Hier

Killer Tails
Photograph by Paul Nicklen, National Geographic

Hier 

Ils

Se sont acharnés 

En bandes musclées 

Criardes et persuadées 

De leur bon sens 

De remettre à flots

Évent obstrué et nageoire dorsale broyée 

Par la mâchoire d’un moteur à hélices

La baleine tueuse 

Comme ils osent l’appeler 

Déterminant

©Bertrand Els

Il y a le petit mouvement ronronnant 

Du monde tel qu’il progresse 

Ailleurs 

Une horloge qui dicte à qui veut l’entendre 

Que tout va bien 

Que c’est dans l’ordre des choses 

Mais toi tu t’inquiètes 

Invariablement 

Car tu sens que la vie s’échappe 

Que tu échappes à tout ce qui la détermine 

Et tu as peur

serin cini

Ghislain38, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

Aux points cardinaux du livre qui s’écrit de temps en temps
quelque chose de ta personne
infime
s’arrime 

un cri d’urgence
à chaque pli du jour cette goutte
de ta sueur

imprègne le chant que tu répliques
à l’infini

l’alerte sereine face aux rires jaunes des seigneurs


le soleil s’écarte de leur route
tandis que tu picores l’azur depuis


la galaxie où s’illuminent les planètes olives encore à l’état de fleurs 

Parfois simplement tu disparais


Serin Cini

Ce personnage

I am © Ben Gilles via flickr

Ce personnage

son bouclier de mots
imiterait volontiers l’élégance de la girafe

ce personnage son silence

bafoué porte une armure

en écaille de tortue
une parure de serpent à plume

ce personnage


celui que tu regardes
dans ceux qui bavent
et te heurtent
avec une violence qui ne cesse
de muer

 
ce personnage est celui que tu endosses
pour t’endurcir sans succès 

tu portes son manteau sa pelure sa crasse

pour simplement être un instant d’un autre monde


un personnage véritable

Mégalopole

Nagasawa Rosetsu

Le sentier sinue

Serpent de la possible phrase

Rivière du texte

Mais personne n’est en mesure 

De calmer les syllabes 

Quelqu’un a osé les appeler 

Bave

Animal sauvage 

Raie cartilagineuse

Sans prendre en compte qu’elles sont un tout à l’instar de la fourmilière 

Toutes identiques à moins d’être nourries à l’état larvaire

D’une image d’un symbole d’une volonté consciente et aimante 

N’importe quelle fourmi semble-t-il peut devenir reine établir son royaume !

Construire sa cathédrale sa mégalopole !

Bourdon

Sur la hampe se présentent

de multiples fleurs presque vertes à peine

mauves telles les veines à fleur de chair

qui marquent le début du bras la fin du poignet

chacune est la porte secrète du bourdon

pris au hasard parmi tous les bourdons

à la frontière si poreuse de la réalité

faut-il la percevoir simplement

comme identique à toutes les fleurs

L’acanthe 

attendrit l’ombre la pare de larges feuilles vert foncé

découpées dans l’étoffe souple qui sert

à cacher la nudité de la patience

Trois chats

Trois chats

Alignement parfait des astres

Planètes et étoiles 

L’un se lèche la patte 

L’autre dort au pied d’un rosier

En fleurs blanches 

Le troisième en sphinx imagine les prochaines énigmes 


Trois points d’équilibre 

Trois lieux infinis où les mots se ronronnent 

Les mondes sont avant tout olfactifs 

Afin que jamais on n’oublie qu’on ne possède rien ni personne 

Petite forêt

Petite forêt 

Aux senteurs d’immortelles et de lait

Chaud

Chat de la brousse

Chat de la mousse qui court à l’aube 

des rochers et puis des vagues 

Chat de la pluie et des aiguilles
du pin

redore les sentiers que parcourt la nuit

Le long de la colonne vertébrale

Douves

Vandelsac

Ce corps 

Doit bien être le mien 

Puisqu’il me fait mal

À cet endroit qui valse et va

De l’os à la moelle de la sécheresse 

À l’afflux de larmes 

Faut-il que je regarde le saule 

Pleurer 

Que je regarde comment le reflet répond à la branche qui se penche jusqu’à effleurer 

L’eau sombre des douves 

Faut-il ignorer ce penchant qui me pousse à devenir autre

Ce grincement

Est donc le mien et non celui du monde 

Le vent

Il vient du large  il coule depuis le sommet d’une colline

il passe par dessus mon épaule le vent
il met du temps avant de toucher le rivage

il vient avec tellement de vagues et d’algues

il est presque toujours dans la chevelure des arbres
les pins les oliviers
sa voix ressemble à celle des draps qui sèchent sur les prairies
à celle des nuages au soleil

un jour j’ai osé le regarder en face

j’ai vu qu’il chantait la gorge déployée le bec fier l’oeil noir pointant le ciel le vent
sur son aile un trait d’écume dans son chant une lueur à peine rose

tout le jour il a repris la même phrase qu’il alternait avec des plages de silence 

la même phrase jusqu’à ce qu’elle soit polie et luisante 

jusqu’à ce qu’elle atteigne la perfection du nid de la mésange