Elles
Sont prêtes pour leur
Lente migration de l’automne
Les feuilles
Elles attendent en essaims
Qu’un souffle les porte
Elles grignotent quelques notes
Aux sources
Quelques battements aux nuages
Quand les ombres s’éclipsent.
Elles
Sont prêtes pour leur
Lente migration de l’automne
Les feuilles
Elles attendent en essaims
Qu’un souffle les porte
Elles grignotent quelques notes
Aux sources
Quelques battements aux nuages
Quand les ombres s’éclipsent.
Le premier semble noir mais
son pelage est plein de nuances grises
et acajou

Le deuxième est tigré robuste
et doux

Le troisième a les yeux en amande
le bout des pattes blanc
quelques coussinets roses

Les trois chats dorment en ronronnant
occupant leurs places respectives
Chacun a la plus grande considération
pour la liberté
de l’autre
même si elle est exigeante
Les trois chats comme des points sur les i
chacun son île et
son réservoir de silences rempli
Par SteampunkGypsy [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons
Sur cet avant bras qui est le mien
le long de la veine bleue
qui va vers le poignet
une fourmi avance
arrivée au point où débute la main
elle se demande vers quel doigt progresser
elle tâte l’air et touche la peau de ses antennes
mord le pli dessiné par une ride
et choisit la voie qui va
vers le pouce
celui qui ne bouge pas d’un pouce
celui dont je regarde l’ongle rose
comme un pétale
la fourmi explore l’arc
il ferait le pont se dit-elle entre moi
et le reste de la colonie
je pose à plat la main sur la table en bois
et la fourmi va en suivant d’autres veines

Dans l’infiniment bleu
se baigne la carpe koi
couleur d’écume

Parmi les nuages
la nuit
l’hiver
le froid
la pluie
la lune
elle finit par descendre et se pose
sur les branches d’un pin aux aiguilles argentées
elle choisit sûrement celui
qui la suivra un jour
enfin ce sera moi
parmi les nuages
la nuit
l’hiver
dans le froid et la pluie
je vois ton visage celui
que tu n’avais pas alors
que tu étais encore en vie

Les mots comme les petits cailloux blancs
que tu jettes dans l’eau
quand ils se déposent sur le fond tremblant
te rendent ta part de silence
transpercer la transparence donner à l’apparence
la valeur froide qu’elle mérite
muer de malveillances en malchances
muet

Il s’est représenté comme dans un rêve sa propre chambre
assis face à la petite table un homme chapeau noir est en train d’écrire
penché vers l’avant on sait qu’il ne peut voir son écriture qui grignote la feuille comme des termites le bois
il ne lit pas que la chambre se délite au profit d’une forêt
traits et rainures
corbeaux d’ébène
il ne vit pas ailleurs que dans sa solitude
parfois il la déteste souvent elle l’inquiète pourtant il sait que salie par les regards désapprobateurs d’une partie du monde celle qui occupe vaguement les humains, il sait que sa solitude est solide comme les jades couleur gras de mouton et les agates dont le cœur est la représentation exacte du temps qui passe et puis se fige.
Il regarde l’homme son opiniâtreté à inscrire son ombre il voit en lui un ami une âme qui se consacre à gaver les lits des rivières de petits corps célestes qui peut-être ne se volatiliseront pas complètement après l’impact.

Une source
se déverse en flux
veloutés et sombres
comme si elle ne voulait
que se transmettre par
ombres
Une source
donne aux mondes
un parfum d’eau
pluie fine et galets brûlants
mélangent
les mêmes souvenirs
étranges
Une source
animale
serpente enlace
l’encre sert en secret
les sentiments
Une source
lente
s’enracine se délie
longue sentinelle
de signes étincelants
qu’enraye parfois
involontairement
mon esprit qui
tente l’écho
presque muet

N’existent plus
les ombres
quand le monde végétal
s’abrite au fond du lac blanchâtre
de la lumière
les verts remplacent les noirs
les tiges les troncs et les hampes florales
décident de l’espace à explorer
à la place des phrases
point de vent
points d’hésitation dispersés au large
pour
arrimer la pensée élaborer la conscience
le chuchotement
la chute
le foisonnement
et plus rien
qui ne s’attache à faire du sens
la réalité ressurgie d’un songe
au détour d’un chemin
bordé de ronces dévoré de débris de roches
qu’un millier de pas écrasera sous
son poids

Le vent est dans l’étoffe
la voile s’étend et forme comme une nageoire
j’entends comment
mon rêve s’apprête
à quitter souplement sa planète
qui à chaque fois reste
naviguer entre nuages et ciel
entre vagues et pressentiments
je vois la quille sabrer les profondeurs
de la nuit tranquille
le vent est dans les feuillages
qui se brisent houleux
contre la nuit
son corps aux rondeurs
éblouies dans chacun de ses mouvements
imite le son que font
les vagues quand elles quittent la plage
restent le sable l’étonnement de l’air
devenu marin et soupir
mon désarroi enfin ne s’abrite plus
nulle part