Langue de bois

J’oscille dans l’air

comme les brindilles

d’un incendie

ma voix suit celle de ces mystères

qui tremblent face au soleil dans les déserts

pourtant en moi coulera toujours

au delà des déclinaisons et des détours

une onde resplendissante de fraîcheur

qui te fera croire que ma parole naît vit et meurt

dans les ruisseaux qu’encadre la verdure

qu’enlace le soleil en laissant ses cigales

chanter et danser à sa place

j’ondule comme le serpent sur la dune

langue de vipère    petit morceau de terre oublié

par les ravages des rivières

caillou jeté pour rien dans l’eau

le silence me froisse et me désespère

j’avance  je me mélange à la sève dans les veines

de la feuille               à la pointe de l’épine

Je brûle de me répandre de piétiner l’éternité

de mentir à la vérité

je me pends au cou du premier arbre

si tu tentes par tes phrases d’enterrer ma liberté

Flûte de Pan

flute_de_paon

Le flux lumineux provenant

des choses que le soleil éclaire

se décompose

en passant aux travers

du prisme de mon âme

si bien que je sais vivre

dans un aquarium aux frontières invisibles

ce n’est que pris dans l’un de vos filets

que je m’épuise

ce n’est que sous le poids de vos paroles

que je suffoque

+

Attracteur de Lorenz
Théorie du chaos
source image

Victoire

Ghosts among us by IrenaS on Flickr.

÷

La spirale brumeuse de tes idées

serpente et s’échappe

peu à peu

comme les nuages en écharpe

qui tournent dans les cieux

et emballent les sommets

enneigés des montagnes

en mourant elle

révèle les rêves perdus

et oubliés d’un autre bout du monde

elle tremble comme une dernière flamme

en lambeaux

petite tempête de sable elle s’érode en rampant

que sont devenus les galops de tes plus fougueux coursiers

les tapotements des doigts

à la surface d’un lac de pierres

vertes

te rappellent péniblement que la course

n’ a pas de vraie victoire.

L’oubli

Présents Absents, John Batho

Λ

Un violon recense la lumière qui danse

autour de ma solitude comme autour d’une souffrance ordinaire

sans un grincement cette sourde rivière se soulève et erre

cherchant de l’ombre pour un instant

elle serpente et croit

se reconnaître dans le velours et les volutes de cette fleur noire

au milieu de nulle part

pour un instant il me semble qu’à pas d’épines

ma solitude s’ouvre aux souffles verts

venus de la mer

qu’elle sombre et se dissipe

comme si enfin je pouvais oublier qui je suis

Rayonnement

by Volker Birke

Hier, la mer et la nuée se sont mangées l’une l’autre,

en douceur, sans provoquer de raz- de -marée.

On ne sait plus si cette péninsule est le bras

d’une rivière ou le coude chaud d’un courant de sable.

On ne sait plus si c’est lui qui porte ou si c’est elle qui apporte

les rubans de terre, les cuillerées de vent.

Ces tourments sont-ils ceux de l’âme ou ceux

de ton cœur impatient?

Bris

Cornelia Parker Cold Dark Matter: An Exploded View 1991

Chaque matin je recompose ma symphonie de débris

matières en suspension dans les dentelles

que tisse ma cervelle

le temps oublie de respirer

les heures sont prisonnières

tout est en attente

d’une clef, geste furtif qui crée

éclats de phrases, brisures de mots

chaque coucher de lune fait que j’explose