Tellement

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Tellement de tigres de crocs de griffes
si peu de langues roses de dents de lait de marbrures délicates
qui vous préservent des regards

un langage de nacre s’est répandu comme du lait de la babine à la gorge a passé par les pattes et les petits coussinets est revenu dans le miaulement et les longues moustaches


tellement de tigres de crocs de griffes
de cris plus rauques les uns que les autres
Juste cette unique place rousse dans le pelage plus douce que les mousses à l’ombre des arbres et à l’orée des vagues

pour faire entendre une voix qui vibre


telle celle du vent tellement ce qu’il contient est vague et lointain

sombre lecture

https://www.instagram.com/bertelsac/

Les ombres sur le tronc 

rassemblent tel un troupeau

le murmure des feuilles 

balayées par le vent 

L’écriture dans ses rainures pourchassant des bribes

Décrypter des variations infimes

Représenter ce que personne ne regarde

Amasser mystères énigmes débris du quotidien

Émonder la vie pour obtenir simplement sa parole 

Cette quête d’évidence
n’a pas d’autre fonction que celle
de découvrir les membranes fines et légères qui partagent le temps en autant de rêves 

Décider d’une frontière et d’autres encore 

Qui ne s’abolissent pas

Tâtonnements

Il a souligné de noir les contours singuliers de son territoire


et puis répondant au son de son nom
de deux syllabes identiques


il est venu vers toi


il a frôlé les végétaux

a répandu ses pas comme des gouttes de pluie sur le sentier

il a donné son corps contenant comme une lanterne la flamme de son âme à la caresse que lui tendait ta main

et puis il a disparu à l’instar d’un fantôme remettant la dernière frange de réalité en jeu


Aurais-tu donc encore rêvé?

Le chat

source image

L’espace où il se déplace se distingue des autres silences
en ce qu’il est souple immuable et docilement sombre
chaque pas correspond à une empreinte de quatre ou cinq
coussinets délicats sur un sol imparfait
éclats de vers sur la feuille

il suit inlassable les mêmes couloirs odorants les mêmes passages
où le temps est indifférent au passé au futur au présent
il importe qu’il soit presque semblable à l’éternité sonnante

son pelage de braises et de cendres
son regard de gemmes
sa voix qui se lézarde

sa lassitude intacte et pure
se gardent de grincer à l’instar
de tellement d’humains

Aiguillon

Lipotriches , Plain Sweat Bee , collected in Australia: https://www.flickr.com/people/usgsbiml/

S’approche le rêve comme une abeille près de la fleur de lavande
obsession et raison
font de la réalité
cette chose mouvante 

perdre le contrôle est sans importance
la fragrance vrombit dès que la fleur se balance
dans le nuage des feuilles et des hampes

ce qui s’écrit s’évapore ce qu’il reste
un souvenir aux saveurs aiguisées
l’envie de ne jamais plus utiliser la menace
pour avancer

En cet instant

À l’orée

De la paume au-delà de la ligne de vie

Parmi les chemins ourlés les plis et les rides rugueuses 

Le point d’impact d’une épine 

Je songe au tronc du rosier mousseux qui à des années-lumière de là

Porte l’étoile qui mord

Et tellement d’autres

Qu’on ne les soupçonne même pas

Je songe à la géante gazeuse rose

Ses effluves existent encore dans les dédales

Que construit mon esprit

En cet instant .

Bourdonnement du regard


Gigi Mills

WALKING THE TRACK WRAPPED TAIL

Je regarde la mer 

bourdonnement des oreilles 

J’écoute une à une les vagues le froissement des feuillages 

bourdonnement de mon cœur 

sur le point de s’effondrer

bourdonnement au bord de la falaise 

malaise de n’être rien qu’un être humain 

bourdonnement dans mes veines

Un train s’échappe et comme toujours je le laisse faire 

Jamais il n’embarque mon troupeau de phrases 

À un loup

Tu vas de ton trottinement partout où ton instinct te guide
tu n’as
peur de rien
pourtant
ton regard ne cesse de questionner le chemin parcouru
tu as à
trouver une entrée là où c’est clôturé là où les forêts brûlent là où les lacs se figent de froid là où tu seras seul
tu n’as aucune empreinte où mettre tes pas
tu vas frôlant les enfers
dénigré parce que ton oeil est clair
personne n’ose plus entreprendre de tels rêves
un voyage sans éclat sans destination définie si ce n’est celle dont on ne parle jamais

Fleurs de prunier

White Plum Flowers, from the series Comparing Flowers, volume 6 (Hanakurabe), from the series Comparing Flowers, volume
6花くらべ
Artist: Shibata Zeshin (Japanese, 1807 – 1891)

Ce dimanche au jardin,


Très haut dans le ciel, des goélands
annoncent la couleur
des vagues

le mot se mélange aux feuillages verts
comme une partie du vent

l’absent souffle sur les fleurs pour réveiller
les papillons
autour des astres jaunes bourdonnent
les cueilleuses de pollen 

le félin noir se fatigue à avancer sur trois pattes
s’efforce à rétablir autour du manque l’ancien équilibre

il neige parfois des pétales de fleurs de prunier

de petites langues roses restent auréoler pour ce qu’elles prennent pour l’éternité autour des pistils si discrets

ailleurs, très loin, ils comptent les morts à l’unité près.
Ils en sont si fiers
dans mon corps ce coeur
se demande si
compte encore le vivant 


Source image

Remords

via vandelsac

Ton petit visage d’enfant s’emplit de larmes
qu’est-ce que tu fais là au bout de l’allée appuyé à ta propre pierre tombale
tu as le visage de celui qui tombe pour la première fois
d’une montagne


j’attends inlassablement que la vie te relève

et parle des vrais maux


à plein poumons

mais les silhouettes en cortèges lourds
répercutent
les dociles invitations à saluer la mort


pour toujours toi tu veux pleurer haut et fort

que tu es là encore à hanter les remords 

d’être né  

bien moins fort que tous ces autres