Fibre

Schwarm II. Generative Process; Custom software, dimensions variables
——Andreas Nicolas Fischer

À l’intérieur d’un arbre

tu vis

l’état endormi de la feuille

à fleur de tout

qui attendait de pouvoir

ouvrir ses pétales de brume

folie latente de la vie

existe-t-il l’instant où l’eau

ne se trouble plus

Etc

Joseba Eskubi, mixed technique, 2012

Dans les morsures moussantes de la mer

tombe le ciel

là où je posais mon doigt

fatigué

tombe de l’âme et des tourments

le vent et les brises lames

serait-il donc si facile d’abattre

les béances du monde

Saturne

Saturn’s A Ring From the Inside Out

La réponse n’existe pas. Il n’est que des questions, des terrains vagues ou des mers de désolation. Toutes les traces que tu prends pour des preuves, ne sont que les indices de ton errance éternelle. Toujours, tu reviens sur tes pas , meurtri ou guéri, consolé ou ébloui. Il n’est que l’exil. Il ne coule nulle part ailleurs, ce fleuve bleu gorgé d’étoiles, que dans le regard que tu portes sur le monde. C’est de toi que ruissellent toutes les promesses, c’est de toi que suintent l’abandon et la désespérance.

Si tu cesses de lui faire porter des perles et des velours, si tu cesses de lui confier tes rêves comme la sève aux nervures des feuilles, comme les spores aux vents, il n’est plus rien le monde. Sa table est dévastée, les lits de ses rivières sont vides et il est silencieux. Désertique et solide, il tourne autour du vide. C’est ton travail de fourmi, comment tu le décortiques et pourquoi tu le questionnes inlassablement qui tisse le nid pour reposer ton vol ou les filets pour retenir ta débâcle. Ce sont les détours de tes rivières qui laissent leurs alluvions dans les coudes.

Sens

image

L’écriture recense mes sensations: d’une nappe brumeuse et dissolue surgissent les mots comme des récifs. Derrière eux, s’annonce le continent de ma personne. Pour l’explorer et explorer ses relations au monde, je me sers de l’écriture et elle se sert de moi.

Entre ce qui m’advient et ce que je pense, l’écriture intervient pour me traduire, pour véhiculer ma conscience, pour trahir mes silences. Pour transmettre mes signifiances. Elle se glisse dans mes failles, elle profite de toutes les ouvertures pour exhausser mes envolées, signer mes désespoirs, porter  ma connaissance. Mon écriture est née de ma présence. Ce que je n’écris pas ne prend aucune place dans la galaxie des existences.

Soulèvement

Greg Anka – nonameyet, 2009

Dans le cri d’un oiseau

le ciel bascule

et se met en mouvement

il se met à pleuvoir

de ces questions qui ne me mènent

nulle part

Est-ce une tâche à laquelle il faut

que je réponde

alors que pour échapper à la guillotine

de mes pensées  j’emprunterais

tous les sentiers

je ne peux vivre dans ce scaphandre

dont le cordon ombilical

me lie si insidieusement

aux profondeurs froides

La clef

 

Le monde me ferme ses portes. Il paraît que la raison serait en moi, viendrait de mon refus constant d’admettre les règles de convenance, d’ignorer qu’il est des questions qui ne se posent pas. La cause viendrait de ce flux qui charrie le doute, de ce doute qui enrobe chaque geste et chaque parole. Comment me faudrait-il naviguer parmi cette infinité de sens que tant d’autres balayent avec une certitude aveuglée, si ce n’est en la questionnant inlassablement ?

À partir de quand un détail devient-il important, insolent, disgracieux ? Je souffre d’apprendre que les règles d’appréhension du monde changent constamment. Je souffre de ne pas posséder cette même clef qui semble ouvrir tellement d’espace de liberté. Je souffre de me trouver face à un mur, à chercher et chercher encore où se trouve cette fameuse issue. Ce petit point d’adhésion. Le monde me devient illisible.

Les choses existent-elles vraiment en dehors de tout questionnement. Qu’est-ce qui me force à l’admettre ?

 

Pour me sortir de ma torpeur, il y a eu un peu de musique

Sur le fil

Le langage est un fil

sur lequel se baladent les mots.

Le fil est élastique,

les mots sont des équilibristes

et le sens est cette souplesse. L’aisance du fil à se détendre, l’aisance des mots à se suspendre.

C’est le sens qui sensiblement choisi la phrase.

La phrase est l’aile du langage,

elle le porte,

elle le supporte.

Ombre flottante

je n’ai jamais eu de contours
je suis une ombre flottante
évasive et peureuse
je suis une onde
folle
je précise au monde
qu’il n’échappera pas à l’oubli
je décortique
le malheur
je détruis et suis
le poison de ma propre prison

je chante et je déchante
et ma planète est comme ce
petit cœur
de fleur
fait de pétales
et de pollen
éparpillé

L’image vient d’ici

La condition

Serais-je un jour une méduse

une raie

traçant l’espace

en volant

n’aurais-je au bout de mon corps

que les tentacules

irritant

et le dard et le venin

à la surface de mes phrases ?

Serais-je toujours prisonnière

de ma condition ?

Raja montagui

Les fourmis blanches

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Écrire serait-ce graver avec de la lumière dans le noir ? L’écriture deviendrait-elle ainsi le fil conducteur de la vie où ne sommes pas que des objets, des passants mais de véritables acteurs? Les instantanés que nous prendrions loin des foules et de toutes fumées ne serviraient alors aucun guide touristique, nous laissant ainsi le plaisir de chercher dans l’ombre et de révéler peu à peu ?

Les phrases doivent-elles toujours avancer comme une armée de fourmis, produire des sens, révéler des idées ? Les phrases doivent-elles être tentaculaires abordant tous les bords, s’en prendre à tous les passants, propulser une histoire, construire un corps et vivre au travers du sang qui bouillonne dans les veines. L’écriture serait-elle passionnelle ?

Hier, je me questionnais ainsi et alors que je n’espérais pas de réponse, j’ai lu ceci.

« Lorsque j’examine de près ma petite enfance, je me rends compte que ma mémoire des mots a nettement antécédé ma mémoire de la chair. Chez la plupart des gens, je présume, le corps précède le langage. Dans mon cas, ce sont les mots qui vinrent en premier ; ensuite, tardivement, selon toute apparence avec répugnance et déjà habillée de concept, vint la chair. Elle était déjà, il va sans dire, tristement gâtée par les mots.

D’habitude, vient en premier le pilier de bois cru, puis les fourmis blanches qui s’en nourrissent. Mais en ce qui me concerne, les fourmis blanches étaient dès les commencements et le pilier de bois cru apparut sur le tard, déjà à demi rongé.

Que le lecteur ne m’en veuille pas de comparer mon métier à la fourmi blanche. En soi, tout art qui repose sur des mots utilise leur pouvoir de ronger – leur capacité corrosive – tout comme l’eau-forte dépend du pouvoir corosif de l’acide nitrique. Encore cette image n’est-elle pas tout à fait juste ; car le cuivre et l’acide nitrique qu’on emploie dans l’eau-forte sont à égalité, l’un et l’autre tirés de la nature, tandis que le rapport des mots à la réalité n’est pas celui de l’acide à la plaque. Ces mots sont le moyen de réduire la réalité en abstraction afin de la transmettre à notre raison, et leur pouvoir d’attaquer la réalité dissimule inéluctablement le danger latent que les mots soient eux aussi attaqués. »

extrait de « Le soleil et l’acier » Yukio Mishima.

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