
C’est une vague plus lourde
que toutes les autres
bleue et veloutée
une vague à deux évents
frôle la quille
d’un rocher
et va
se fondre
à toutes les autres
vagues
venues velouter le vent
d’écume et de sable
À l’extérieur de la conque
le monde
est si sombre
tellement dénudé
dur et froid
on voit
entre la lune et la nuit
naître
un rideau de larmes
buée haleine fumée
voies brouillées
pour atteindre mon coeur
ce mollusque
presque pourpre
qui ne sait plus que s’éteindre
Sa langue maternelle est une araignée
et ses textes sur la toile une constellation de silences
inapaisés
un corps morcelé condamné malgré lui à tisser
sa langue et son venin
son habileté à créer la sensation du vide
et de la torpeur
en fermant ou en ouvrant l’espace
l’exosquelette ne protège pas
des mots
il sait
qui marquent au fer rouge la chair
Tu attends
Avec une nervosité d’insecte
La pluie et quand arrive en gare
Le train de midi tu crois
Que c’est lui l’orage
Tant de fantômes se sont jetés
Sous ses roues
À chacun de ses freinages grinçant
Ce sont leurs cris et le désespoir que
Tu entends

Ils sont partout
ils veulent apprécier la réalité des choses.
Les plages, le soleil, les torrents des montagnes, le voile de la mariée, la mer, son eau transparente, les supermarchés, les sentiers balisés jusqu’au coeur de la montagne, les rues, les places, les églises, les villages perdus ou abandonnés, le ciel quand il n’y a pas de vent, quand il est sans nuages, exsangue et orange, bleu vide.
Heureusement, ils délaissent ce lieu délicieux où se réunissent quelques platanes pour parler entre eux. Les feuilles à double visage, l’un verdoyant, l’autre argenté applaudissent la poussière qui danse dans le vent. Il n’y a rien. Rien d’autre que quelques taches d’ombres et de lumières près de la gare. Elles connaissent l’heure de l’unique train.
Quand la nuit s’avance et entre dans les jardins, quelques fleurs évoquent entre elles le pays qu’elles connaissent si bien, traduisent en saveurs sucrées, citronnées ou iodées ce que la terre subit tout au long des heures chaudes de l’été. Le datura, la rose, la verveine citronnelle, les immortelles en essaims surgis du maquis, le jasmin de nuit.
Soudain le ciel
se remplit de cris
la pluie

Un écrivain à succès écrit que les non-vaccinés sont des boulets
Le sphinx en toi s’est assoupi pourtant on voit sous les babines qu’un rêve soulève
une rangée de dents et tes crocs de couleur ivoire
Une fleur de chèvrefeuille pousse un soupir embaumé
Un frelon titube autour d’une flaque de lumière
Un jeune lézard se glisse sous une feuille
L’olivier perd quelques plumes
À l’Assemblé, on vote de nouvelles lois toujours plus contraignantes pour le plus pauvre ou le plus démuni
Et moi, je me demande comment en sommes-nous arrivés à cela?

Tu entends les pas d’un ange mais il ne s’agit
que de la pluie
dehors
au large
tu songes aux spectres qui s’accumulent toujours plus nombreux dans l’obscurité
susurrant que tu es sans substance que tu n’as aucune volonté
tu entends comme le temps se délie peu à peu se dilue
bientôt l’absence de silence sera saluée
dans le jardin
tu entends sporadiques
des larmes
sur la vitre déferlent de petites notes métalliques
il faudra que tu te décides à les ausculter
pour comprendre
l’ogre l’insecte immense qui grignote le monde
la vie comme un fruit condamné
d’avance
Le bras fleuri et odorant du laurier rose blanc
se tend vers le néant
une pomme de pin au profil gracieux
ayant bec et ongles ainsi que deux ailes repliées le long du corps
s’agrippe à la branche et zèbre l’espace
de son chant strident
la brume s’échappe au dessus de la colline
la pluie sera pour l’autre versant du monde