
Sur le rocher la tache jaune
de la gorge d’un oiseau
Au-delà le bleu méditerranéen
bientôt me submerge
je me souviens
ruissellements et pépiements
sont les voix du temps

Sur le rocher la tache jaune
de la gorge d’un oiseau
Au-delà le bleu méditerranéen
bientôt me submerge
je me souviens
ruissellements et pépiements
sont les voix du temps
L’instant
où j’ai pris pied s’est immédiatement
scindé en plusieurs
pour se laisser dompter par les mots
aux suffixes classificateurs
je n’en connaissais qu’un seul
l’eau
de lumière
du regard
de lune
et de ruisseau
celle par qui parlent les perles
le ciel
l’eau de silence
l’eau de patience
l’eau
de la mer
Toucher terre se fit
comme les algues
toujours il me faut revenir
comme les larmes
parce que ça me fait mal
s’agripper à regret à ce qui ressemble
à une existence aux nuances étranges
inextricables
on se méfie de la confiance que j’accorde sans conditions préliminaires
on ne dénonce pas les mensonges
on rit du malheur de l’autre
L’autre
l’eau tranquille qui tressaille aux pieds des joncs et aimerait
tellement retrouver sa forêt

Dans l’encadrement de la fenêtre
le rosier dessine les diagonales
et le vent les efface
surgit dans mon champ de vision
le papillon jaune et bleu qui hier
butinait sans relâche mon espoir
mais non ce qui s’envole sans soucis
est une mésange et sa parole
comme une chanson qu’on plante
dans le ciel pour ne plus avoir
rien à oublier
J’irais brouter le ciel dit-elle
mais moi c’est son œil
que je regarde
son adaptation à ne voir
que les brins de lumière qui poussent un peu partout
elle lit dit-elle dans les partitions musicales des rochers
sans la moindre difficulté
l’histoire de leurs contractions
au delà dit-elle d’une voix de grelot
des orties argentées, des feuilles bleuies
je vois
la mer
toujours la mer
aux pieds des collines
attendre
attendre
que je lui fasse
avaler les cailloux tombés dit-elle
du ciel

J’ai marché dans le jardin
bien longtemps après
que la nuit soit tombée
aucun sommeil
même pas celui du bruit
j’entendais au delà de la galaxie de ma respiration, du grincement de mes articulations et du bouillonnement interne de mon étoile
le chant infime d’une source
l’eau naissante
le gazouillis intense d’une fleur dans sa fragrance
le froufroutement de l’étoffe qui habille les pétales, les feuilles, les épines et les fruits
il
le jardin
n’est jamais seul
il
le jardin
l’accueille
ma solitude et la tienne
sans lui attribuer de nom
et même pas celui d’une quelconque et bien définie
horrible maladie

Je suis parvenue à mette un pied dans l’eau
ensuite comme si je n’étais plus qu’une algue
je suis parvenue à croire que je n’étais plus qu’une onde
longuement j’ai dispersé mes pensées
mes gestes
n’étaient plus coordonnés
par une volonté interne solide immuable
mais par une abstraction externe fluide
un empressement instinctif à accueillir le changement
ses vagues
manifestations
l’instant était une particule et sa position lumineuse infime
et elles étaient innombrables
je suis restée là semblable à rien
qu’un cheveu
et la partie de moi qui fut forcée à sortir de l’univers
de l’eau
fut rendue à la dure âpreté d’apprendre à exister
en tentant vainement d’avoir ce qui m’avait possédée

Dans la roche qui me laisse au bort du monde
s’est gravé avec l’insistance de vies accumulées
un paysage de neige, de tempêtes, d’hésitations phosphorescentes
le vent fait de filaments infinis
multiplie les replis sur soi sûrs de l’oubli
Dans la roche rutilante comme une peau de reptile
auréolent des fontaines, des villages fantômes
l’énigme du bouillonnement magmatique d’une de leurs naissances
Des nébuleuses s’incrustent et les sillons sur mes visages
sont rides et chemins labourés d’identiques et inutiles
questions
Je décide que je suis semblable à ces particules en suspension dans la lumière qui mange l’eau des vagues
je flotte et je préserve un équilibre improbable/ J’avance ou je stagne/
D’instinct je sais qu’il me vaut mieux rester dans l’angle mort
cette partie de l’espace que les prédateurs ignorent parce qu’il est si petit
derrière eux et qu’il exige l’audace et l’habileté d’un rapprochement/
je partage avec les algues la caresse d’une vague/
je bois le bouillonnement de l’eau et respire sa lueur froide/
un ruisseau rassemble son troupeau et fuit effleure un rocher
qui ronfle et lui fait peur /
se dresse comme un pelage un paysage de mousses et d’infime corail /
j’oublie de mesurer le temps cet immense diamant indomptable/
finalement échouer
rejeté comme un mot inacceptable
sur les lèvres d’une vague
fait presqu’aussi mal que naître de rien

Il pleut. Chaque feuille désormais se fait l’écho d’une goutte. La goutte verte attendue depuis des mois.
Il pleut. La terre profondément sèche est devenue imperméable comme si elle avait perdu tout espoir.
Il pleut. Au loin, on dirait que les montagnes se sont mises en marche. Le ciel tremble. La lune qui se baignait en plein jour dans le ciel cobalt a disparu. Engloutie par la peur.
Il pleut. La nuit est là. Nue et muette. Les larmes lui ont effacé les yeux et la bouche. Elle stagne.
Il pleut et rien n’arrête plus les rumeurs des vagues. Les fleurs ont les bras chargés de vagues.
Il pleut. Je n’ai pas de piano à me mettre sous mes doigts, pas d’instrument, pas de voix. Il pleut et mon coeur habite une caverne comme un tombeau. A l’abri des mots, il bat. Il boit les images que lui envoie le cerveau.
il pleut. Il se noie.
il pleut et je ne pleure pas.

Les portes et fenêtres sont ouvertes
du jardin provient une rumeur
ce ne sont pas les fleurs qui se parlent par abeilles interposées
ni la colline qui dévale dans des galops de végétaux fulgurants
c’est la mer à ses pieds qui répond en vers au vent