À haute voix
L’amour agile se leva
Avec de si brillants éclats
Que dans son grenier le cerveau
Eut peur de tout avouer.

À haute voix
Tous les corbeaux du sang couvrirent
La mémoire d’autres naissances
Puis renversés dans la lumière
L’avenir roué de baisers.

Injustice impossible un seul être est au monde
L’amour choisit l’amour sans changer de visage.

Avatar de KO_DOPur Rien

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Talisman

C’est une pierre qui dort. On ne voit pas qu’en son sein scintille un univers à venir: pins aux aiguilles titillant joliment le ciel de votre esprit, rochers agrippant le regard de votre volonté, l’oiseau de vos souvenirs se posant sur une branche, ailes tendrement repliées comme s’il n’avait plus à s’envoler. C’est une pierre qui semble devoir vous révéler la puissance de vos rêves par rapport à l’irrévocable réalité de l’ordinaire.

On ne voit guère les remous somptueux de ses océans, on soupçonne à peine la souplesse de son opalescence et l’onctuosité limpide de ses reflets. On ignore tout de la souveraineté charnelle de son corps. C’est une pierre qui ne se révèle qu’à celui qui la choisit lentement. Elle est un végétal à l’état de bourgeon, son soleil est l’éternité.

C’est une pierre qui dure. Vos mains lui donneront des ailes lorsqu’elles se mettront au travail. Sortie du lit de la rivière, polie, elle nettoiera votre âme. Elle sait que les blancheurs laiteuses de ses phrases, petit à petit transformeront le regard que vous avez sur la vie.

Doucement

Mon ciel c’est la mer

mes nuits ses profondeurs eurythmiques

Les jours recouvrent de lumière mes déplacements 

je me laisse porter par le temps

Les remous me bercent

les courants me caressent et emportent mon corps

comme s’il était la chevelure déployée d’un songe.

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voie

O’Keeffe, Georgia Winter road I, 1963Oil on canvas 55,9 x 45,7 cm

 

Ton regard glisse sous la paupière

comme un astre derrière les voiles célestes

ta pudeur trace d’une ombre fugace

petit fruit mûr d’une ample méditation

sur la marche

Ton regard se dissimule sans te voiler la face

disque radieux que porte la nuit comme un grain de Beauté

Tu te résorbes peu à peu sans froisser une seule des étoffes que la mer jette à tes pieds

Le monde est en train d’oublier pourquoi il tourne

à côté de toi dans le néant.

 

 

 

affluences

Source: chronoscapes.com via machinn on Pinterest

J’ai une peau de fleur

et du pollen sur les paupières

la nue habille mes pupilles

en circulant tout autour de leurs cœurs

comme une couleuvre

·

J’ai une peau de fleuve

et l’envie de déborder de mes rives

d’effleurer vos nuits

navires fantômes chargés de livrer

une cargaison de mots à vos songes

·

Mes grains de beauté

sont les points d’une constellation

de galets au fond d’un lit

points doux graines dociles

·

j’ai un corps longiligne

je m’écoule comme si j’étais le feu imperceptible

d’une fontaine de cris

J…..

Lorsque la nuit se retire

comme la mer à marée basse

elle me laisse en face à face

avec un jour dont je n’aperçois pas encore les côtes

Il faut que je voyage en te suivant à la trace

Autour de toi la froide nuit n’existe pas

Les flots de lumière embrassent tes pieds

Il y a que toi qui puisses ainsi irradier la Beauté

Il n’y a que toi qui puisses me faire croire que le monde

marche à pas de velours comme les chats.

Un jour


León Ferrari (Argentine, born 1920)
1962. Ink on paper, 26 x 18 7/8” (66 x 47.9 cm). Purchase.
© 2012 León Ferrari

Un jour, il ne me restera plus que des lignes comme de longs rubans tentaculaires pour me rattacher à cette partie du vide, l’alcôve blanche où se nichait mon existence. Mes souvenirs parcourront le temps à la manière des racines et des branches, avec l’unique envie d’étendre leur sphère. Mes poumons respireront la lumière et toujours l’écriture me servira de sève.

Un jour, je ne porterai plus le poids de ma naissance comme une tare, comme un aveuglement commun, comme un cortège de nœuds. Je n’aurai plus ce cœur de verre. Je ne serai plus une boîte fermée qu’il m’est impossible d’ouvrir.

Un jour, il ne restera que le vrombissement de mes ailes, le petit bruit de mon corps d’abeille butant contre l’invisible vitre qui l’empêche d’atteindre le soleil. Il ne restera que mon acharnement, desséché, inutile. Un demi gramme de poussière supplémentaire sur le bord de la fenêtre.

 ♥Léon ferrari

Baume

Elle a posé ses mains comme deux ailes sur mes hanches

l’une d’entre elles a poursuivi les ombres qui voilaient mon âme

-le soleil portait le ciel dans son ventre-

l’autre s’est mise en frôlant mes rives sauvages et les lichens secrets

à invoquer les vertus opalescentes et douces du jade

 

En lisière

-La soga al cielo-Tintas mínimas I — Pablo S. Herrero
(Pour visiter son blog cliquez sur l’image)

Les arbres au bord du monde sont sur le point de se fondre à l’absence

Il ne nous restera pas même le squelette de leurs branches 

les vents et les pluies ont fait fuir les prairies et les rires

des fleurs

il ne nous reste plus que le temps soudé à un lit d’hôpital devenu presque vague

il nous montre son dos

doux comme celui des collines pour le regard ému qui porte des larmes

dur muet et lâche pour celui qui n’a plus ni les armes ni l’espoir