Pantomime

Mimic Octopus. (Source: Flickr / christianloader)

Quelques traits suffisent

à faire de moi une racine

qui jamais ne connaît

ni la fleur ni la feuille ni l’épine

quels que soient les regrets

qui effleurent les fleuves

qui évitent les volutes qui m’animent

il n’est rien que je veuille

ni les pleurs  ni l’oubli  ni les cimes

il n’est rien qui me fasse

guetter les failles

quitter les crevasses

pour m’enfuir et survivre

les pantins je les mime

Tentaculaire

Blackwater Hang-octopus Hawaii

Parfois, je parviens à sortir de moi-même, à me défaire de tout. Plus rien ne me fait de la peine,

je n’occupe déjà plus ce trou où s’engouffre la haine, le dégoût.

Je me défais de ces vêtements, des phrases qui pèsent sur mes pas.

J’échange mes bras contre des tentacules, mes jambes contre un ventre, ma tête je me la garde.

Je nage laide et géante, j’ombrage les eaux bleues et transparentes.

Je rentre dans les failles, je veille, jamais plus je ne tremble. Je n’ai plus de squelette et il semble que je ressemble aux anges.

Je m’évade, je vole, je nage,

je ne suis plus qu’un nuage, une ombre ondulante, une vibration musicale. Je suis la voix de cristal qui vous manque,

la mer me sert de voile, vos rochers pour me cacher.

Si vous voulez me capturer, m’étrangler et me brouiller la vie par vos principes,

je laisse couler mon encre dans votre cœur, cette pierre devient lourde et vous pèse.

Votre propre sang vous empoisonne. Qu’allez-vous donc faire de tout ce que vous n’avez pas su donner ?

Le laisser pourrir au fond de vous-même en espérant que cela vous ouvre un paradis,

les portes des temples que vous avez vous-même incendiés et détruits ?

Il ne vous reste plus qu’à me montrer du doigt

mais la laideur que vous pointez est celle de cette grossière araignée qui se balance au dessus de

votre tête : la mort s’est mise à tricoter, votre vieillesse sera belle.

Cécité

Processing Typography_Leander Herzog

On peut se dire de moi que je suis pâle et parcellaire

on peut ne voir que ces bouleaux frères frêles tordus mes bras

ou bien ne verrait-on que

mes larmes comme les milliers de petites têtes

bourgeons sans armes

on peut prononcer autant de fois le prénom crissant de ma défaillance

je soulève comme un poids ces bras et alors

mon cœur est un marécage mon sang une larve

on peut me voir comme un port d’où l’on part

on peut me voir comme un miroir

sans âme à aimer

mais moi je sais ma nécessité.