Réminiscence

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Entre les circonvolutions des branches follement habillées d’une lumière étincelante, un lac aux eaux troublées. Dans ses abîmes sombres, des silhouettes, des fantômes dansent. J’aperçois papa, petit garçon en costume de marin, la main posée sur sa jambe malade. Je vois ma grand-mère jeune femme élégante au côté de sa cousine toute aussi charmante. Elles ne portent pas encore sur les lèvres le baiser glacé de la mort.

À la surface du lac, surgissent les cortèges d’un carnaval bien étrange, la lumière fait tache en servant de confetti, un squelette tente de gravir la pente, chemin raide comme le manche du fouet qui punit l’esclave qui ose lever la tête. Faucille du cultivateur, marteau piqueur et pelle du mineur, arme blanche et mitraillette du violeur, une ombre noire et visqueuse menace d’avaler tous les îlots de clarté argentée.

Dans les bras de la forêt, le lac miroite le mouvement lent et sobre de la vie, ses étapes, ses fuites, ses impasses, ses passagers dont il ne reste plus que l’idée qu’ils aient un jour existé. Le lac berceau du spectacle lucide orchestré par la mémoire. Le lac réceptacle caché de ces effroyables secrets qu’on ne parvient plus à dompter. Il semblerait qu’aux arbres à la place des fruits se pendent des larmes comme les grappes brillantes de la pluie.

Arbre

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C’est un arbre dont les feuilles sont des turquoises et ses fruits de toutes petites perles de pluie.

Le tronc se tord comme une phrase et les branches sont semblables à ces idées qui impliquent plus de questions que de réponses.

C’est un arbre dont les racines forment l’histoire qui relate un nombre fini de vies

et celle d’un

silence immobile

de croissances d’inflorescences

l’arbre alimente les rêves et son existence appaise la mienne

car comme un coffret il retient

l’effervescence

du jardin où les pierres sont des poèmes

Lys

HANA「華」 Flower

Les lys dansent autour des pieds nus de la rivière et la suivent dans les détours sinueux du dédale qu’elle dessine aux travers des prés verts. La rivière a dénoué sa chevelure noire, les boucles enlaçaient son visage. Maintenant elles coulent vers le fond ou se mélangent au lent courant de l’eau. L’ombre de mon rêve semble poursuivre les mêmes ondes.

J’ai posé ma tête sur ton épaule en même temps que la graine d’un baiser. Tes mains aussitôt m’ont rassurée et caressée longuement jusqu’à ce qu’elles atteignent le bas de mon dos à l’embouchure de nos jambes enlacées.

En sombrant peu à peu dans le silence soyeux du rêve, sorti d’un cocon de soie, je suis devenue le papillon qui me permet de comprendre que toi et moi sommes les deux bourgeons d’une seule branche. Les feuilles comme des pointes de lances regardent le ciel, dans le miroir trouble et muet de la rivière, quelques nuages nagent à la manière des méduses ou de ces graines qu’une montgolfière blanche et légère transporte au large du hasard si doucement.

J’attends que la rivière dans son vol redessine notre lit afin qu’il devienne le poème. Un poème dont la source est une ruche de mots fabriquant à base de la lumière le sens pour nos phrases.

Nous traverserons des territoires balafrés de barbelés. L’élan de l’eau, l’ombre du bras qui écrit, traîne d’une reine guerrière, nous sommes toi et moi sous la forme lisse d’un poème la principale force pour lutter contre l’oubli.

à Jyk

Miroirs de mort, les yeux

Avatar de LeliusPerles d'Orphée

ω

« Elle s’est réfugiée dans la mort en fourrant sa tête dans un nœud coulant, comme on la cache sous un oreiller. » (Boris Pasternak – Prix Nobel de littérature 1958)

Les yeux

Deux lueurs rouges — non, des miroirs !
Non, deux ennemis !
Deux cratères séraphins.
Deux cercles noirs

Carbonisés — fumant dans les miroirs
Glacés, sur les trottoirs,
Dans les salles infinies —
Deux cercles polaires.

Terrifiants ! Flammes et ténèbres !
Deux trous noirs.
C’est ainsi que les gamins insomniaques
Crient dans les hôpitaux : — Maman !

Peur et reproche, soupir et amen…
Le geste grandiose…
Sur les draps pétrifiés —
Deux gloires noires.

Alors sachez que les fleuves reviennent,
Que les pierres se souviennent !
Qu’encore encore ils se lèvent
Dans les rayons immenses —

Deux soleils, deux cratères,
— Non, deux diamants !
Les miroirs du gouffre souterrain :
Deux yeux de mort.

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Lyre

Pulmonaire – Thread Art by Comme Des Garçons

Dans les jardins secrets des sentiments je marche sur la pointe des pieds

des notes

volatiles

se froissent comme des étoffes

luxueuses

 

Le ciel pose sans recevoir jamais de réponse les questions qui le hantent

sur la mer

il arrive que flamboyante

amante

elle mente et se recouvre de son manteau de vair

 

Parmi les étoiles les tentacules de la nuit fleurissent

les gestations tremblantes de la lumière

sous la forme de bulles d’air

se glacent

 

Dans les rues de vos citées amères je ne sais plus où poser mes pieds

les cris

la domestication de vos esprits

la vulgarité fille facile de l’ennui

ont fait de moi une grande brûlée

 

Enclos

Portail Cluny

Je feuillette la ville comme un livre d’images.

Aux fenêtres,  je cherche des visages,

quand soudain ta main comme le songe d’une rose médiévale

se pose sur la branche d’un arbre

dont les fleurs sont blanches

et dont les feuilles mangent tendrement le temps.

Dans le jardin rougeoyant du musée de Cluny

naissent des choses qu’on appelle sentiments.

Je te vois, je te sens, tu me touches et je sais,

je suis une licorne et ce qui nous lie

ne porte que les noms que toi et moi

lui donnons.

Acclimatation

A Cloud · Katsumi Komagata

C’est un nuage qui grignote

mon rêve et le pelage

immaculé de la page

c’est une idée qui s’évapore

sans que j’aie pu lui donner

de mots

elle ressemblerait au blanc

de l’œil

d’un cheval

qui s’effraye

elle ressemble

au sucre

impalpable

elle fond sur la langue

mon rêve échappe

à sa traduction

c’est une chose étrange

de comprendre

qu’ en se laissant appréhender

le monde n’attend pas

vraiment

que je lui donne des précisions.

Waar de hemel blauw is, en het gras groen

Ik kijk naar de hemel

Ik neem een lepel

Ik wijs naar,

Waar ik daar

Bedoel.

Het puntje wordt als maar groter.

Ik word als maar banger.

Ik maak van mijn eigen ook een puntje.

Een puntje in het gras.

Plotseling voel ik iets op mijn schouder landen.

Ik kijk naar mijn bult net naast mijn hoofd, mijn schouder

Ik zie een vogel, een zwarte vogel.

Heel groot, groter dan mijn lepel,

die ik klaar had om het puntje te vangen.

De hemel is blauw zonder puntje.

Het puntje kraait als een raaf.

Ik schrik.

En weer is het puntje daar.

Waar ik daar

Bedoel.

 ©Chloë Vanden Elsacker, 10 jaar

Là où le ciel est bleu et l’herbe verte,

Je regarde le ciel,

Je prends une cuillère.

Je montre

Là ou je veux

En venir.

Le petit point devient de plus en plus grand.

J’ai de plus en plus peur.

Je fais de moi un petit point aussi.

Un petit point dans l’herbe.

Soudain je sens quelque chose atterrir sur mon épaule.

Je regarde la bosse juste à côté de ma tête, mon épaule.

Je vois un oiseau, un oiseau noir,

Très grand, plus grand que la cuillère,

que j’avais préparée pour attraper le petit point.

Le petit point croasse comme un corbeau.

Je m’effraye.

Et à nouveau le petit point est là

où je veux

en venir.