Troublant message

Lire

le troublant message 

de la lumière dans les feuillages

de l’arbre

lire le vent, ses fracas, adoucir les éclats

reconnaître sa voix

traduire sans rien perdre du sens 

tout en écartant les significations

mensongères

deviner et puis s’apercevoir

que cette ombre est un chat et l’autre celle du merle

deux abeilles se délectent

du raisin à peine mûr et de celui dont les grains sont éclatés

ne plus très reconnaître les frontières du rêve

si jamais elles le départagent de la

réalité

Ombre

l’étrange fleur flotte
sur la page
de la première à la dernière
identique et sauvage
floue insensée
portant en elle le fruit amer
d’un mot et puis d’un autre
toute la trame d’une phrase
la grille d’un texte la porte close
l’infinie beauté que tous
les uns après les autres
ont reléguée aux sens
ont cloitrée dans la clarté

Et plus seulement

Faune de la Sénégambie /. Paris :O. Doin,1883-1887.. biodiversitylibrary.org/page/34755805

Et soudain les rémiges
et toutes les autres plumes
de son corps
se sont mise à boire la lumière

En se réfugiant à l’ombre
d’une feuille elle
en a pris conscience

presque transparente
son coeur telle une bille de verre
a roulé parmi ses artères et celles du ciel

un chant est sorti de sa gorge
et plus seulement
ce sifflement
qui hèle le soleil

À un chat,

Yellow Cedar, Paper: 23” x 23”Image: 16 5/8” x 16 7/8”, 2012
 ©  Bryan Nash Gill

Bryan Nash Gill: visitez son site


L’arbre ruisselle 

Jusqu’à son ombre 

Et là sur les pages imprimées du livre 

Propose une nouvelle lecture 

Éclats de rivières dans une gorge sèche 

Fourmillements sombres de l’été 

Assoiffé 

Ronronnement de la roche agacée 

Il sait grâce à son écriture racinaire 

D’il y a plusieurs milliers d’années 

Il n’est pas 

Simplement 

Un arbre attelé à la fabrique des planètes 

Instinctivement la sève devient fontaine 

Sombre et claire 

De l’absence 

De matière 

Son rêve fredonne au delà du mot

Plus lentement tellement que le geste 

Soudain sur son tronc en pente directe vers le ciel le corps souple et noir d’une panthère appose 

Ce qui ressemble à une phrase 

Forêt

© Bertrand Elsacker

Dans la forêt d’eucalyptus il n’y a plus personne

quelques pins et leur broderies d’aiguilles 

un silence d’écorce et parfois quelques plumes

la cime sert de nid au milan

il miroite au soleil parmi mille feuilles

éclaboussées par le soleil

Aujourd’hui on entend la mer

filtrer la lumière

avant de se mélanger aux saveurs automnales

du maquis 

Héliophile

Bubble © Brian Bonham

Quelques billes de verre se heurtent les unes aux autres

celles que j’appelais oeil de chat

quelqu’un les égoutte entre les doigts

sur les troncs roucoule une source fantôme transformée en ombre

veloutée

un vulcain un machaon un flambé et quantité affolante de piérides de cuivrés d’azurés

La carte géographique

et puis celui qui est comme le plus petits des colibris

répondent chacun à l’appel ciblé d’un parfum

que dire d’elle

la seule qui à la nuit tombée choisit de se poser

ailes ouvertes sur l’incompréhensible transparence

d’une fenêtre fermée autour d’un soleil doux

apeuré 

nymphe nacrée teint de lune argentée elle 

choisit presque toujours la nuit pour apparaitre

Aléa

©cc

Propulsée 

Par la nuit vers un rayon de lumière orange 

La mante verte 

Aborde la pente douce du mur 

Et entreprend une danse 

Qu’elle interrompt si je la regarde 

J’aimerais lui souffler 

Ce pan du monde est l’univers d’un fécond 

Gecko 

Elle le sait 

Dit-elle 

Puisque c’est moi qui ai jeté les dés 

Pourparlers

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Pour parler 

De la mer les vagues 

L’attraction amoureuse d’un astre

Qui ne sait que se taire 

Le temps fait de grains grignote 

La lumière ou ce qu’il en reste 

Lorsque enfin me parvient l’onde

Qui témoigne d’un effondrement sidéral 

Pour parler de l’animal en moi

Une âme muette minérale 

Qui se persuade qu’il n’est jamais trop tard

Freux

Il vient de lisser ses plumes
celui qui désigne l’hiver d’un cri
le jour au bord du gouffre se racle la gorge

il pourrait tenir dans ses serres
ce qu’il reste de minéral aux rivages assaillis
par les vagues 

son oeil noir abîme de l’âme 

regard intergalactique
semble savoir
que la toupie danse sur son unique pied