
Longtemps tu as cru
Que la lucarne
Était un insecte
De ceux qui ont des ailes et une carapace
qui grincent et dardent un rostre
et là tu t’aperçois qu’il ne s’agit que d’un mot
au milieu d’un poème
éclairant
Sur l’épaule le mot
Grinçant d’une petite peur d’enfant
La course d’un rongeur sur la poutre du toit et dehors le roucoulement langoureux
De la tourterelle sa solitude permanente
Que le vol n’efface pas
Tu cherches quoi
L’outil qui ne sera pas à sa place
Tu vas vers l’obscurité ignorant que les dieux te regardent se demandent si
Ce n’est pas le temps que tu perds tout le temps
Tu vas le petit poids de peur n’est plus là
Il vient de s’évaporer tel un ange
Vers le ciel tu vois son plumage
Devenir un nuage

Les herbacées en essaims
orange violets rouges et bleutés
face à la colline qui retient son souffle
la nuée en mer les nuages au ciel
un éclat de source bruit
les gouttes appellent le pas pressé de la tortue
le froufroutement de plumes dans l’arbre
s’échappent sur les murets les lézards et leurs ombres minuscules
du pommier il neige quelques pétales et une saveur de fruit
qui ne dérange pas l’abeille
le thym a la tête dans les étoiles ses fleurs frémissent
et sont sur la même longueur d’onde que les lavandes stéchades
et les mauves
plus loin l’iris se voit
attribuer sa propre lueur blanche
le coeur serré une fourmi entre dans la nèfle la plus éloignée de la cité
se balance sur le dos de ma main celui qui sera demain
peut-être le tigre de l’herbe

Il y a 10000 ans on a pu la voir
exploser
et comme si le temps était une succession de moments
un immense gâteau à se partager
on la voit encore aujourd’hui s’envelopper
de nuées bleues de gaz brûlants
là-bas et ici hier et aujourd’hui relativement
éloignés l’un de l’autre
j’ai perdu la notion des distances et je mesure
le temps non pas grâce à la course prodigieuse de la lumière
mais simplement en regardant longtemps
naître et mourir

Quand il ferme les yeux il voit
un arbre les feuilles bruissent
il entend les cris de créatures
minuscules à la place du visage
un masque souriant d’où s’extirpe
un regard
pupilles brillantes telles l’eau nocturne
d’une flaque et il se demande pourquoi
du jour au lendemain son quotidien
a été gommé
a disparu
en même temps que la porte blindée de son appartement
que les fenêtres
tant d’éclats sur le sol
pourquoi les écoles n’accueillent-elles plus que les vieillards
pourquoi les villes se sont-elles embourbées
il connaît la réponse mais il ne veut la formuler
depuis qu’il a vu son voisin transformé par la mort
en une brutale sèche et rocailleuse sculpture
rongée par la peur surprise par une douleur
monumentale
On peut apprécier le travail d’Antoine d’Agata notamment sur sa page instagram.
Son travail sur la guerre d’Ukraine réussit à signifier l’horreur de la guerre. Images insoutenables, elles chassent le voyeurisme journalistique. Ceux qui sont morts et dont les cadavres pourrissent à l’air libre sont des hommes, des hommes. Que reste-t-il d’eux ici, là et ailleurs ?

l’eau verte reste imperturbable
lisse et soyeuse muette et immobile
la mélancolie profonde est une fleur aquatique
née dans les brumes de la vase
son corps calme est celui d’un caïman
L’onctueuse fourrure
Ondoie selon le rythme de la respiration
Au sommeil
elle est mer et forêt écume et brume mousse ou corail
Végétale et animale
Parfums rassemblés par la poussière portée par
La lumière
Quel voyage équivaut à un rêve
Quelles distorsions du temps adviennent pour produire cet état
Un chat noir étendu dans l’unique flaque de lumière chaude de la pièce
Le monde s’abstiendra de s’effondrer là

La nuit sombre
jusque dans le jardin
l’échine d’un taureau sue
la colline caressée par la brume
jusqu’à l’extinction de la croupe
la corne de l’animal comme une lune disparue
en mer en silence
il ne reste que quelques étoiles
pour grignoter le ciel quand soudain
le félin feule en bondissant de la fenêtre
qu’un trait de lumière avait laissée entrouverte

Le jardin a longtemps cru
en un retour du printemps
sans passer par l’hiver.
Aucun feuillu ne s’est dépeuplé.
En passant par une floraison timide
il en est un qui a conçu des fruits
le poirier.
Le premier à comprendre fut le figuier
c’est que cette année exceptionnellement
il avait produit à deux reprises
tellement de figues qu’il était fatigué.
Les autres se sont fiés à ceux qui jamais ne perdent
toutes leurs feuilles en même temps
si bien que quand elles se renouvellent
on le remarque à peine.
Sur le poirier une dizaine de nouaisons
et un peu plus tard des poires rougeoyantes
parfaitement formées mais sur lesquelles
il n’y a presque rien à manger.
Un coeur autour de quelques pépins!
Que dire de ceux qui ne s’habituent pas!
Hier, la neige est tombée en quelques flocons
sur une cime très éloignée
mais le vent a transmis la missive anonyme et froide .