firmament

Julien Salaud (b.1977, France) - Grotte Stellaire (2012-14)images source: Palais de Tokyo, Suzanne Tarasieve © All images courtesy of the artist
Julien Salaud (b.1977, France) – Grotte Stellaire (2012-14)images source: Palais de Tokyo, Suzanne Tarasieve
© All images courtesy of the artist

La nuit est une fleur étrange.

Ses pétales constellent.

Son parfum ruisselle là où

la lune lentement luit.

Brindille je suis et

le ciel explore la souplesse de mon corps

la flexibilité de mes idées

 la fluidité des chemins qu’empruntent inlassablement tous les états de mon âme.

À mi-chemin,

l’aube furtive attend l’instant où il est bon d’éclore.

Les fougères tamisent et décorent les lueurs de leurs respirations naissantes

et de leurs volutes où le vert-feu dort encore.

Julien Salaud info

Astragalisme

Greek - Crouching Women Playing Knucklebones - Walters 48303, 48304 - Group.jpg
« Greek – Crouching Women Playing Knucklebones – Walters 48303, 48304 – Group » par Anonyme (Grèce)Walters Art Museum: Home page  Info about artwork. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

L’ombre liquide de l’écriture s’ancre dans le cri qui n’est plus celui de la révolte.

Soudain, elle devient cette partie brouillée de moi, comme l’écume.

Elle sombre.

Telle la chevelure noire du désespoir, elle semble avoir goûté à ce divin breuvage qu’on nomme lucidité, leurre, voyage.

La parcelle de vie que l’on reçoit et que l’on voit valser depuis le trou noir, du plus profond de soi devient le grain de beauté à la fin d’une phrase.

Le point culminant et tremblant d’une note imprime à la voix comme à un chemin une fin ouverte à l’orée du chaos.

Chaque vague, crête et creux compris est une ébauche de moi.

Le linéament.

L’étiolement infatigable.

La nécessité de sombrer et puis d’être tentaculaire à l’instar de la voie lactée.

Spasme affolé d’une idée de la liberté.

Les tourbillons insolents d’un courant frétillant de débris, d’un essaim de poussières confient la mort lente, langoureuse, majestueuse à l’envol d’une nuée de mouettes.

Dans le ciel, l’azur s’abrase.

Les remous mesurent et puis d’un seul mouvement relâchent les osselets qu’aucune main n’arrache au puits sans fond du hasard.

Bulbes du printemps

Marvin Lipofsky
MarvinLipofsky

Pour entrer en matière

Je pourrais parler de la lumière

qui se recueille dans le val

entre deux ou trois collines de mots

Ce sont elles qui coagulent les couleurs

Ce sont elles dont les veines deviennent

les racines conquérantes du printemps

mon cœur est un bulbe

son rêve se résume à l’éclosion croquante

de la tulipe seulement

mon corps est une roche

son geste minéral

me reproche l’inconsistance

de mes translucides pétales

Black Bile

A brief history of melancholy – Courtney Stephens

En mon chœur

Puits infatigable de voix

Tombe de nulle part un galet

Semblable à un grotesque crapaud

L’écho de l’impact se superpose

Aux bruits des remous sourds de la vase

Entre mes rives s’écoule le fleuve noir

Écriture incapable de correspondre avec ce qui n’est pas une histoire

Aux trois humeurs répond toujours la seule qui me rende sombre

Lucide à l’orée de cette étrange fleur qui s’appelle folie

Pétulance

Suzanne Dekker "Hope"
Suzanne Dekker
« Hope »

Parfois un instrument à cordes imprime à l’étang un fluide mouvement. Un trait s’éternise jusqu’ à la cime des choses. La lenteur émerge peu à peu comme cris à peine sortis du nid. L’eau en surface se défait des plis inscrits par la nuit et moi je vois le soleil encercler l’endroit où mes feuilles ovales s’étalent.

Je devrais à l’instant choisi cibler un point du ciel où me suspendre ailes ouvertes. Quelle est cette ombre géante amalgamée à ton immonde haine ? Crois-tu que le mensonge dont ton poing crispé me menace est à même d’empêcher ma floraison ?

C’est aux nuages brassés par la lumière que je dois la couleur de mon bourgeon, c’est à la lance qu’il doit son élan pointu, c’est à l’eau sombre que je voue mon irisation.

Audace

photo 1ccallant

Le ciel au goût de perle se pose sur les feuilles

Que se partagent les merles, les sittelles et le vent

L’allure vaporeuse de la mer dans les mains du soleil ?

Le duvet argenté qu’arbore si fier le mur végétal à son front?

 

Tous les buissons sont sertis de fruits aux saveurs de citron

Toutes les hampes florales portent des bourgeons

L’écume se fait plus légère que l’air

Se répand son regard d’aigue-marine

Jusqu’aux cœurs dévoilés des pensées

En colère

The Person Inside The Books
The Person Inside The Books

Les nuages se posent sur le fin fil bleu foncé de l’horizon en feu

La mer est revenue de ce voyage en colère

Je décide de suivre de mémoire les pas d’un sentier qui sinue

Parfois je pense que

Le pouvoir donne aux êtres humains une figure implacable un sourire cruel

Je marche sans solitude

Un caillou ramassé en chemin

Me parle soudain d’une histoire éternelle faite de renoncements périodiques et de morts temporaires, de lumières noires et d’ombres solides

Que suis-je moi face à tant de ténacité prête à lyncher le silence en lui lançant au visage mes mots comme une poignée de sable ?

Pour qu’elles meurent

.

J’aimerais que tu sois

Comme le chaton dans sa bogue de sommeil

Un bouclier d’épines

 

Pour protéger le rêve et sa peur bien réelle d’être mordu par un hiver cupide

 

Des coussinets d’ébène

Des griffes rétractiles

Un regard de jade doux

La soie

 

Pour répondre à la nuit et à ses faims glaciales

 

Ton silence qui vrombit du plus tendre fond de ta gorge

Le nuage doré que supporte ton corps presque comme une auréole

Le pétale rose de ta langue maternelle et le lait bleuté d’une parole qui aime l’air vif

 

Pour répondre aux laves mortes

 

Pour trucider l’amertume

 

Pour se débarrasser de tous ces tombeaux qui voudraient t’enterrer avant que tu sois morte

 

Pour étouffer ton remords d’avoir cédé un pan de ta liberté

A l’espoir naïf d’être aimée

Par ceux qui ne connaissent les fleurs que par leur désir aveugle de seulement les cueillir

Pour qu’elles meurent.

Pour les murs

Les mots, le souffle dont ils disposent pour s’installer dans la phrase, les virgules, les points,

les veines entre chaque parole dure et polie, parfois sertie d’une larme, les ruisseaux de bruits, les torrents de silences

ont cavé ma voix

celle qui a tant de mal à se faire entendre et souvent ne parle que pour les murs

les mots, le souffle, la phrase, les virgules, les points et l’histoire

les veines, les larmes, les silences trouvent parfois la force de se tenir là, debout dans le noir du tiroir secret d’une idée.

 

Images: Christo Dagorov