Pour voir il faudrait lire: Tomas Tranströmer, Œuvres complètes (1954-2002) . Traduit du suédois par Jacques Outin, Le Castor Astral.
Auteur : lievenn
Verre
Je n’attends plus que tes mains
comme les ailes de ton âme
je suivrai cette sinuosité soumise à la luminescence
je bourgeonnerai en silence
j’effleurerai avec patience
les embouchures et les vagues
du temps.
Marine
On dirait du taffetas que l’on froisse mais
ce sont nos deux corps qui se frôlent
on dirait le vent sur la mer qui rôde mais
ce sont nos deux respirations qui s’accordent et composent
on dirait que la plaine se soulève et s’invente des collines mais
ce sont nos envies qui rêvent et progressent
on dirait qu’une vague en balayant les profondeurs marines réveille les tempêtes
s’en va crever le ciel et puis revient gorgée de voiles et de lumière
on dirait soudain que chaque chose acquiert enfin
la certitude d’exister en toute Beauté
mais c’est ton volcan nourricier et sa lave brûlante
qui se répandent.
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De profil
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Portrait de femme (1460-1465) Antonio Pollaiuolo
Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté alors il se contente d’épouser par sa lueur savante les contours de ton visage et de ton âme. Discrètement, s’évaporent les nuages comme des voiles, comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur éblouissante de ta peau, sur ta pâleur opalescente, sur les perles douces de ta bouche.
Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil net de ce corps préservé par des tissus tissés de fleurs, elle envoûte bien au delà des frontières matérielles de l’esprit et de la raison.
On devine que tu ne laisses à l’apparence et ses futilités que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole troublée ne fera fléchir ta lucidité car la voie que tu t’es tracée est cousue de fils d’or, ornée d’harmonie, baignée d’évidences fraîchement mûries.
L’unique bijou que tu portes c’est toi-même et rien que cela : toi comme le point de départ d’un voyage. La seule exubérance de ta nature est celle d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître. Alors, tout autour de toi, illuminé par ton silence et sa grâce, paré de sagesse, le monde s’arrête de penser et contemple ébahi le livre de ton cœur sans parvenir à en flétrir la Beauté.
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Version améliorée avec l’aimable collaboration de Xavier Bordes
Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté: il se limite à épouser les contours de ton visage et de ton être.
Discrètement, s’évaporent les nuages comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur de ta peau, sur les perles douces de ta bouche.
Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil de ce corps tissé de fleurs, elle envoûte au delà des frontières matérielles de la raison.
On devine que tu ne laisses à l’apparence que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole ne fera fléchir ta lucidité. Ta voie est cousue de fils d’or, baignée d’évidences fraîchement mûries.
L’unique bijou que tu portes c’est toi-même : toi, point de départ d’un voyage. Ta nature a l’exubérance d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître.
Tout autour de toi, illuminé par ton silence, le monde s’arrête de penser et contemple le livre de ton cœur sans en flétrir la Beauté.
Galop chatoyant
En cet instant inaltéré de ton être
le trait noir et franc
de mon galop
et la courbe folle de mes hanches
tes lettres comme la trace de mes sabots
rythmant
le temps
mon encolure souple et ta caresse dissoute
par le vent dans l’incendie
chatoyant de ma crinière
rien ne nous force à devenir
comme tous ces chiens
dressés pour la morsure.
Le bouquet

Boom in bloei
Frits Van den Berghe , 20ste eeuw, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen
Lorsque la mer porte sur le dos de ses collines un ciel blanc et que le vent s’y mélange gavé de pollen, c’est le printemps. Il prend tout l’espace, le printemps, comme une seule et géante enflure. Sur ce petit bout noir qui nous sert de pays, les arbres sont des épouvantails. Leurs fleurs ont des odeurs de kermesses et de ces danses macabres qu’on s’invente à la place des fêtes.
Ici, l’horizon est érodé comme le désespoir. Englouti par le dégoût que l’on peut avoir de soi lorsqu’on se croit coupable. Les montagnes sont des mirages et les enfants portent déjà la grimace du masque de l’adulte qu’ils seront. Les rêves sont des fantômes tétanisés condamnés à se laisser dissoudre par les pluies lourdes et noires de l’hypocrisie permanente. Les langues ne se dénouent que dans les cimetières, le reste du temps elles se taisent écrasées par les rumeurs qui épouvantent les cœurs d’un village à l’autre.
À part des racines comme des doigts de sorcières, il n’y a rien pour retenir l’homme, pas un seul torrent fougueux, pas un seul mur si ce n’est celui de l’autre ferme. Si ce n’est celui du chemin qui serpente sans fin en cherchant un soleil. L’homme n’a que lui-même pour se perdre et le doigt de dieu pour le rendre fou et le broyer. Dieu est dans toutes les idées, dans toutes les larmes des femmes, dans toutes les mains qui se lèvent ou s’arrachent les cheveux. À la fin du printemps, à la place des fleurs dans les arbres, les cauchemars de suicidé explosent en formant des bouquets. Son amour à l’affût du péché a porté ses fruits.
Petite feuille
Fernando Pessoa
Ces phrases de Fernando Pessoa, je les ai trouvées ici
L’art nous délivre de façon illusoire, de cette chose sordide qu’est le fait d’exister… En art, il n’y a pas de désillusion, car l’illusion s’est vue admise dés le début. Le plaisir que l’art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler : nous n’avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords…
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d’un passage, le sourire offert à quelqu’un d’autre, le soleil couchant, le poème, l’univers objectif. Posséder c’est perdre. Sentir sans posséder, c’est conserver, parce que c’est extraire de chaque chose son essence.





