La lumière se souvient de tes mains
la voilà douce qui recompose
tes gestes
sans plonger dans l’ombre
les feuilles
les pétales
les coffrets à parfum
que renferme mon jardin
La lumière se souvient de tes mains
la voilà douce qui recompose
tes gestes
sans plonger dans l’ombre
les feuilles
les pétales
les coffrets à parfum
que renferme mon jardin

Mimic Octopus. (Source: Flickr / christianloader)
Quelques traits suffisent
à faire de moi une racine
qui jamais ne connaît
ni la fleur ni la feuille ni l’épine
quels que soient les regrets
qui effleurent les fleuves
qui évitent les volutes qui m’animent
il n’est rien que je veuille
ni les pleurs ni l’oubli ni les cimes
il n’est rien qui me fasse
guetter les failles
quitter les crevasses
pour m’enfuir et survivre
les pantins je les mime

Tu respires comme la mer qui vient te baiser furtivement les pieds. Tu viens de te retourner comme si tu voulais m’inviter à quitter mes jeux. Petits voiliers, frêles embarcations que les caresses du vent mèneront vers le large. Je te suis. Dans la main qui rythme ta promenade, j’ai discrètement glissé le petit galet chaud de la mienne. Dans ta main, ma main y retrouve la même chaleur joyeuse. Ils peuvent bien se moquer de moi et de mon étrange papa, je sais moi, que tu me montreras ce qui ne se regarde pas et qu’ils ne verront pas. Près de toi, portée par les flots de tes paroles, soulevée par les rires de ta voix, la lumière.
Ce vieux morceau de bois planté dans la terre, rongé par les embruns sera notre point de départ. L’indice qui pointe l’éternité bleue au dessus de nos deux têtes. Nous marcherons sur les dos des baleines, écouterons le recueillement leurs voix par les criques. (Seraient-elles des sirènes ?)
Nous apprendrons à ne rien dénigrer, à ne rien défaire, à rire. Nous marcherons sur les morceaux de ciel, balayés par le vent, abandonnés généreusement entre les rochers pour les rafraîchir. Nous nagerons secrètement dans les jupons mousseux des vagues qui domptent le ciel jusqu’à ce qu’il devienne crémeux. Nous nous laisserons pendant des heures (les moins dangereuses) bercer par le soleil, nous nous amuserons de ses coupantes extrémités tout au long de l’après-midi. C’est à la contemplation muette, que toi et moi, éberlués, passerons le plus clair de notre temps. Pour la beauté de l’horizon qui se laisse rejoindre par la mer, il n’existe pas vraiment de parole, pas non plus de silence, peut-être et seulement l’applaudissement éternel des vagues.
Il ne reste plus qu’un petit lambeau du temps
un espace léger que rien ne crispe
il s’y déploie avec une force lente
la somptueuse danse
de ton pas
ta pupille noire éventre le jour et le recouvre de vernis
comme si enfin tout pouvait redevenir brillant
tes gestes par leurs saveurs vives
déclenchent le tourbillon de notes
qui me donnent envie
de rechercher
les clefs qui ouvriraient des portes
ta voix titille et joue
éclate d’une joie rouge
elle ne laisse derrière elle
plus qu’un voile

Sur les opaques chemins des vérités humaines
tu laisses fuir en mouvements lents la ténuité
Quel est donc celui qui prendrait le temps
pour te reconnaître
sans te dénuder
apprécier tes évasements sans briser
ta volonté de ne viser que la lumière
à petits feux fluides
à l’ombre d’un geste qu’on récite aux cieux comme une prière
qui donc laisserait le temps te contourner
pour te laisser épouser
le vide
Les portes battantes les portes battantes
ailes du phalène que tu fus autrefois
des couloirs s’écroulent des secondes se disloquent
autour de toi autour de toi
les portes battantes
ailes lumineuses de tes paupières qui tremblent

des phrases suffoquent
des mots te révoquent
les portes battantes les portes battantes
et derrière
le corps tentaculaire d’un monde qui ne tient plus sa parole
un cul de sac
des écluses menteuses
des voies irrespirables
les portes battantes les portes battantes
tes veines bleues papillonnent sur un corps de marbre
la peur se noie
la peine s’écoule
à quoi ressemblera la victoire après ce combat
les portes battantes les portes battantes les portes battantes
ton dernier vol dans les couloirs de l’hôpital
dans l’aile réservée à la mort.
Comme une rumeur on te propage, en enfreignant tes vérités. On leur ajoute une opacité, une lourdeur dont ne s’affublent aucune de tes transparences. Ceux qui te regardent trop longtemps deviendraient même des aveugles, des mendiants. Combien n’ont pas péris entre les dents d’une prison, dans les couloirs comme des nœuds des institutions psychiatriques ? On s’habitue si vite à massacrer, à engloutir, à anéantir ceux dont la course est trop légère, qu’on oublie à quoi nous ressemblons.
Tu as beau apparaître comme la lueur d’une évidence, sous les traits simples du pinceau, faire des signes, construire ton propre langage, on te camoufle. Tu as beau signer de ton nom l’éclat des choses, on te traite comme du bétail, comme une terre prostituée. On t’enferme dans la définition qui ne te définit pas. On te laisse errer sans se douter une seconde que ce bruit de fond, le grésillement comme un espoir vagabond n’est autre chose que l’explosion d’une naissance qui ne finira jamais de s’accomplir.
On ne cherche pas à te traduire, on ne marchande que pour te trahir, manger tes horizons, corrompre ta course, dissoudre tes cieux. Parfois, tu te transposes et tu apposes, l’étrange baiser plein de pudeur sur un front, sur une main, sur une feuille de papier. Parfois, tu transgresses les cadres de tes propres lois pour apaiser une amertume, parfois tu transperces le clou qui voulait te fusiller.
Il n’est pas rare qu’on te prenne pour l’expression, la parenthèse d’un sentiment tout à fait ordinaire, vague, diffus, soumis. Tu portes alors aux yeux de tous le masque de la femelle n’attendant plus que le trou de la lance. Il faudrait que tu te mettes à véhiculer des mensonges brumeux, vaseux, corrompus comme si tu n’étais plus qu’une roue. Il faudrait que tu te laisses fondre dans des formes trop étroites et molles dont on te dit qu’elles n’ont été inventées que pour toi. Mais tu n’es pas une phrase, tu ne construis pas comme un rempart. Tu n’es pas qu’un mirage, un rêve boréal, un enchevêtrement de senteurs et de sons, une sueur. Tu n’es pas que l’ombre et la lueur.
Lorsque tu te montres telle que tu es, il n’ y a, à vrai dire, plus aucun mot qui me va.
Afin de grandir sans manger d’ombres et de pousser toujours plus loin les lignes courbes de mes tiges, les arborescences de mes structures, afin de hausser les tons vers leurs éclats immaculés, il me faut boire les paroles de soie. Il me faut tendre sans fin mes filets dans les nuées brumeuses et espérer et tenter.
Il me faut parfois aussi prendre appui sur le silence et ses forces endormies.
Elles dorment blotties dans les vides abandonnés par vos certitudes blasées et lasses de votre propre néant. Elles dorment éternellement fugaces, passagères et étrangement prêtes à constamment renaître.
Dans les alcôves du silence, je cueille comme des fruits ce qui me nourrit et fortifie mes constructions cellulaires. Les sédiments du silence fertilisent mes structures tracées de veines et de nervures pour encourager le vide à être quelque chose d’autre que lui, enfin.
Comment mes solitudes trouveraient-elles ces voies végétales, si le silence n’était qu’un désert, une désolation, une absence amère, un bloc de marbre éteint et sévère?
Je n’évide pas, je détourne.
Je ne creuse pas, je contourne.
Je ne ronge pas mais je compose avec ce qui n’est encore rien, avec ce qu’on me jette comme une pièce d’or à un mendiant.
Je façonne avec ce qui a la souplesse du devenir et de la sève qui monte, ce qui tend à vouloir être la légèreté de l’instantané, la pureté du spontané, la jeunesse folle de l’éternité. Je suis toujours prête à recommencer ce vous détruisez.
Je cherche dans le silence, les points de ralliement de la beauté et de l’âme. Les points d’extension du monde et non les nœuds. Les courbes et non les angles.
Je suis le chef d’orchestre de mes silences, le printemps de mes feuilles, la naissance de mes vaisseaux et de leurs routes.
Pour avancer, il ne me faut rien de ce qui me fera ramper, de ce qui pourrait m’abaisser, m’enliser. J’ai bien trop peur d’un jour, vous ressembler. Je laisse traîner cela au fond de vos haines et de vos dénigrements. Je vous laisse geindre au fond de vos caveaux, à bout de vos habitudes puisque vous appelez cela vivre avec lucidité.
Il ne me faut souvent rien d’autre que le temps qu’on perd à tisser une toile, le temps qu’on perd à l’étendre à tous les soleils, à attendre qu’elle se tende et se défasse de son cordon ombilical, qu’elle apprenne à nager dans le ciel sans se déchirer. Je lui offre tout l’espace. Je commence seulement à m’amuser.
C’est un trait de lumière qui sert de fil et de couteau à mes idées et qui veille à leurs propagations dans les airs. Ce sont vos mirages qui parfois, vaguement, servent de toile de fond à mes images.

Il ne sait pas se tenir mon cœur quand il se penche sur le tien
Il est comme une source Il ressemble à une valse mon cœur il tourne il bondit il brûle il sent les flammes de toutes les folies et le soufre mon cœur
Il s’oublie pour le tien mon cœur sur ta main
il étonne
Il se laisse traverser par de fines rivières mon cœur On dirait qu’il est fait pour aimer les dentelles pour danser sur les feuilles pour s’iriser mon cœur
rien ne le tourmente mon cœur il ne connait pas l’ennui il n’émet pas de cris
quand il pleure
il s’épanche sans faux plis avance comme la mer mon cœur quand il est dans le vague
il mange la lumière dans ta main
brasse la rosée se cache pour exploser
il est doux et soyeux ton cœur dans le mien
il est rouge il est roi
il est en porcelaine mon cœur quand je suis près de toi
il n’a pas de porte pas de barrière en fer
pourquoi faire
il ne hait pas ses frères mon cœur il ne bat pas ses sœurs mon cœur
il jette ses éclats de rire par terre mon cœur
il ne broie pas le noir il ne tue pas l’espoir il ne conçoit pas le crime
il ne bat de l’aile mon cœur
puisqu’il t’aime.