Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Unknown, Egyptian Seated Figure, before 3400 BCE Egyptian Ceramics Terracotta
Il y a en moi, l’œil bleu d’une vague
qui me regarde de l’intérieur:
il sourcille et strie cet océan où flotte mon cœur indéfiniment.
Il sème dans les courants des bancs de larmes nées du bas-ventre du ciel.
À la surface de l’eau, les mots s’émoussent :
ils regardent au travers de moi l’humain
pris au filet de sa propre vie.
Qu’ai-je donc fait ?
Il y a en moi, le vol de l’oiseau marin, le jais de son plumage qui se sèche au soleil, son aile esclave.
Le clapotis des flots, la nuit, l’aube d’un bateau n’apaiseront pas mon drame.
Il y a en moi, un moignon de jambe qui n’a pas su apprendre à marcher à coups de mâchoire.
il y a en moi, la danse effrénée des secondes, une pluie d’étoiles dessine les rides comme les voies par où devraient passer la mort et son cortège muet de menaces et de signes avant-coureurs.
Dans les remous et dans les vagues, il y a la lumière prédatrice et dévoreuse d’espace. L’âme du mammifère que je suis hante les ondes de son énorme ombre noire.
il y a en moi, le mouvement urticant d’une plante devenue transparence, n’ayant pour épines que mes pauvres mains tremblantes.
Il pleuvine et on devine que la ville brille partout de ce même éclat d’anguille.
Les routes comme les souliers vernis noirs du dimanche, les trottoirs comme des cheveux de vieillard.
la ville répète les mêmes phrases, chuchote ses délires et se laisse naviguer par des histoires insolites où la seconde est capable de se muer en une ombre qui dure des années et dérègle la mémoire.
Les gouttes orchestrent les mouvements d’armées de passants. Leurs pas sont les applaudissements du désœuvrement. Il pleut, la ville nettoie son âme.