Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Le ciel avait entrepris cet interminable voyage qui va de la mer à l’horizon et de l’horizon jusqu’aux premiers récifs qui révèlent l’île aux vagues nouvellement nées
La caravane de nuages s’est arrêtée dans la baie bien avant d’atteindre les montages dont les sommets sont semblables à la mâchoire béante d’un grand saurien carnivore.
il est trop tard pour disparaitre les nuages trop fatigués pour pleuvoir dormir comme des agneaux sur le flanc des collines est ce dont chacun d’entre eux a besoin.
mais que faut-il faire du destin qui les titille et force la progression
Tu t’efforces de mettre tes pas dans tes propres empreintes afin de peut-être ne pas troubler ce monde qui frôle le tien
Ta silhouette noire synonyme du silence ondoie Ce que tu ne sais pas mais devine c’est qu’il est terriblement brouillant de mensonges de paroles qu’on ne donne pas ce monde qui frôle le tien
tu fais bien de l’ignorer de ne point te mélanger à son immonde rigueur de te retourner parfois et de l’inonder de tes pourquoi
petit animal carnassier qui préfère le soleil à l’orage la nuit la lune et les étoiles à la cage
petite langue rose gardée par de solides mâchoires garnies de dents ivoire tu préfères ne boire qu’aux sources qui pleuvent et roucoulent et te picorent le coeur et cet endroit toujours sauvage où se loge ton âme
au diable les humains chasseurs de rages au diable les humains pourvoyeurs d’entraves
un oiseau glisse sur le ciel du jardin d’autres se posent sur la mer pour le conciliabule quotidien le chat égal à lui-même traverse son territoire se penche pour boire à la mémoire de ses ancêtres
Pour accompagner les collines bleues à la baignade un poisson-pilote et un nuage muet
un iris violet décide que c’est désormais le printemps peu importe les voix qui lui chantent qu’il se fourvoie
Que peut-on dire face à la langue élancée de ses feuilles
Quelques poèmes dédiés à un mort —quatre années— me font songer aux mots devenus carapaces brillantes de scarabées un souvenir épluche toutes les lettres elles tombent comme des miettes par la fenêtre je vois quelques notes de pluie effleurer la surface d’une flaque elles tombent comme les étoiles si éloignées que je n’en perçois quand elles s’effondrent qu’une onde auréolant l’infini noir d’un minuscule éclat.
L’oiseau couleur de galet aux reflets roses tente l’approche il a soif et tremper ses chants dans l’azur ne lui suffit plus pour apaiser ses désirs d’infini
Sur le rocher près de la source rampe la petite féline celle dont les miaulements tintent à peine celle dont le dos est pourvu d’un longue ligne noire et le corps parcouru d’ombres fauves celle dont la queue comporte cinq anneaux et un plumeau noirs celle qui à sa naissance a renversé sur ses pattes un pot de crème
L’oiseau préfère le ciel à l’eau La petite féline disparait dans les broussailles
La prochaine fois quelqu’un étanchera sa soif La prochaine fois quelqu’un répondra aux voix de son instinct
Par de là la clôture, le petit chat noir observe souvent le maquis. Assis ou couché en forme de miche de pain. Mais ce soir, quelque chose d’extraordinaire le fascine. C’est qu’à la tombée de la nuit, avec la fraîcheur se réveille une faune fantastique.
Entre deux bosquets de cistes, une fabuleuse divinité féline s’est approchée en utilisant le socle d’un rocher pour figer son dernier mouvement. Le chat dont le pelage soyeux rappelle par sa couleur à la fois le marbre et l’ivoire fixe d’un regard bleuté le petit chat noir.
La confrontation silencieuse dure de longues minutes. La statue est de taille, souple et puissante, musclée. La miche de pain noire décide soudain de sortir du silence en poussant un redoutable rugissement accompagné de miaulements rauques et graves qui laissent à l’ennemi le temps d’apercevoir la mâchoire bien garnie et le rose flamboyant de la langue. Le chat noir possède un autre avantage, il est en hauteur. D’un seul bond, il est capable de déboulonner la statue si elle persiste à le menacer du regard.
Finalement, la statue prend brutalement la fuite suivie par la miche de pain au poil hérissé. La partie se termine par des ruades et de nombreux chants gutturaux quelque part parmi les cailloux et les feuillages odorants du maquis.
L’issue de la bataille ne fait plus de doute lorsque de nombreuses heures après ces éclats, se frotte à mes jambes un chat effroyablement doux, noir et paisible comme la nuit. Il a vite fait de guider mes caresses et mes regards vers cet endroit du mur d’où il guette habituellement seul la vie.
Animal Locomotion: Plate 669 (Ox Walking), 1887 Eadweard Muybridge Inscribed with Muybridge’s letterpress credit, series title, plate number and date Stamped on reverse with Museum of Edinburgh ‘Science and Art’ stamp Collotype print 18 x 23 1/2 inches (sheet size) 9 x 13 1/4 inches (image size)