Renoncer

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Les mots comme les petits cailloux blancs
que tu jettes dans l’eau
quand ils se déposent sur le fond tremblant
te rendent ta part de silence

transpercer la transparence donner à l’apparence
la valeur froide qu’elle mérite
muer de malveillances en malchances
muet


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Constellations cousines

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Bertrand Els © via https://elsacker.tumblr.com/

Cette âme sombre qui est ma soeur
trébuche constamment et tombe souvent
sur ces merveilles qu’aucun mot ne console
rien pour les propager dans le langage
rien pour les arrimer
comme si être-soi pour elles était
sans importance
le visage ensoleillé de la lune
est le seul miroir que j’ose regarder
en particulier lorsqu’il se trouble dans les lacs
lorsqu’il gonfle les brumes de la colline
ou titille les constellations cousines
il arrive pourtant que j’y reconnaisse
les yeux cavés, le souffle inondé de larmes
traits pour traits
cette âme sombre qui est ma soeur

Semblance

Screenshot-2017-10-22 Bertrand Els ( hardcorepunkbf) • Photos et vidéos Instagram
Bertand Els©

La nuit s’écoule dans mes veines avec un goût de fleurs. Voilà que le vent hisse ses voiles dans les feuilles. Les arbres de l’avenue deviennent de géantes nacelles. Elles tiennent, elles sombrent, elles remontent de leurs racines la dernière sève avant l’hiver. Vagues les parterres alourdis de feuilles mortes, vagues les trottoirs humides, vagues les bancs, seule comme un courant, la route va vers le large.

·
Mon corps désormais s’arme de bras et de jambes impossibles à soulever. Lourds comme une ancre. Pourtant, mon point d’attache ne se situe pas au centre de mon corps, j’auréole avec le vent, je cherche entre les branches presque noires l’espace suffisant pour un dédale. Les cheminements impossibles des mots dans mon cerveau. C’est là parait-il que se logent l’âme, la conscience. Je sens que leur place s’étend dans ce qui tétanise ma chair, la masse méconnaissable qui gravit autour des os, qui s’agglutine autour des réseaux libres de l’idée que j’ai de moi-même.

·
La nuit ronronne comme un félin solitaire qui rode obscur. Déjà, il est loin. Invisible. Je cherche ce qui correspondrait à une empreinte, le signe de ce qui furtivement n’existe que par la trace olfactive que laisse un souvenir. Je sais au fond qu’il n’est rien en moi et de ce qui naît à ma portée qui vaille que je les traduise.

·
La nuit finit en queue de poisson. Je ne suis pas certain que ce qui se présente autour du soleil et entre chez moi soit bien ce qu’on appelle: « Jour ».

Bractées

22580839_365743127172978_580089552991944704_nComme une feuille immaculée que l’on froisse sans avoir rien pu transcrire, la lumière chiffonne l’obscurité et la transforme.

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Les alternances obtuses me font vaciller. Mes pensées se troublent, se mélangent et se murmurent l’une à l’autre que ce qui se situe au cœur de la cendre, à côté des mots éteints se prépare à un nouvel embrasement. J’ai peur.

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Je sens que dansent des silhouettes et des masques à la place des vrais visages.
Je suppose que je devrais m’effondrer. Je suppose que la peur devrait me ruiner mais je suis habitué aux spectacles de spectres plus réels que la réalité elle-même.

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Je suis entrainé à me faufiler parmi les fantômes, à me rafraichir sous les feuilles, à n’être rien.

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Je ne parle à personne et cette unique personne ressemble à la feuille blanche qu’illumine une sève pure prélevée directement et sans lourdes questions à l’aube. Un phénomène que je n’essaye même pas de comprendre et de m’approprier en inventant que c’est moi qui l’ai créé. Je ne crée rien, je ne décrie rien.

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En regardant les éclats comme des pétales de verre, comme des lames de souvenirs brisés, on pourrait presque parler de bractée en papier, de lanterne qui n’éclaire qu’une seule et infime fleur réduite à la plus simple expression de pistil. Écrire suspendu à un fil, celui de la lecture contemplative.
On pourrait se demander ce que signifie cette brindille qui se penche vers le ciel alternant sans cesse sa tendre trajectoire. On pourrait se demander ce qu’agrippent ces épines mais personne ne le fait.

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Se glissent entre mes lignes de lectures, une anguille qui transforme les mots de ma langue.. En fait des écailles. Parfois elle rajoute une lettre, l’inverse et me bouleverse.

Elle coupe le souffle des phrases.

L’anguille est presque aveugle, elle ne sait pas ce que sont les syllabes, elle le sent. On dit et redit que cela ne suffit pas. Pour elle et pour moi, les mots ne sont pas des paroles. Les mots ne sont pas les bruits qu’on arrache au silence mais les bris que l’on vole à la lumière.


Source images: hardcorepunkbf

 

Je vois le jour naître

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Affresco romano giardino pompei via wikipédia

 

Je vois le jour naître
Deux galets vert gris

°
Polis pour désigner
L’oiseau doux

°
Viennent à intervalles réguliers
Picorer des graines de soleil

°
Je vois le jour naître
Sans laisser la moindre
Empreinte à la surface de l’eau

°
Je vois le jour n’être que
Le vent dans les roseaux

°
Une voix s’essouffle
Et murmure:

« Le temps ne s’écoule pas,
il n’est pas une rivière. »

Couleur

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Le basilic, l’origan et son plumage verdoyant.
La terre a bu de la brume et se croit légère.
Une perle de jais vous donne un regard minéral
des choses, vous vous étiez lié au figuier.

Déjà le soleil. Déjà son empreinte chaude et silencieuse.
Déjà, le jour se propage comme une onde dont votre
corps se fait l’écho.
Une main, celle du vent probablement s’approche des feuillages.
L’automne, déjà, vous fait peur surtout lorsqu’il s’adresse directement à votre cœur.
Vous choisissez la fugue, un bruit de flûte pour disparaître provisoirement.
Vite, vif, vivre, vous n’êtes point de ces vipères qui mordent et vendent leurs venins.
Vous êtes la couleuvre,
vous vous écoulez comme la couleur du pinceau qui sert un poète.

Octopodes

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Je me suis réveillée avec dans la tête
une pieuvre
ses bras enlaçaient mon coeur comme un morceau de néant
tombaient jusqu’à mon ventre et puis mes jambes
j’ai déjà vu choir de manière similaire
les lierres des arbres
La pieuvre avait la souplesse d’une angoisse
vague sauvage et inutile
si ce n’est à nommer mon désordre
la pieuvre élastique comme une partie du temps
la pieuvre susceptible
est partie en crachant de l’encre

Eaux

L’instant
où j’ai pris pied s’est immédiatement
scindé en plusieurs
pour se laisser dompter par les mots
aux suffixes classificateurs

je n’en connaissais qu’un seul
l’eau
de lumière
du regard
de lune
et de ruisseau
celle par qui parlent les perles
le ciel
l’eau de silence
l’eau de patience
l’eau
de la mer

Toucher terre se fit
comme les algues
toujours il me faut revenir

comme les larmes
parce que ça me fait mal
s’agripper à regret à ce qui ressemble
à une existence aux nuances étranges
inextricables

on se méfie de la confiance que j’accorde sans conditions préliminaires
on ne dénonce pas les mensonges
on rit du malheur de l’autre

L’autre
l’eau tranquille qui tressaille aux pieds des joncs et aimerait
tellement retrouver sa forêt