, vif, vivre, vous n’êtes point de ces vipères qui mordent et vendent leurs venins.
Vous êtes la couleuvre,
vous vous écoulez comme la couleur du pinceau qui sert un poète.

Octopodes

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Je me suis réveillée avec dans la tête
une pieuvre
ses bras enlaçaient mon coeur comme un morceau de néant
tombaient jusqu’à mon ventre et puis mes jambes
j’ai déjà vu choir de manière similaire
les lierres des arbres
La pieuvre avait la souplesse d’une angoisse
vague sauvage et inutile
si ce n’est à nommer mon désordre
la pieuvre élastique comme une partie du temps
la pieuvre susceptible
est partie en crachant de l’encre

Eaux

L’instant
où j’ai pris pied s’est immédiatement
scindé en plusieurs
pour se laisser dompter par les mots
aux suffixes classificateurs

je n’en connaissais qu’un seul
l’eau
de lumière
du regard
de lune
et de ruisseau
celle par qui parlent les perles
le ciel
l’eau de silence
l’eau de patience
l’eau
de la mer

Toucher terre se fit
comme les algues
toujours il me faut revenir

comme les larmes
parce que ça me fait mal
s’agripper à regret à ce qui ressemble
à une existence aux nuances étranges
inextricables

on se méfie de la confiance que j’accorde sans conditions préliminaires
on ne dénonce pas les mensonges
on rit du malheur de l’autre

L’autre
l’eau tranquille qui tressaille aux pieds des joncs et aimerait
tellement retrouver sa forêt

Mésange

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Close up butterfly wings——- source image

 

Dans l’encadrement de la fenêtre
le rosier dessine les diagonales
et le vent les efface
surgit dans mon champ de vision
le papillon jaune et bleu qui hier
butinait sans relâche mon espoir
mais non ce qui s’envole sans soucis
est une mésange et sa parole
comme une chanson qu’on plante
dans le ciel pour ne plus avoir
rien à oublier

Sortie du troupeau

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’irais brouter le ciel dit-elle
mais moi c’est son œil
que je regarde
son adaptation à ne voir
que les brins de lumière qui poussent un peu partout
elle lit dit-elle dans les partitions musicales des rochers
sans la moindre difficulté
l’histoire de leurs contractions
au delà dit-elle d’une voix de grelot
des orties argentées, des feuilles bleuies
je vois
la mer
toujours la mer
aux pieds des collines
attendre
attendre
que je lui fasse
avaler les cailloux tombés dit-elle
du ciel

Jardin

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Self Reflected (detail), 22K gilded microetching, 96″ X 130″, 2014-2016, Greg Dunn and Brian Edwards.

J’ai marché dans le jardin
bien longtemps après
que la nuit soit tombée
aucun sommeil
même pas celui du bruit
j’entendais au delà de la galaxie de ma respiration, du grincement de mes articulations et du bouillonnement interne de mon étoile
le chant infime d’une source
l’eau naissante
le gazouillis intense d’une fleur dans sa fragrance
le froufroutement de l’étoffe qui habille les pétales, les feuilles, les épines et les fruits
il
le jardin
n’est jamais seul
il
le jardin
l’accueille
ma solitude et la tienne
sans lui attribuer de nom
et même pas celui d’une quelconque et bien définie
horrible maladie