Elles
Sont prêtes pour leur
Lente migration de l’automne
Les feuilles
Elles attendent en essaims
Qu’un souffle les porte
Elles grignotent quelques notes
Aux sources
Quelques battements aux nuages
Quand les ombres s’éclipsent.
Elles
Sont prêtes pour leur
Lente migration de l’automne
Les feuilles
Elles attendent en essaims
Qu’un souffle les porte
Elles grignotent quelques notes
Aux sources
Quelques battements aux nuages
Quand les ombres s’éclipsent.

Lire
le troublant message
de la lumière dans les feuillages
de l’arbre
lire le vent, ses fracas, adoucir les éclats
reconnaître sa voix
traduire sans rien perdre du sens
tout en écartant les significations
mensongères
deviner et puis s’apercevoir
que cette ombre est un chat et l’autre celle du merle
deux abeilles se délectent
du raisin à peine mûr et de celui dont les grains sont éclatés
ne plus très reconnaître les frontières du rêve
si jamais elles le départagent de la
réalité


l’étrange fleur flotte
sur la page
de la première à la dernière
identique et sauvage
floue insensée
portant en elle le fruit amer
d’un mot et puis d’un autre
toute la trame d’une phrase
la grille d’un texte la porte close
l’infinie beauté que tous
les uns après les autres
ont reléguée aux sens
ont cloitrée dans la clarté
Et soudain les rémiges
et toutes les autres plumes
de son corps
se sont mise à boire la lumière
En se réfugiant à l’ombre
d’une feuille elle
en a pris conscience
presque transparente
son coeur telle une bille de verre
a roulé parmi ses artères et celles du ciel
un chant est sorti de sa gorge
et plus seulement
ce sifflement
qui hèle le soleil
L’arbre ruisselle
Jusqu’à son ombre
Et là sur les pages imprimées du livre
Propose une nouvelle lecture
Éclats de rivières dans une gorge sèche
Fourmillements sombres de l’été
Assoiffé
Ronronnement de la roche agacée
Il sait grâce à son écriture racinaire
D’il y a plusieurs milliers d’années
Il n’est pas
Simplement
Un arbre attelé à la fabrique des planètes
Instinctivement la sève devient fontaine
Sombre et claire
De l’absence
De matière
Son rêve fredonne au delà du mot
Plus lentement tellement que le geste
Soudain sur son tronc en pente directe vers le ciel le corps souple et noir d’une panthère appose
Ce qui ressemble à une phrase

Dans la forêt d’eucalyptus il n’y a plus personne
quelques pins et leur broderies d’aiguilles
un silence d’écorce et parfois quelques plumes
la cime sert de nid au milan
il miroite au soleil parmi mille feuilles
éclaboussées par le soleil
Aujourd’hui on entend la mer
filtrer la lumière
avant de se mélanger aux saveurs automnales
du maquis

Quelques billes de verre se heurtent les unes aux autres
celles que j’appelais oeil de chat
quelqu’un les égoutte entre les doigts
sur les troncs roucoule une source fantôme transformée en ombre
veloutée
un vulcain un machaon un flambé et quantité affolante de piérides de cuivrés d’azurés
La carte géographique
et puis celui qui est comme le plus petits des colibris
répondent chacun à l’appel ciblé d’un parfum
que dire d’elle
la seule qui à la nuit tombée choisit de se poser
ailes ouvertes sur l’incompréhensible transparence
d’une fenêtre fermée autour d’un soleil doux
apeuré
nymphe nacrée teint de lune argentée elle
choisit presque toujours la nuit pour apparaitre
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Pour parler
De la mer les vagues
L’attraction amoureuse d’un astre
Qui ne sait que se taire
Le temps fait de grains grignote
La lumière ou ce qu’il en reste
Lorsque enfin me parvient l’onde
Qui témoigne d’un effondrement sidéral
Pour parler de l’animal en moi
Une âme muette minérale
Qui se persuade qu’il n’est jamais trop tard

Il vient de lisser ses plumes
celui qui désigne l’hiver d’un cri
le jour au bord du gouffre se racle la gorge
il pourrait tenir dans ses serres
ce qu’il reste de minéral aux rivages assaillis
par les vagues
son oeil noir abîme de l’âme
regard intergalactique
semble savoir
que la toupie danse sur son unique pied