Hier, le ciel m’est tombé sur la tête
par petits boulons
par petits bonbons
et puis il a fondu
la pluie s’est essoufflée
est devenue livide
le ciel vendeur de perles.
Il ne me reste plus que l’empreinte, le souvenir de tous mes instants, la trace d’un paysage, la géographie d’une idée que la vie a érodé. Quels ont été les vents profitables, les pluies salvatrices ? Que reste-il lorsqu’on regarde derrière soi, alors qu’on marche sans le désir d’atteindre la fin de notre trajectoire ? Il ne me reste plus qu’à feuilleter en espérant trouver.
Ne manque-t-il vraiment rien ? Quelle phrase accordons-nous à notre oubli ? Cet espace creux qui parfois résonne, joue la note de travers, pince notre cœur et réveille notre peur ? N’est-il que vide, ne s’exprime-t-il qu’aux travers de nos limites ? Trouverais-je jamais le mot juste, l’endroit fidèle ?
Quelles sont les secondes qui nous ravinent, ne trouvons-nous pour les exprimer que ces montagnes inversées, que nous ne pouvons escalader ?
Il faut creuser, chercher au lieu de gravir. Ou bien veut-on nous dire que l’ascension certaine se fait en élaborant lentement nos fondements, en y prenant le temps d’installer un lit pour toutes nos rivières ?
Tout cela n’est peut-être que du sable, du vent, du rien qui nous échappe en beauté, tout cela n’est peut-être qu’un mirage découpé au laser dans nos rêves.
Apprendre à nous lire, apprendre à découper avec soin, à définir, c’est apprendre à lire le monde et à le construire. Apprendre à laisser une empreinte aussi fugace que celle-là, une onde de choc.
La fenêtre est ouverte
dehors le ciel
crie
J’ai de l’o dans le coeur
quand il s’ouvre, il s’épanche
il s’ôte tout sens commun
il ose
crier fort
j’ai de l’eau dans l’oreille
mais on ne sait pas laquelle
moi je crois que c’est celle
qui bondit dans les torrents
odorants
j’ai de l’o dans l’oeil
on la goûte dans l’étonnement de ma larme
j’ai de l’o qui s’enflamme
je n’aime pas les (h)auteurs, ceux qui le prennent de haut
ceux qui obligent
ils me donnent le vertige
je n’aime pas leurs odes à faire peur
J’ai un o dans le cœur
j’ai un o de la tête
à mon plus petit orteil
j’ai un o inoffensif qui ondule
J’ai un o qui fait peur
aux
autres.
les cerf-volants s’envolent
les arbres ces petits squelettes noirs
dansent en tenant dans leurs bras
les mousses roses et vertes
du printemps
nous ne sommes plus des points
mais les fourmis funambules
d’une cité accrochée aux grains
de sable et aux différents
fils de l’eau
jusqu’à la nuit on grignote la journée
de places de marché en rues animées
de ponts en quais de déchargements
on boit, on ment, on triche
on mange, on vend, on exploite
on draine, on tire, on pêche
on crie, on obtempère, on se cache
on regarde et on tente d’oublier, on vomit
on mendie, on grappille
mais jamais on ne naît, ni ne meurt
car c’est la fête.
Les rouleaux de soie
Le Jour de Qingming au bord de la rivière
Dix-sept textes ajoutés aujourd’hui à ma collection.
Derrière le banc de la certitude
il siège
sa cervelle sert de refuge
aux commandements
aux ordres
au grand rassemblement
de la culture
parfois de la pointe aiguisée
qui lui sert de doigt à désigner
il crie : « toi ! »
il faut qu’il sacrifie
chaque jour
le cœur tendre d’un enfant
pour satisfaire sa vanité
il organise des orgies
il attise les cendres
des rires venimeux de quelques pourris
il se répand comme la peste et le choléra
il montre ses dents
jubile : « voyons, tu ne sais pas ! »
en suturant ta peine de petit chat
il peut planter ses racines
étendre la ramure ecclésiastique
de ses bras maigres comme les
barreaux de sa propre prison.