Concessions

Luster Vessel 1506 by Paul J. Katrich.

Mousseline bleue aux pieds des rochers

Alliée du soleil

La mer effleure

Les nuages

Les jaunes

Les oranges naissent dans la gorge des iris

Des paumes de l’astre s’échappent

Des roses

Des verts et

Les fleuves mauves du vent

Un souffle voyageur de l’aléatoire

Peuple de son cœur souple

Les creux et les crêtes des vagues

La nuit

L’effluve de l’avenir

Un serpent glisse comme ceux

Que les enfants accrochent aux cerfs-volants.

Aux pieds du cosmos

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

Superpositions d’ombres de feuillages

Faibles résistances

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

Aux griffes du soleil

Aux petits coups de lance de la pluie

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

Corolles à peine colorées effleurent

 

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

L’impalpable signification de l’existence

Les forces qui ne produisent pas de marchandises

 

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

L’objet qui ne sert pas un but

La vie qui ne se chosifie pas

 

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

À la source du monde

Aux pieds du cosmos

Brussels, May 2014, bvde
Brussels, May 2014, bvde

 

Est-ce finalement la poésie que l’on trouve ?

Extinctions

Archaeologists believe this particular artifact may be more than 8,000 years old. Ancient figurines like these are found all over the world, suggesting they played a religious, magical or totemistic role in pre-state societies.

Ma main est dans la tienne et seulement ça a de l’importance pour moi. Soudain, la devanture d’un magasin t’arrête, y sont exposées de précieuses quenas, des flûtes de pan. Nous entrons dans le magasin qui n’est autre que celui où j’achetais mes précieux et premiers carnets d’écriture dont aujourd’hui il ne reste plus qu’un.

À la place des papiers, des cahiers, des stylos: des instruments de musique et derrière le comptoir, trois indiens aux traits nobles remplacent la charmante madame de Renoncourt. Ils engagent avec toi une conversation qui vous fait rire tous les quatre, pendant que moi j’ose enfin prendre un instrument dans les mains. La flûte quena est en train de disparaître, il n’en reste plus que la moitié, la partie qui était exposée. Je me demande alors si les indiens ne sont pas les dieux disparus d’une civilisation éteinte.

Comprenant mon désarroi, tu me rassures : « toutes les existences ont une partie secrète, qu’on ne voit pas, il en est ainsi aussi de la lune et de toi et de moi. » Portant l’instrument à la bouche, tu en fais sortir un chant qui n’est ni sombre, ni mélancolique mais profondément lucide, directe, pure et si juste qu’il fait couler une larme sur les visages si bien sculptés des indiens. Mais ta voix n’apaise pas mon cœur car le message qu’elle tend à me faire comprendre est inacceptable : la mort ferait partie de cette face cachée de la vie, comme une racine souterraine. Ainsi disparaissent en musique des pans entiers de l’humanité et avec eux l’espoir fou d’une nouvelle écriture de l’histoire. Comme je ne tiens pas à ce que tu disparaisses oublié, silencieux, froid comme les tombeaux de ces dieux, je pose sur tes lèvres un baiser qui ne finira pas même s’il me coupe le souffle et s’abat entièrement sur moi.

Jardin

via 500px / Green by ayedh alajme

C’est un jardin qui n’arrête pas de s’écrire

Sans limite les feuillages bercent le ciel

et la mer parfois

lui propose des teintes veloutées

et oranges

Sur les branches comme des notes de musique

sur une partition les oiseaux

Sous les pierres chaudes les geckos

des bracelets d’émeraudes

s’échappent et glissent dès que le soleil bouge

Trachelospermum jasminoides

trachelospermum jasminoides

Les nervures naviguent sur de discrètes étendues de soie.

 

Chaque feuille est en voyage unique, sobre, doux, élégant.

 

Les verts ruissellent du ciel à la terre.

 

Les milliers d’hélices à cinq pétales blancs vrombissent

 

et répandent des parfums qui éblouissent.

 

La lumière mélangée au vent se fait l’écho des vagues

 

en brassant les frondaisons des pins d’Alep voisins.

 

Le jour, le végétal déploie un feu d’étoiles.

 

La nuit, il est celui qui parle à la lune.

 

 

Papillon lune

Actias luna

 

Demi cœur

arraché à la fleur

je ferme les ailes et

je ressemble à un cil

à l’étamine

à un crin de la lune

éphémère delta d’un fleuve frisottant

velouté vert aigue-marine

je suis la paupière paisible

de la nuit

Etreinte

726http://www.yusuketakemura.com/0058_orig

L’écriture impose aux notes de faire marcher sur la pointe des pieds un violon solitaire au quel est suspendu tout un orchestre symphonique. C’est donc tout un univers qui tient l’équilibre sur la fine pointe d’un crayon comme si chaque mouvement allait le faire disparaître.

Le violon s’avance, l’archet étreint les cordes avec la même volonté dérisoire que les ailes du papillon qui caressent le vent, frôlent la lumière et puis la dispersent sous la forme de battements poudreux. Quel est ce rythme qui me soulève et me laisse entendre que je pourrais connaître la douceur dans les drapés du vent dans le ciel ?

L’onctuosité d’une ombre dont j’ai peine à deviner l’origine m’invite à réapprendre à marcher, comme s’il ne fallait jamais soulever de poussière, comme s’il fallait ne pas remettre en marche le temps impitoyable.

Le violon est une chevelure qui se dénoue, celle de la mer, celle des fleurs, celle de la femme qui peuple tous les souvenirs et s’en amuse. Son souffle est devenu la voix qui bondit des failles et des entorses à la vie. La voix qui semble avoir résidé des millions d’années dans les flancs d’une humanité endormie, la voix semblable à la source nous réveille pour nous laisser contempler une nuit sans origine.

Je reconnais dans la musicalité la mélancolie intrinsèque à la découverte d’une des facettes de la beauté: une seule lettre accouplée à cent autres pour former une couleur. Je reconnais ce que sans façon on nomme à tort l’illusion. La musique comme la première forme intelligible qui soit sortie du ventre des cavernes et qui n’est pas encore l’animal domestiqué.

Le violon marche sur la pointe des pieds, titille et laisse s’évaporer mes cris lointains comme des parfums. Le violon m’appelle en évoquant sous leurs formes incontrôlables mes sentiments. Orange et bleus, céladon et roses, blancs et violets. Parfois tout ce qu’il me reste pour respirer et reprendre ma route, est le noir qui ancré en moi me sert de fouet et de frontière imaginaire.

Ssssss

On dit que sous la pierre

je suis la vipère

et que sous le poids des mots

je suis l’insipide déviation

de la pensée

On dit que je ne suis rien

et c’est vrai je l’approuve

La vie je la repère là où elle dévie

souplement des non

et pense les maux

Le silence ne pèse pas

la solitude me va

comme un boa

le froid ne gagnera jamais ma voix

Tons

Tu ne veux plus écrire qu’avec des ombres sans jamais plus chercher la lumière ailleurs qu’au fond de toi. Tu t’étonnes de ne trouver rien d’autre que des cendres alors qu’il te faudrait un torrent. Entre toi et l’univers, tu n’as pas encore trouvé de correspondance.

Dans la forêt, la chanson du châtaigner agite ton cœur. Et ce souffle qui se module sous différents tons aurait-il trouvé ta voix ? Sombre et pourtant pareille aux envolées des merles bleus. Quel est donc ce mirage qui se sert de toi pour faire passer ce message que tu ne comprends pas mais qui s’adresse à toi sans se servir de ta langue ?

Une abondance inaccessible partage les troncs, les branches, les feuilles. La forêt est un ventre fécond de songes, elle nourrit l’espace en le peuplant de taches vertes et argentées, blanches et parfumées. Le futur est un fruit enfoui dans une bogue épineuse qu’il ne sera pas facile d’ouvrir à mains nues. Mais qu’importe la chanson de l’arbre ne s’écoute qu’au présent, fendillant les épidermes. Printemps, été, automne, hiver ne sont des saisons que pour l’homme. Le châtaigner dispose d’une autre sorte d’éternité. La constance.

Voilà, que le sang à la pointe de ton pinceau ressemble à l’écorce brune, aux plis du vêtement qui habille les branches, à la terre creusée de galeries par les racines que propulse l’envie indéterminée de poursuivre. Voilà que la couleur est la mie de ton pain.

Tu cherchais les mots qui formuleraient en deux ou trois traits toute une forêt de châtaigniers, le tango des années, l’inconstance acharnée des humains, la paix.

Tu ne veux plus écrire en te servant des ombres qui te menacent avec le couteau de l’abîme sur la gorge, tu ne veux plus dépeindre ce qui te pourrit la vie même si tu as compris que l’écriture s’est ancrée en toi sans avoir su se rendre utile à quoi que ce soit.