Arborescences

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Afin de grandir sans manger d’ombres et de pousser toujours plus loin les lignes courbes de mes tiges, les arborescences de mes structures, afin de hausser les tons vers leurs éclats immaculés, il me faut boire les paroles de soie. Il me faut tendre sans fin mes filets dans les nuées brumeuses et espérer et tenter.

Il me faut parfois aussi prendre appui sur le silence et ses forces endormies.

Elles dorment blotties dans les vides abandonnés par vos certitudes blasées et lasses de votre propre néant. Elles dorment éternellement fugaces, passagères et étrangement prêtes à constamment renaître.

Dans les alcôves du silence, je cueille comme des fruits ce qui me nourrit et fortifie mes constructions cellulaires. Les sédiments du silence fertilisent mes structures tracées de veines et de nervures pour encourager le vide à être quelque chose d’autre que lui, enfin.

Comment mes solitudes trouveraient-elles ces voies végétales, si le silence n’était qu’un désert, une désolation, une absence amère, un bloc de marbre éteint et sévère?

Je n’évide pas, je détourne.

Je ne creuse pas, je contourne.

Je ne ronge pas mais je compose avec ce qui n’est encore rien, avec ce qu’on me jette comme une pièce d’or à un mendiant.

Je façonne avec ce qui a la souplesse du devenir et de la sève qui monte, ce qui tend à vouloir être la légèreté de l’instantané, la pureté du spontané, la jeunesse folle de l’éternité. Je suis toujours prête à recommencer ce vous détruisez.

Je cherche dans le silence, les points de ralliement de la beauté et de l’âme. Les points d’extension du monde et non les nœuds. Les courbes et non les angles.

Je suis le chef d’orchestre de mes silences, le printemps de mes feuilles, la naissance de mes vaisseaux et de leurs routes.

Pour avancer, il ne me faut rien de ce qui me fera ramper, de ce qui pourrait m’abaisser, m’enliser. J’ai bien trop peur d’un jour, vous ressembler. Je laisse traîner cela au fond de vos haines et de vos dénigrements. Je vous laisse geindre au fond de vos caveaux, à bout de vos habitudes puisque vous appelez cela vivre avec lucidité.

Il ne me faut souvent rien d’autre que le temps qu’on perd à tisser une toile, le temps qu’on perd à l’étendre à tous les soleils, à attendre qu’elle se tende et se défasse de son cordon ombilical, qu’elle apprenne à nager dans le ciel sans se déchirer. Je lui offre tout l’espace. Je commence seulement à m’amuser.

C’est un trait de lumière qui sert de fil et de couteau à mes idées et qui veille à leurs propagations dans les airs. Ce sont vos mirages qui parfois, vaguement, servent de toile de fond à mes images.

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