Digitale

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photo: Bertrand Vanden Elsacker

Au dessus du maquis une à une naissent les étoiles

une lueur lactée les berce les fait vaciller

Des parfums empruntent les allées invisibles

de mon âme

ce qui se tisse c’est la toile

d’une araignée qui revient toujours et toujours sur ses pas

pas un mot ne lui échappe

aiguilles flammes brindilles pétales

lascifs feuillages épuisés par ce soleil

qui meurt chaque soir

cet oeil qui me regarde me juge me condamne

est son venin détestable

c’est qu’il me paralyse cet animal

et gèle mes actes et sanctifie

tout ce que je rate

La lune faucille rouillée

accrochée à la dernière étoile

laisse sur les eaux et leurs miroirs

l’empreinte digitale

de ma toute première

larme

Anfractuosité

Tampoco el mar duerme: digital content from Jorge Medina on Vimeo.

il existe une fracture au sein

de moi-même

elle n’existe pas en un seul point

comme une peur

comme un malaise

elle montre ses dents aux sommets divers

d’une chaine montagneuse

pour comprendre il me faudrait à nouveau

escalader les versants les plus pénibles de ma vie

trouver les quelques mots qui m’ont permis de franchir des limites

en bas dans les vallées

avalés par le temps

les torrents de mon enfance

quelques cailloux brillants se moquent des reflets et se font passer pour des rivières

de diamants

des villages entiers murmurent

seules les feuilles froissées osent encore

parler d’un passé

Nue

ESO - eso1334fr-be - ALMA éclaircit le mystère des galaxies massives manquantes
Image eso1334a Représentation tri-dimensionnelle des observations d’ALMA des jets de gaz issus de NGC 253

Je te regarde nue
Constellant en tout point
Et il n’est pas un seul
Qui me réponde
Sur la même
Longueur d’onde
Alors pourquoi faudrait-il
Que je corresponde
En toutes lettres
Avec celles qui ne sondent
Que les versants secs et sombres
De cette idée de l’universel
A-t-on le droit de faire
De son désir la loi

Attention

La Dame à la Licorne, tapisserie, Musée de Cluny

Je veille sur ton sommeil

souffle de nourrisson qu’une à une les vagues

portent en elles comme une chanson

Je veille sur la voix que les étoiles lointaines sèment

dans un éternel mouvement d’ondulations

Je veille sur ton sommeil le plus profond

afin que personne ne confonde

tes rêves ces chevaux rares

avec le bruit de leurs sabots

Je veille sur les dix bourgeons de rose

que sont les bouts des tes dix doigts

Moussus ils laissent perler le lever du jour

sur le duvet vert de leur naissance.

Que m’importe qu’on dise qu’ainsi

on ne veille sur rien et que

finalement arrive ce que tous nous cherchons à éviter

Je veille aussi sur le moindre soupçon.

Ultime

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Au sein de la nuit sans lune

sur le sentier froid

creusé par le poids de son corps

et de la maladie

au milieu de son lit

soudain comme une feuille de papier

supportant les rides de l’ultime poème

son cœur s’est déchiré.

À la lumière

à l’aurore

on prétendit

que la mort était survenue

sans le moindre remous.

Sur la plage pourtant

la mer semblait avoir perdu

la bataille qu’elle livrait

contre l’hiver.

Portraits

Martinos Center for Biomedical imaging Massachusetts Hospital

Je suis un homme une femme un cheval

Je suis brindille éclat broutille

Je suis calme forêt fauve

chat aiguille fine

fille fils frère

lune vague mer

j’écris je lis j’écris j’invente

je rêve je dors je mens je demande

je crois, je pense, je doute

je goûte

parle peu

parfois j’écoute

les hommes les femmes les chevaux

les chats les fauves les feuilles

les forêts les enfants

les loups

les ours polaires

les oursins et les étoiles

de mer

Evaporation

En s’évaporant la mer redessine le profil

des collines

le bras l’épaule

la main une aile

gagnent le large

les nuages plongent à l’instar des baleines à bosse

laissant derrière eux écume

nids de bulles et ombres géantes

Fragment unique

• Relay Opalka

Ainsi je serais une succession d’acheminements aléatoires, une juxtaposition de caractères distinctifs multiples pris au hasard au fur et à mesure qu’il s’étend.

Je fais partie de mon héritage en même temps qu’ il se crée ou se détruit.

Partie du néant, pour me différencier de lui, quelques symboles éparpillés dans l’espace suffisent-ils réellement ? Entre lui et moi, la différence est infime, on pourrait penser qu’elle ne compte pas.

Réminiscence

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Entre les circonvolutions des branches follement habillées d’une lumière étincelante, un lac aux eaux troublées. Dans ses abîmes sombres, des silhouettes, des fantômes dansent. J’aperçois papa, petit garçon en costume de marin, la main posée sur sa jambe malade. Je vois ma grand-mère jeune femme élégante au côté de sa cousine toute aussi charmante. Elles ne portent pas encore sur les lèvres le baiser glacé de la mort.

À la surface du lac, surgissent les cortèges d’un carnaval bien étrange, la lumière fait tache en servant de confetti, un squelette tente de gravir la pente, chemin raide comme le manche du fouet qui punit l’esclave qui ose lever la tête. Faucille du cultivateur, marteau piqueur et pelle du mineur, arme blanche et mitraillette du violeur, une ombre noire et visqueuse menace d’avaler tous les îlots de clarté argentée.

Dans les bras de la forêt, le lac miroite le mouvement lent et sobre de la vie, ses étapes, ses fuites, ses impasses, ses passagers dont il ne reste plus que l’idée qu’ils aient un jour existé. Le lac berceau du spectacle lucide orchestré par la mémoire. Le lac réceptacle caché de ces effroyables secrets qu’on ne parvient plus à dompter. Il semblerait qu’aux arbres à la place des fruits se pendent des larmes comme les grappes brillantes de la pluie.

Arbre

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C’est un arbre dont les feuilles sont des turquoises et ses fruits de toutes petites perles de pluie.

Le tronc se tord comme une phrase et les branches sont semblables à ces idées qui impliquent plus de questions que de réponses.

C’est un arbre dont les racines forment l’histoire qui relate un nombre fini de vies

et celle d’un

silence immobile

de croissances d’inflorescences

l’arbre alimente les rêves et son existence appaise la mienne

car comme un coffret il retient

l’effervescence

du jardin où les pierres sont des poèmes