Marine

Desire eyespycottcase

On dirait du taffetas que l’on froisse mais

ce sont nos deux corps qui se frôlent

on dirait le vent sur la mer qui rôde mais

ce sont nos deux respirations qui s’accordent et composent

on dirait que la plaine se soulève et s’invente des collines mais

ce sont nos envies qui rêvent et progressent

on dirait qu’une vague en balayant les profondeurs marines réveille les tempêtes

s’en va crever le ciel et puis revient gorgée de voiles et de lumière

on dirait soudain que chaque chose acquiert enfin

la certitude d’exister en toute Beauté

mais c’est ton volcan nourricier et sa lave brûlante

qui se répandent.

De profil

Antonio del Pollaiuolo - Profile Portrait of a Young Lady - Google Art Project
Portrait de femme (1460-1465) Antonio Pollaiuolo

Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté alors il se contente d’épouser par sa lueur savante les contours de ton visage et de ton âme. Discrètement, s’évaporent les nuages comme des voiles, comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur éblouissante de ta peau, sur ta pâleur opalescente, sur les perles douces de ta bouche.

Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil net de ce corps préservé par des tissus tissés de fleurs, elle envoûte bien au delà des frontières matérielles de l’esprit et de la raison.

On devine que tu ne laisses à l’apparence et ses futilités que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole troublée ne fera fléchir ta lucidité car la voie que tu t’es tracée est cousue de fils d’or, ornée d’harmonie, baignée d’évidences fraîchement mûries.

L’unique bijou que tu portes c’est toi-même et rien que cela : toi comme le point de départ d’un voyage. La seule exubérance de ta nature est celle d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître. Alors, tout autour de toi, illuminé par ton silence et sa grâce, paré de sagesse, le monde s’arrête de penser et contemple ébahi le livre de ton cœur sans parvenir à en flétrir la Beauté.

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Version améliorée avec l’aimable collaboration de Xavier Bordes

Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté: il se limite à épouser  les contours de ton visage et de ton être.

Discrètement, s’évaporent les nuages comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur de ta peau, sur les perles douces de ta bouche.

Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil de ce corps tissé de fleurs, elle envoûte au delà des frontières matérielles de la raison.

On devine que tu ne laisses à l’apparence que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole ne fera fléchir ta lucidité. Ta voie est cousue de fils d’or, baignée d’évidences fraîchement mûries.

L’unique bijou que tu portes c’est toi-même : toi, point de départ d’un voyage. Ta nature a l’exubérance d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître.

Tout autour de toi, illuminé par ton silence, le monde s’arrête de penser et contemple le livre de ton cœur sans en flétrir la Beauté.

Galop chatoyant

En cet instant inaltéré de ton être

le trait noir et franc

de mon galop

et la courbe folle de mes hanches

tes lettres comme la trace de mes sabots

rythmant

le temps

mon encolure souple et ta caresse dissoute

par le vent dans l’incendie

chatoyant de ma crinière

rien ne nous force à devenir

comme tous ces chiens

dressés pour la morsure.

Le bouquet

Boom in bloei

Frits Van den Berghe , 20ste eeuw, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen

Lorsque la mer porte sur le dos de ses collines un ciel blanc et que le vent s’y mélange gavé de pollen, c’est le printemps. Il prend tout l’espace, le printemps, comme une seule et géante enflure. Sur ce petit bout noir qui nous sert de pays, les arbres sont des épouvantails. Leurs fleurs ont des odeurs de kermesses et de ces danses macabres qu’on s’invente à la place des fêtes.

Ici, l’horizon est érodé comme le désespoir. Englouti par le dégoût que l’on peut avoir de soi lorsqu’on se croit coupable. Les montagnes sont des mirages et les enfants portent déjà la grimace du masque de l’adulte qu’ils seront. Les rêves sont des fantômes tétanisés condamnés à se laisser dissoudre par les pluies lourdes et noires de l’hypocrisie permanente. Les langues ne se dénouent que dans les cimetières, le reste du temps elles se taisent écrasées par les rumeurs qui épouvantent les cœurs d’un village à l’autre.

À part des racines comme des doigts de sorcières, il n’y a rien pour retenir l’homme, pas un seul torrent fougueux, pas un seul mur si ce n’est celui de l’autre ferme. Si ce n’est celui du chemin qui serpente sans fin en cherchant un soleil. L’homme n’a que lui-même pour se perdre et le doigt de dieu pour le rendre fou et le broyer. Dieu est dans toutes les idées, dans toutes les larmes des femmes, dans toutes les mains qui se lèvent ou s’arrachent les cheveux. À la fin du printemps, à la place des fleurs dans les arbres, les cauchemars de suicidé explosent en formant des bouquets. Son amour à l’affût du péché a porté ses fruits.

Fernando Pessoa

Ces phrases de Fernando Pessoa, je les ai trouvées ici

L’art nous délivre de façon illusoire, de cette chose sordide qu’est le fait d’exister… En art, il n’y a pas de désillusion, car l’illusion s’est vue admise dés le début. Le plaisir que l’art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler : nous n’avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords…
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d’un passage, le sourire offert à quelqu’un d’autre, le soleil couchant, le poème, l’univers objectif. Posséder c’est perdre. Sentir sans posséder, c’est conserver, parce que c’est extraire de chaque chose son essence.