Un arbre

august 2014, Brussels, bvde
august 2014, Brussels, bvde

Un arbre

se penche vers moi et me regarde

les branches servent de rivière à la

lumière

le tronc de livre ouvert sur l’écriture

·

un arbre

sans racine

·

seule la sève

décide du profil des feuilles

·

qu’il porte

comme un masque jusqu’à la cime

·

un arbre

sans répit

divulgue ses strates de poussières

se partageant un infini

qu’encerclent les ombres

d’un trait

·

telles les vagues

l’océan.

Incantation

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Est-ce la voix du spectre qui se reflète à côté de la mienne ou est-ce

simplement la forêt

qui tremble lentement sous les larmes

qui se noient dans l’encre

qu’absorbe le papier

comme une membrane transparente

on promet longues vies aux mensonges

Est-ce la voile de ce souvenir

qui chante

qui décline toutes les nuances

bleues et vertes

calfeutrées dans les bourgeons du songe

Est-ce le temps qui me mange et ronge

l’espace qu’il m’avait alloué le jour

de ma naissance

Est-ce moi dénudée

de sens

en train de devenir un mirage

photos Bertrand Vanden Elsacker

Réminiscence

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Entre les circonvolutions des branches follement habillées d’une lumière étincelante, un lac aux eaux troublées. Dans ses abîmes sombres, des silhouettes, des fantômes dansent. J’aperçois papa, petit garçon en costume de marin, la main posée sur sa jambe malade. Je vois ma grand-mère jeune femme élégante au côté de sa cousine toute aussi charmante. Elles ne portent pas encore sur les lèvres le baiser glacé de la mort.

À la surface du lac, surgissent les cortèges d’un carnaval bien étrange, la lumière fait tache en servant de confetti, un squelette tente de gravir la pente, chemin raide comme le manche du fouet qui punit l’esclave qui ose lever la tête. Faucille du cultivateur, marteau piqueur et pelle du mineur, arme blanche et mitraillette du violeur, une ombre noire et visqueuse menace d’avaler tous les îlots de clarté argentée.

Dans les bras de la forêt, le lac miroite le mouvement lent et sobre de la vie, ses étapes, ses fuites, ses impasses, ses passagers dont il ne reste plus que l’idée qu’ils aient un jour existé. Le lac berceau du spectacle lucide orchestré par la mémoire. Le lac réceptacle caché de ces effroyables secrets qu’on ne parvient plus à dompter. Il semblerait qu’aux arbres à la place des fruits se pendent des larmes comme les grappes brillantes de la pluie.

Bocage

La partie la plus importante de ma vie, je la consacre à la rêverie, errance par delà le voyage aussi infime qu’il soit. Nourriture brute, je n’en cherche que la source, que l’endroit d’où ce qui n’est pas encore devenu agglutinement de phrases part en gerbes enivrantes.

The edge of the forest, Brussels, june 2014, Bertrand Vanden Elsacker
The edge of the forest, Brussels, june 2014, Bertrand Vanden Elsacker

Le rêve me revient avec constance comme s’il était la respiration même de l’univers, son océan, sa mer. L’animal sauvage, le fauve ne trouve en moi qu’une cage. Prisonnier, il devient sourd, ne se nourrit que de révoltes. Seul le silence l’apprivoise un instant et puis tout le reste le détériore.

Libéré, il laisse derrière lui une ombre qui s’inscrit telle une coulée d’encre noire sur un papier humide, un débordement de sève végétale sur un tronc à jamais entaillé, une blessure permanente, une luxuriance.

The edge of the forest, Brussels, june 2014, Bertrand Vanden Elsacker
The edge of the forest, Brussels, june 2014, Bertrand Vanden Elsacker

L’écriture, forêt, de feuilles en feuilles le ronge. La lumière l’érode, le ciel et l’illusion d’en écrire le plan, de terminer les voyages se transforment en acide. Mon questionnement agit comme un agile charognard.

The edge of the forest, Brussels, june 2014, Bertrand Vanden Elsacker
The edge of the forest, Brussels, june 2014, Bertrand Vanden Elsacker

Ah ! La seconde où je croise, cette comète hallucinée !L’insouciante vague d’éclats disparates qui n’ont encore trouvé le sens barbare que je leur donne comme un coup de poing dans le ventre ! Cela définitivement n’appartient pas à la conscience, ne se plie pas à ma volonté. La partie la plus importante de ma vie navigue sans voile, sans carte, sans espoir.

Puzzle

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La ville est la pièce

d’un puzzle qui flotte en moi

flots de sensations

d’apparitions étranges

mélanges de bruits et de silences

pages de solitudes

marécages de passants et de visages

la ville comme la voile d’un bateau

la ville en lambeaux

je ne la pense pas je la rêve

et il est tellement de continents de choses

qui au delà de moi

s’évaporent et se décomposent

sans que je n’ai vraiment l’envie

d’avoir sur eux une emprise

au fond de moi il y aurait un mur

un corbeau une pie ou

quelque volatile aux ailes noires et grises

 qui de son bec

éplucherait les secondes

tubercules pulvérulents du temps

Perspective

March 2014 bvde
March 2014 bvde

Aux sentiments s’apposent comme pour mieux les extirper de leurs silences, des couleurs. Aux bruits de la ville, mon histoire sans parole à peine soupçonnée se heurte. À la sensation de chaleur se joint celle de l’appartenance à un vide sans réponse, le flou, le trouble s’associent à la netteté et à la transparence pour me désarçonner. À la marche, la pause. À l’éternité, l’instant furtif. À la matière de l’objet s’oppose l’immatérialité d’un souhait, l’infime aspérité remplace la surface dans son entièreté.

March 2014 bvde
March 2014 bvde

À la ligne d’horizon se superpose la ligne d’écriture. Le trait de la pensée : une ombre. Entre les frontières du cadre se décide un paysage mental que la réalité vient parfois troubler par une nuance froide avant d’en dresser la carte ou d’en faire un tableau où les couleurs se mangent entre elles. Un cloître est imposé à la brume, une muraille barricade l’existence. Le rêve touche du bout de ses doigts l’infini pendant que la réalité le ronge.

March 2014 bvde
March 2014 bvde

Un pan de mur, une allée, un trottoir ne représentent qu’une parcelle de l’histoire secrète et informulable qui siège en moi. Une onde, une ride en simule les frontières improbables. Ce qui se dresse et forme un obstacle s’oppose à ce qui s’échappe et fuit de tout côtés, ce qui est observé se découvre. Au sommeil se superposent tous les sommets de montagnes jamais abordés et dont on ne connaît que depuis la vallée l’ombre projetée.

À l’aube se juxtapose l’hésitation temporaire du crépuscule, la certitude de l’hiver. Aux matières s’ajoutent les saveurs, aux saveurs les souvenirs. Ainsi s’établit un échafaudage qui à l’instar du cerf-volant s’empare du vent pour établir des constructions aléatoires. Ce qui est apparu soudainement existe depuis une petite éternité et colonise l’espace minuscule d’une vie comme s’il s’agissait d’une nausée nébuleuse.

À toutes vos menaces, vos mensonges, vos allégations s’opposent mes allégories fantasques et mes désobéissances. À l’ordre, le cri, à la morsure, l’eau pure.

Mousse

DIARY © Bertrand Vanden Elsacker
DIARY © Bertrand Vanden Elsacker

Tu cueilles le temps et éparpilles ses éclats comme s’il était le fruit du soleil.

Les ombres marchent le long des chemins qui mènent à ton rêve, à ses rives et à toutes les parties intactes de toi.

 

Tu enfiles la solitude comme d’autres rognent le quotidien jusqu’à l’os qu’ils cachent comme les chiens dans leurs petits bouts de terrain

afin de mieux le maudire et grincer qu’il ne vaut rien.

 

Pour répondre à ce questionnement

qui te chatouille tel le ruisseau les cailloux sur sa route,

le doute erre en toi,

 

doux comme la face interne d’un coquillage.

 

Tu poursuis le désespoir en lui conférant la couleur suave

que tu rencontres chaque nuit.

Fourrure féline presque noire,

elle luit de ses reflets bleutés

sous les caresses de ton regard.

 

 

Nature morte

Brussels, December 2013 Disoriented DIARY © Bertrand Vanden Elsacker

J’écarte de mon chemin tout ce qui ne peut correspondre à l’idée que je me fais des sensations qui me percutent lorsque je me promène dans la ville. Musique et mots, clairières et forêts de visages forment des paysages qui se superposent. L’enchevêtrement de toutes les parcelles de moi-même, tel que l’on me perçoit peut commencer à orchestrer un profond chaos. Je reste éternellement sans vraiment comprendre pourquoi je suis obligé de marcher en deçà des chemins que la vie veut me tracer et qu’elle trace pour tous.

Dans une nouvelle sphère aux parois perméables et extensibles, tu m’es apparue marchant main dans la main avec mon imagination en train de dresser tes portraits qui te seraient fidèles. Tu me prêtes une confiance comme si tu me donnais un bouquet de fleurs précieusement parfumées. Ton corps comme un chœur entonne milles réponses possibles à mon désarroi.Ta personne est une île dont les contours sont dessinés par des vagues qui changent continuellement d’idée.

J’aimerais que l’on comprenne que je trace un cadre dans le quotidien dont les intentions sont de te rendre invisible à toi-même. Regarde-toi, au delà des empreintes dans la terre qui déborde de pluies comme mes yeux de larmes. Ne serais-tu rien d’autre qu’un champ de regrets que l’ordre cupide de la vie vient juste de labourer ? À la place des éclats de ciels dans les flaques ne resterait-il plus que des chiffons ? Et à l’endroit où tu étais en train de cultiver des rêves que reste-t-il? Dis-le moi.

Ping-pong

Brussels, September 2013 © Bertrand Vanden Elsacker
Brussels, September 2013 © Bertrand Vanden Elsacker

Ma vie est le terrain de jeu de deux joueurs de tennis de table: moi et l’idée que j’ai de moi. La balle passe d’un camp à l’autre impliquant de continuelles modifications de moi-même.

La vie rebondit en martelant le temps et l’espace de son mouvement entre les deux ennemis. Tout se passe comme si j’étais mon pauvre adversaire. C’est moi que je dois combattre sans me demander si ma vie doit ressembler vraiment à ce qu’on veut que j’en fasse: une partie.

Est-ce la grammaire qui invente la langue ou est-ce la langue qui invente une grammaire? Est-ce la liberté qui construit des prisons et punit ? Pour comprendre, pourquoi ne sommes-nous que quelques uns à nous soucier de la ligne pure et à respecter la précision?

Les règles du jeu de ma vie sont rigides et ont pour objectif de désigner un perdant, de supprimer l’existence de mes zones grises.

Que se passe-t-il réellement avec la petite balle qui rebondit maladroitement au delà des limites, ces lignes blanches qu’une théorie a dessinées pour contours de la table verte?

La balle hors jeu n’existe pas, on ne la voit pas.

Qu’ai-je donc gagné à la fin de la partie? Un peu plus d’habileté à réfléchir? Un peu plus de certitude sur ce que je suis? Non, même pas. Je suis un pauvre type idiot de l’espèce humaine. J’ai perdu mon temps à essayer de satisfaire le métronome en tentant de devenir un synonyme de mon image.