Brindille, paille

je ne peux pas aller au-delà de quelques pas

à deux doigts de franchir ce que je considère

comme étant ma propre barrière de corail

qu’elle se délite

qu’elle blanchisse

elle frémit le mot infranchissable en toutes lettres

grâce au bruit de ses vagues et de ses feuillages

je ne peux pas aller au-delà de quelques phrases

je nage je mâche chaque mot même ceux du danger

et puis les recrache avec la brume et l’écume à 

la crête des vagues

je ne peux pas aller ailerons libres au-delà de quelques frontières symboliques

pourtant je sais que depuis que j’existe je fuis je fus sèves et pollens

flots engloutis lave soudaine sertie de fumées d’incendies

je ne peux être que la fourmi d’une mécanique animal, le grain de sable ou la cendre qui grince et salit les rouages je ne peux être que brindille paille 

le feu c’est autre chose

peut-être la poésie? 

De la veine

Ant on Desk

Par SteampunkGypsy [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons


 

Sur cet avant bras qui est le mien

le long de la veine bleue 

qui va vers le poignet 

une fourmi avance

arrivée au point où débute la main

elle se demande vers quel doigt progresser

elle tâte l’air et touche la peau de ses antennes

mord le pli dessiné par une ride 

et choisit la voie qui va

vers le pouce 

celui qui ne bouge pas d’un pouce

celui dont je regarde l’ongle rose

comme un pétale 

la fourmi explore l’arc 

il ferait le pont se dit-elle entre moi

et le reste de la colonie

je pose à plat la main sur la table en bois

et la fourmi va en suivant d’autres veines

Saturne

Saturn’s A Ring From the Inside Out

La réponse n’existe pas. Il n’est que des questions, des terrains vagues ou des mers de désolation. Toutes les traces que tu prends pour des preuves, ne sont que les indices de ton errance éternelle. Toujours, tu reviens sur tes pas , meurtri ou guéri, consolé ou ébloui. Il n’est que l’exil. Il ne coule nulle part ailleurs, ce fleuve bleu gorgé d’étoiles, que dans le regard que tu portes sur le monde. C’est de toi que ruissellent toutes les promesses, c’est de toi que suintent l’abandon et la désespérance.

Si tu cesses de lui faire porter des perles et des velours, si tu cesses de lui confier tes rêves comme la sève aux nervures des feuilles, comme les spores aux vents, il n’est plus rien le monde. Sa table est dévastée, les lits de ses rivières sont vides et il est silencieux. Désertique et solide, il tourne autour du vide. C’est ton travail de fourmi, comment tu le décortiques et pourquoi tu le questionnes inlassablement qui tisse le nid pour reposer ton vol ou les filets pour retenir ta débâcle. Ce sont les détours de tes rivières qui laissent leurs alluvions dans les coudes.