Un arbre

august 2014, Brussels, bvde
august 2014, Brussels, bvde

Un arbre

se penche vers moi et me regarde

les branches servent de rivière à la

lumière

le tronc de livre ouvert sur l’écriture

·

un arbre

sans racine

·

seule la sève

décide du profil des feuilles

·

qu’il porte

comme un masque jusqu’à la cime

·

un arbre

sans répit

divulgue ses strates de poussières

se partageant un infini

qu’encerclent les ombres

d’un trait

·

telles les vagues

l’océan.

Segment

Confocal microscopy of plant tissues par Fernan Federici sur Flickr
Confocal microscopy of plant tissues par Fernan Federici sur Flickr

Aux sommets de la tige, l’intervalle d’une feuille orchestre sa répétition pétillante. Le soleil se plante partout où il trouve l’espace. Ses aiguilles voraces crient et creusent des rainures pour les ombres.

Les roseaux se froissent. Les feuilles, les tiges ont l’audace de former cette étoffe qui répond à la soif de l’ombre. Ici, le sol est presqu’aussi humide à midi qu’à l’aurore, qu’à la nuit. Les végétaux font de la haute voltige en donnant aux ombres le goût d’une forêt qui pleure l’automne en plein mois de juillet.

Les feuilles souples se diluent, s’épaississent, s’épuisent ou deviennent si tranchantes qu’en les cueillant on s’entaille la paume des mains. Je me souviens qu’enfant, ces bosquets humides livrés aux dents du soleil, dans leur résistance à vouloir à tout prix produire du frais pour mes pieds nus marchant sur les sentiers qu’ils dessinaient, m’effrayaient. Il faut dire que les roseaux avaient appris au vent à se servir de leurs corps pour construire des flûtes de pan et que les chants magiques s’emparaient de ma joie pour  la rendre incompréhensiblement triste.

A travers des musiques dispersées par le vent, la voix des végétaux d’une une beauté lucide me révélait sa mesure. Elle n’était pas infinie comme je me le figurais mais précisément définie par un petit lambeau du temps qui bientôt s’évanouirait.

 

frémissements

Brussels august 2014

À l’embouchure d’un nœud inscrit sur la surface du tronc, la lumière tâtonne. La couleur naît de l’attouchement minutieux par le soleil de la matière. La couleur surgit d’une blessure et rugit comme d’un cratère volcanique.

Sous l’écorce, le temps imprime à la chair intime de l’arbre des ondes concentriques qui expriment une frontière qu’il ne cesse de dépasser pour en inventer une autre, une autre et encore une autre.

En surface, les verts se veloutent, gagnent la forêt sous la forme de spores duveteux, les verts mangent l’espace ou s’agrippent aux branches.

brussels august 2014 bvde

Au sein des frondaisons orageuses, la lueur laiteuse d’un astre nidifie. A la surface du lac  dont le ciel forme le réceptacle lumineux, les feuilles sont les paupières du soleil. On le voit qui disperse ses regards, les rayons ont soudain de longs doigts qui pianotent sur toutes les choses qui constituent une forêt. Les nuances lumineuses dansent jusqu’à devenir presque ivres. Finalement, elles laissent l’empreinte intacte du moment où chacune d’entre-elles atteignait un sommet, roder au loin telle la brume. Tout devient flou et inaccessible.

August 2014, Brussels, bvde

Ainsi autour d’une entaille dans une forêt humaine où la vie circule, stagne, blesse, se construit l’intimité discrète de tout mon être. Ce qui se cristallise avant d’être réduit en miettes ressemble à l’essence d’une sensation unique, perçue au travers d’un prisme. Deux mondes se confrontent ou se frôlent ou s’attouchent sans trouver de correspondances. L’un est sombre, intérieur, docile. L’autre est lueur et mélange chaotique d’informations. Demandez-vous donc ce que cela peut signifier!

Portraits

Martinos Center for Biomedical imaging Massachusetts Hospital

Je suis un homme une femme un cheval

Je suis brindille éclat broutille

Je suis calme forêt fauve

chat aiguille fine

fille fils frère

lune vague mer

j’écris je lis j’écris j’invente

je rêve je dors je mens je demande

je crois, je pense, je doute

je goûte

parle peu

parfois j’écoute

les hommes les femmes les chevaux

les chats les fauves les feuilles

les forêts les enfants

les loups

les ours polaires

les oursins et les étoiles

de mer

Evaporation

En s’évaporant la mer redessine le profil

des collines

le bras l’épaule

la main une aile

gagnent le large

les nuages plongent à l’instar des baleines à bosse

laissant derrière eux écume

nids de bulles et ombres géantes

Jardin

      Hippocampal neuron receiving excitatory contacts (63x)      Dr. Kieran Boyle      University of Glasgow, Glasgow, Scotland, United Kingdom      Technique:Fluorescence, Confocal

La nuit est le fluide d’un fleuve

sur ses rives mauves s’abreuve

le jardin

sur la fourrure du félin qui boit

les parfums des fleurs ondoient

arbustes épines roches

s’approchent

un peu plus près de l’endroit du ciel

où stagnent quelques poignées luminescentes

d’insectes qui chantent

L’imperceptible forêt

Glass art by Simone Crestani

La pluie sème les graines qui à la pointe extrême de nos gestes donneront naissance à ces gerbes de mots ombres imprécises des temps évaporés tous les morceaux osseux de mon corps grincent comme une forêt de vieux arbres secs les troncs et les branches sont en verre les feuilles absentes dans ma tête grésillent les fins de phrases insignifiantes comme les points qui dans l’espace resteront à jamais vides

Ton coeur

Olive Trees Study, Claude Monet
Olive Trees Study, Claude Monet

¤

Dans le jardin le vent a peint un tableau

il a pourvu de plumes mauves et vertes

les arbres qui pleuraient et ne voulaient plus se battre

les fleurs se sont mises à porter des larmes

pour enfuir des racines un trait noir

ne leur suffisait pas

¤

le ciel n’existait pas il n’était plus

que broussaille et entassement d’étoiles

mortes

et toi

tu l’aurais escaladée cette montagne

de vagues et de rocailles

si le vent n’avait fait frémir

comme dans le ventre d’un orage

ton cœur

Distortions

Waterlily by Niklasphotose

Distorsions des voies que naviguent les paroles

échappées de cet endroit où telle une source

elles fabriquaient pour le silence un berceau de cristal

aux portes des fleurs sur les pétales blancs

l’alluvion laissé par mon songe

ébauche les vagues et l’étoffe d’un fleuve

il parcourt  les solitudes étouffantes

et elles ne se contentent pas

de rester habiter la vase

Au fond de moi l’épais murmure

il ne reste en surface que l’impression

inconsistante

l’étrange végétal se gavant de bruines

gagne l’espace

de l’émotion à laquelle il m’est si difficile de donner

un nom

que faire si soudain tout s’éteint

et que même ta voix n’éclaire plus rien

Joan Miró ( « Je travaille comme un jardinier »)

Miro, Constellation 20 Le bel oiseau déchiffrant l'inconnu au couple d'amoureux.
Miro, Constellation 20
Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux.

Je suis l’oiseau

mais

je me vois au travers des yeux du chat

son sourire hypnotise ma peur

moustaches et griffes sont les signatures d’une possible brûlure

mais

mon vol recherche au delà de tout l’équilibre

ma voix le souligne de cris noirs épars

ma pupille épure l’espace infini en autant de constellations

d’un point à un autre

se dessine le visage

de l’aimé

profil lunatique

nos regards portent l’élégante énigme des astres

et nous mesurons la force de la parole que nous nous donnons

et qui pourtant s’envole

aux pieds des étoiles

naît ce langage du cœur et de l’esprit

au quel je donne volontairement ton prénom