Exploration

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Les nuages se comportent comme des vautours en se jetant sur les quelques morceaux du ciel encore éclairés par le soleil qui agonise. La nuit en même temps que la pluie tombe sur la ville. Dans le bus, se répand une odeur de chien mouillé. Les passagers puent sauf cet enfant de six ans. « Sommes-nous à New-York ? » demande-t-il à sa mère en apercevant les tours qui jouxtent la gare du Nord ?

L’enfant, à l’avant du bus, s’est installé à son poste de pilotage. Un parapluie lui sert de levier de commande pour faire décoller l’avion dont il devient le commandant de bord chantonnant. Comme par magie, alors que le ciel est sombre, bleu et gris, les sabots d’un cheval blanc raisonnent avec clarté. Éblouissant, il fait partie d’un somptueux attelage sans passager et dont le cocher en habit semble endormi. Dans la bouche de l’enfant de nouvelles histoires parées de questions dont il n’attend plus les réponses surgissent, envahissent le bus humide. Lui et moi, trouvons dans les rêves la solution à nos soucis. La nuit a totalement pris possession de la ville en allumant comme des étoiles les vitrines, les enseignes des magasins et les fenêtres des cuisines.

Les mailles de mon âme

Brussels, Oktober 2013 Posted on Oct 27th, 2013 at 03:02pm via D i so r i e n t ed DIARY © Bertrand Vanden Elsacker

« Les traits de l’homme d’action s’étaient estompés dans le laisser-aller de la vie dont les ravages s’étendaient sous la peau »

Yukio Mishima, Neige de printemps, Gallimard, 1980.

La raison forme une lourde écorce comme le couvercle rugueux donnant accès aux égouts. Sous l’épaisse peau de crocodile qu’aucun soupçon n’érode, je me demande ce qu’il vous reste encore. Ce qui échappe aux certitudes construites peu à peu, de petites morts sans remords en grandes rages pleines de haine, se meurt sans oser propager la moindre clameur. Les racines coriaces d’un monde qui ne se remet jamais en question, balise les frontières de tant de cimetières. Vous savez. Vous détenez toutes les vérités dans les formules de la vie en société. Monsieur Un Cher déblatérant grossièrement et sans nuances des paradoxes que personne ne comprend est un grand personnage de référence à qui l’on fait aveuglément confiance. On feint d’ignorer sa mégalomanie pour ne pas se retrouver encore plus détruit. En dehors des lois logiques maintes fois glorifiées et vernies par les mêmes systèmes, vous êtes persuadés que ce qui est même sensiblement différent est un leurre. Un de ces vides sans fondement, une formulation erronée.

Le rêve est un suspect, un reflet du mensonge, un étourdissement de la pensée plutôt qu’un sentiment ou une manière pure et simple d’exister en liberté. Le rêve est un superstitieux menteur, l’ami fantasque de dieux éteints. Il ne peut être l’astre dont la robe rousse bouge comme les surfaces des eaux que la foudre fracasse. Le rêve reste pourtant dans les cendres des peuplades réduites au silence comme l’œil d’un félin scintillant. L’ocelot dont la fourrure magique a failli se taire pour toujours.

Et moi qui étreins et embrasse le rêve comme un fauve à tous les instants du jour, le laisse grimper dans mes veines comme les lierres, le laisse recouvrir et réchauffer mon cœur, suis comparé à une miette, à un grain de sable. Celui-là même qui croise dans les rainures étroites, les rides qui gagnent tous vos paysages, le temps que vous cherchez à broyer comme l’ennui.

Je vous laisse, je cède ma place aux noms que vous me donnerez sans m’apprivoiser ni me comprendre. À la place des mots, vous en gardez la bave. Pauvres passants de l’éternité ! Passez votre vie à manquer l’essentiel en remuant aveuglés, les marécages maladifs de votre propre médiocrité !

Sphère

Rony Plesl

Mes mains ont toujours été le théâtre de lignes

échappant à tous les chemins

elles se croisent, elles sont comme des plantes grimpantes

des queues de comètes

mon esprit a toujours été le champ où se poursuivent

les questions sans réponse

où naissent des bourgeons fiers comme les pointes des flèches

°

la poésie n’est pas ce fantôme qui cherche dans tes poèmes un tombeau

Un morceau du ciel

HIDEHARU MISHIO: A swallow

Sur un lit d’hôpital s’acharnant à s’accrocher aux os une chair à bout

une femme presque dissoute est couchée sur le dos

le lit est devenu un sablier

le sable en s’échappant vers le néant emporte lentement maman

sur ses bras des taches mauves bleues et jaunes

on ne trouve plus les veines

elle me dit tout bas avec un masque de marbre sur le visage

qu’ici à tous les étages

elle n’est inconnue de personne

soignant soignée broyée

tous savent ce qu’elle est dure

ce qu’elle endure

ce qu’elle râle

aujourd’hui on fait semblant de ne pas entendre

que c’est la mort qui l’appelle

par son si joli prénom

comme un morceau du ciel

 

 

Grains de beauté

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La pluie de sa chevelure caresse ma fenêtre. Parmi les gouttes sur la vitre, je pose mon front pour le rafraîchir. J’entends les cliquetis amusés et discrets d’un essaim de petites larmes et les pas de la foule, en bas.

Il pleut des êtres humains minuscules, hommes, femmes, enfants comme une armée de points. Il pleut des personnes parmi les gouttes. La foule s’écoule sur les trottoirs. J’entends leurs pas qui applaudissent ces petites fractions de seconde qui dévorent la route.

Je pense à tous tes grains de beauté, la Voie lactée à contempler. Je pense aux larmes du soleil sur ta peau. Au silence soyeux qui se développe et s’étend bien au delà de nous-mêmes.

Je pense aux parfums du soleil quand il mange ton jardin de tes mains.

Une nouvelle arme

Eric Bellefeuille

Il ne me reste plus rien de mes larmes

le sommeil dans ses déserts

a asséché leurs sources calmes

mais il me reste cette faille

elle se déplace

de mon oreille à mon cœur

de mon cœur au sexe

la faille parfois se place

entre les articulations et peu à peu

me ronge

lorsqu’elle se met à grimper

pour étouffer la colonne vertébrale

je ne trouve plus de larme

elles se sont toutes évaporées

rien

ne me laisse plus parler de mon mal

rien

pour tenter de l’oublier

il faudrait que

je puisse me trouver

une nouvelle arme.

Désappointé

Ce n’est pas un chat qui se cache dans ma gorge, ni un morceau de pomme, c’est un caillou. Un caillou et sa constellation de graviers comme autant de reproches.

Vous ne me parlez pas mais vous murmurez derrière moi sans que je comprenne pourquoi. Vous me trouvez rugueux tandis que je me dis que ce mur entre vous et moi est honteux. Je ferai n’importe quoi pour qu’il s’écroule.

Je suis étrange car rien de ce qui vous convient ne m’arrange, je veux toujours plus, je veux toujours mieux sans repérer si il y a des limites.

Ce n’est pas un caillou que j’ai dans la gorge, c’est une montagne de larmes.

Personne ne peut comprendre que quand je chante, je n’entends plus vos paroles méchantes, je ne vois plus vos gestes suspicieux.

Je ne crois plus que le mur qui m’emprisonne dans vos pensées cessera un jour de subsister.

Quand je chante, je mélange ma voix à celle de tous les peuples qui se sont éteints à cause de vos silences.