
Le dernier né
De la tourterelle lance
Un appel depuis le pin
L’arbre sous les reflets duquel
Je lis laisse tomber une feuille
En forme de larme
Sur mon sein gauche
L’arbre ruisselle
Jusqu’à son ombre
Et là sur les pages imprimées du livre
Propose une nouvelle lecture
Éclats de rivières dans une gorge sèche
Fourmillements sombres de l’été
Assoiffé
Ronronnement de la roche agacée
Il sait grâce à son écriture racinaire
D’il y a plusieurs milliers d’années
Il n’est pas
Simplement
Un arbre attelé à la fabrique des planètes
Instinctivement la sève devient fontaine
Sombre et claire
De l’absence
De matière
Son rêve fredonne au delà du mot
Plus lentement tellement que le geste
Soudain sur son tronc en pente directe vers le ciel le corps souple et noir d’une panthère appose
Ce qui ressemble à une phrase

Regarder la mer
Un cormoran sur un rocher
Absorbe la chaleur comme les paroles
D’un conte ou d’une incantation
Songe à l’instant
Où il redeviendra vague
À la crête sa tête
On le verra peut-être
En dragon
Regarder la mer
Immerger son regard
Se soustraire de son corps
Oublier son plumage d’une noirceur nocturne
Se lier aux inflorescences des flots
Oublier qu’il faut être
Regardée la mer
S’efface dans ses propres reflets
Caresse les rugosités des rivages
Plonge évapore l’effort
Un cormoran drageonne
Soudainement la source sort du sol
sa voie vivifie les mousses les fougères
elle va de par le bois
sous manteau de feuilles fauves caressant sables
et cailloux
les lichens enluminures du livre qu’elle lit
entre les masses granitiques bleuissent
J’ai fermé les yeux et sur mes paupières
s’est posé le ciel
l’étoffe de soie bleue a gagné mon corps
enveloppait mon âme sa palpitation de poisson
sorti de l’eau et tombé sur le pont
la trame invisible à l’oeil nu et dont les fibres
sont des ondes qui ne sont déjà plus de la lumière
transgressait tous les ordres de grandeur
aux intersections une étoile une explosion
un pulsar des amas de gaz de la poussière
un corps parti en fumé
j’entendais les frondaisons se froisser et se laisser tisser
par les sifflements par milliers d’oiseaux à peine plus grands
qu’un aileron le gloussement de l’eau dans les bras d’une source
en ouvrant les yeux l’empreinte aux rayons X de mon corps
s’estompait peu à peu
j’ai reconnu chacune de mes fractures et juste en dessous
du talon
la lune comme un flocon
Les feuillages les fruits
à peine noués
se froisse à la moindre foulée du vent
l’étoffe de plumes et de sifflements
de petites ombres se dispersent
et reviennent à l’appel langoureux et lent
de la tourterelle
mais toi ce que tu vois c’est le corps du serpent
qui enlace une branche
jusqu’à l’étouffement
parfois tu croises le regard ombreux du jaguar
sa parfaite fugue
personne pour te croire
si ce n’est celle qui vient boire
deux trois mots bien frais bien froids
et ponctue le monde de son regard
comme un grain de poivre noir.
D’un même nuage mais
de façon aléatoire tombent
des larmes sur l’eau l’onde
d’une répond à l’onde de l’autre la
frôle et disparaît sur la terre
ferme et sèche naissent des
cratères sur la roche un cliquetis
dont le bruit ressemble à celui
que fait le sabot d’un cabri
larmes et grains de riz évaporent
parfois les pétales jaunes d’une rose
un papillon fuit la mort
À chaque instant il m’accompagne
plus doux plus souple que mon ombre
parfois il me regarde juste pour voir
si je le sais près de moi
je sors il me suit
je marche en allongeant le pas
il multiplie les siens il sautille
il est comme le trait noir du pinceau
sur l’échine d’un taureau
Il pourrait être ailleurs
en tous ces endroits inaccessibles
j’ai beau lui dire qu’il est libre
sa réponse est toujours la même
je te suis
je veux être là où je suis et pas ailleurs
ici maintenant et jamais demain
© image: Desert Hiker Gal Falling Man Petroglyph Gold Butte National Monument

En tenue nuptiale sur la plus haute branche
du lentisque
l’oeil cerclé de jaune il regarde
il regarde la terre
il regarde le ciel
le jardin diffusant ondes lumineuses et parfumées
il regarde le frémissement des feuillages
vole fait quelques pas montre l’éventail noir luisant de ses plumes
s’évapore
et quand il chante plus tard tu sais que le jour est mourant