Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
La pluie sème les graines qui à la pointe extrême de nos gestes donneront naissance à ces gerbes de mots ombres imprécises des temps évaporés tous les morceaux osseux de mon corps grincent comme une forêt de vieux arbres secs les troncs et les branches sont en verre les feuilles absentes dans ma tête grésillent les fins de phrases insignifiantes comme les points qui dans l’espace resteront à jamais vides
L’été parle la langue de l’eau, à la manière des ruisseaux qui s’écoulent de la colline. L’été est un nomade, ce qui le guide c’est ce voyage de serpents argentés vers la mer, leurs ruissellements brillants alors que la nuit se lève.
Les étoiles comme des gouttes de pluie perlent. Certaines s’abreuvent de l’horizon indigo, d’autres prennent le maquis en poussant de petits cris. Il ne faut plus que mes larmes pour que chacune d’elles se pare d’une auréole et que les vagues portent sur leur tête une couronne d’écume.
Sous les souffles des feuillages que la lune nourrit de lait et de sève, les tiges portent des fleurs hallucinées dont les pistils parfumés tissent des toiles magiques et des étoffes blanches.
Emporté par l’élan vital, dans les bras d’une spirale, le monde danse, il tremble et sème les grains de beauté de la nuit. Sept petits points joyeux répartis sur ses ailes de phalène condensent en eux toute la clarté du ciel comme s’ils signaient les phases d’expansion finale d’un poème.
Elle est bien quelque part ta main caressant le sable comme la mer le vent. Toi laissant entre tes doigts fuir des collines de sable dorés. Toi mesurant du regard l’espace qui apprivoise les secondes dont tant ne savent qu’elles contiennent des présents. Il est bien quelque part éternellement en moi ce temps où je t’appelais papa et où les gens que je ne comprenais pas devenaient les personnages d’une histoire rocambolesque réinventée par toi. Les poissons se cachant dans le sable jusqu’à ne plus laisser dépasser qu’un petit sabre venimeux dont j’avais si peur, enchantés par toi, cédaient le passage à mes pas pour que je nage. Ma peur s’évaporait en même temps que les vagues menues sur la plage. Nos rires semblables à l’écume, notre patience polie au soleil comme de tout petits galets cherchant à marcher sur l’eau au coucher de l’astre au lever de l’autre.
Une vieille sculpture dont le bois avait été rongé par le sel et la mer qui parfois s’accaparait la plage était notre confidente. La gardienne de nos découvertes survenues lors de nos promenades. Formules secrètes, chuchotements censés faire basculer le monde des méchants. Les ignobles, ceux qui brûlent les moustaches des chats ont pris de l’avance maintenant que tu n’es plus là.
Je ne reconnais plus aucun paysage, je ne veux pas savoir si le béton a finalement rogné la plage, les pinèdes jusqu’à ne leur laisser que de quoi les maintenir en esclavage. Je préfère confier ton cheval et le mien à cette possible et éphémère liberté que m’offre l’imagination. Cette histoire indomptée commencée par toi ne connaît pas encore de fin. Je sais que je ne rêve pas : tu es bien là et ma main a trouvé à se lover dans la tienne même si l’avion qui m’emporte n’accorde d’importance au ciel que s’il peut en reconfigurer les nuages rayant ainsi au passage des pays qu’il n’est plus possible d’atteindre aujourd’hui.
La vie se promène le long d’un fil qui d’enroulé sur lui-même se mêle et se démêle
contourne enrobe
étrangle libère étouffe souligne
parfois elle est la corde libre d’une lyre
parfois elle est le sourcil le pli qu’adopte le silence quand il se pose autour de la bouche
tentacule chevelure fibre solaire elle court dans tes veines meuble tes vers
que rien ne domestique
Combien de guerres souterraines
Combien de victoires secrètes
te livre-t-elle
elle s’étire elle s’éternise et puis même si tu sais qu’un jour qui semble être de plus en plus porche le fil se tournera vers le vide
tu aimes prendre le temps de contempler ses volutes, ses mystères, ses retours en arrière
La vie comme un coup de poing dans ton ventre à chaque prise de conscience semble tout en te regardant n’offrir qu’à toi seulement sa terrible transparence