Hollow

Une ombre mutilée règne comme une araignée

sur les voies que les veines suivent

pour entrer dans les poumons

elle déteint

pour ne former plus qu’un rocher

de cette région froide        l’élancement         du silence

part en spirale à la conquête de l’infiniment petit

atteint les plages sacrées de l’âme

comme une armée de lambda

Lambda-logoλ

Florale

 Georgia O’Keeffe, Flower Abstraction, 1924. Oil on canvas, 48 × 30 in. (121.9 × 76.2 cm). Whitney Museum of American Art, New York; 50th Anniversary Gift of Sandra Payson  85.47  On view © 2009 Georgia O’Keeffe Museum / Artists Rights Society (ARS), New York

Georgia O’Keeffe, Flower Abstraction, 1924. Oil on canvas, 48 × 30 in. (121.9 × 76.2 cm). Whitney Museum of American Art, New York; 50th Anniversary Gift of Sandra Payson 85.47 On view
© 2009 Georgia O’Keeffe Museum / Artists Rights Society (ARS), New York

Quand la nuit s’habille de moire et de taffetas, qu’elle frôle les arbres, les feuilles de la même façon que les lacs, quand les ruisseaux et rivières roucoulent sous les lueurs de la lune pleine, je m’entrouvre.

Mon parfum aux senteurs d’ananas, aux saveurs sucrées rode parmi les roseaux pour te séduire et t’attirer vers moi. Je suis chaude, chatoyante, luxuriante. J’ai l’appétit d’une louve mais la patience d’un chat. J’attends.

Enfin, curieux et charmé, tu te déposes subtilement sur le bord de mes lèvres. Tu me découvres . Ton petit corps plein de rondeurs chatouille mes pétales. Tu t’enivres. En plongeant vers mon cœur, tu te laisses étourdir par ma chair. Tu te remplis de pollen et toujours plus fort me désires. Ma peau de nacre a le goût délicat de la vanille, la texture folle et légère d’un jupon de dentelle. Peu à peu, et sans que tu t’en rendes compte, je me referme autour de toi qui me fécondes. Nos corps fusionnent comme les aubades des symphonies baroques.

Tout autour de nous, le monde n’est plus que soupirs et mouvements onctueux de corps. Notre accouplement durera toute la nuit.

Aux premières lumières du jour, je te libère. Délicatement, encore légèrement étourdi, tu te défais de notre étreinte en m’offrant tes derniers baisers. Nous sommes métamorphosés. Tu t’envoles vers tes nouveaux soleils, je retourne gorgée de merveilles vers mes profondeurs aquatiques.

 Victoria cruziana flower

« L’intelligence des Fleurs » peut être téléchargée ici
On peut contempler les œuvres de Georgia O’Keeffe ici

À la perfection

Un essaim de larmes
m’assaille
et toi grand prédateur
dont le corps est majestueux
et sans faille
tu nages dans les eaux
de velours
tu fends sans équivoque
d’un seul geste comme un coup
de crayon
le trouble profond de mon âme
et puis sans te laisser ruiner et corrompre
par les sentiments
de pitié
tu repars vers les puretés océanes
sans laisser de trace.

Magique

Source

Plus rien ne la retient et ce n’est pas le ciel las et argenté qui  modifiera sa résolution: elle ne vieillira pas. Elle ne se transformera pas en grenier poussiéreux. Elle ne veut donner aucune chance aux regrets, à la rancune. Personne ne modifiera ses voix internes, personne ne prendra plus le contrôle des rênes de sa vie, elle préfère se taire et partir. Même si la route est mauvaise ou nouvelle et cruelle, elle inventera toujours les moyens d’échapper aux emprises des préjugés, de devancer ses poursuivants. Elle  ne veut pas marchander sa liberté au profit du confort, de la banalité, d’un compromis avec les habitudes. Elle prévoie de ne compter que sur ses propres forces internes, son rocher comme un soleil planté dans la mer sera son point de départ, son port d’attache.

On dirait que le monde n’a pas encore pris conscience des changements qui se sont produits au fond d’elle. Ce n’est pas parce que sa voix tremble d’une toute petite flamme, qu’elle ne sait pas, qu’elle a peur et qu’elle n’a pas compris ce qu’il se trame de laid et d’odieux dans la sphère des adultes. Ce n’est pas parce qu’elle n’a que 16 ans et un petit corps tendre comme la mie d’un pain frais, qu’elle n’a pas remarqué comment le monde écrase la révolte, étouffe la conscience, prostitue la vérité.

Elle sait que sa lucidité ne prendra jamais le corps d’un spectre ou d’une armée. Elle ne se sent pas le désir de gaspiller l’intelligence à ruminer des pièges, à bâtir des prisons, à élaborer de sombres théories qui brisent la beauté simple et croustillante de l’idée. Elle ne veut pas faire porter à ce qu’elle sait des pantoufles de vieillard, se préserver d’ennemis qu’elle aurait elle-même inventés. Elle ne déteste rien, elle ne hait personne, elle ne laisse pas rentrer en elle, cette laideur et rugosité de l’âme. Elle ne veut pas combattre, elle veut débattre. Elle ne veut pas abattre, elle veut s’ébattre et se détendre. Apprendre, contempler en silence, se tenir à distance de l’âpreté humaine. Elle sent qu’au plus profond d’elle-même, un rubis brille comme un soleil, elle sent dans toutes ses parcelles l’appel brûlant de la vie.

Il pleut, elle a retiré ses souliers et court et sautille et rit. Il pleut quelque part, dans l’un des lieux où la pluie transforme la lumière en or. Les cailloux pointus sur sa route, comme des petits coups de bec de moineaux titillent la plante de ses pieds. La pluie s’infiltre partout, glisse sur son visage, perle en contournant la lueur de son sourire, voudrait goutter à la fleur blanche de son sexe. La lune rousse s’est mise à danser dans les feuilles, à la poursuite d’un de ses flamboyants éclats de rire. Les fleurs, les herbes et la terre se mélangent et répandent leurs parfums et leurs sucs. Ils entrent par tous les pores de sa peau pour illuminer sa beauté, accorder à chacun de ses gestes une saveur auréolée.

Sur ses épaules, sur ses bras, à l’orée de ses seins, naissent de petites étoiles invisibles. La pluie au travers de ses vêtements, ruisselle entre ses seins, jusqu’à son ventre, s’affole au contact de ses formes les plus charnelles. Fécondée d’une connaissance essentielle, purifiée de la lâcheté du monde adulte, elle enchante tout ce qui tombe sous son regard. Sous la pluie, sous la nue, seule, elle avance avec l’énergie et l’assurance d’une guerrière butineuse, d’une exploratrice audacieuse. À chaque instant, elle brille et elle rit parmi les fleurs magiques de son somptueux jardin.

De profil

Antonio del Pollaiuolo - Profile Portrait of a Young Lady - Google Art Project
Portrait de femme (1460-1465) Antonio Pollaiuolo

Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté alors il se contente d’épouser par sa lueur savante les contours de ton visage et de ton âme. Discrètement, s’évaporent les nuages comme des voiles, comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur éblouissante de ta peau, sur ta pâleur opalescente, sur les perles douces de ta bouche.

Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil net de ce corps préservé par des tissus tissés de fleurs, elle envoûte bien au delà des frontières matérielles de l’esprit et de la raison.

On devine que tu ne laisses à l’apparence et ses futilités que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole troublée ne fera fléchir ta lucidité car la voie que tu t’es tracée est cousue de fils d’or, ornée d’harmonie, baignée d’évidences fraîchement mûries.

L’unique bijou que tu portes c’est toi-même et rien que cela : toi comme le point de départ d’un voyage. La seule exubérance de ta nature est celle d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître. Alors, tout autour de toi, illuminé par ton silence et sa grâce, paré de sagesse, le monde s’arrête de penser et contemple ébahi le livre de ton cœur sans parvenir à en flétrir la Beauté.

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Version améliorée avec l’aimable collaboration de Xavier Bordes

Le bleu du ciel n’a plus rien à nous apprendre sur la pureté: il se limite à épouser  les contours de ton visage et de ton être.

Discrètement, s’évaporent les nuages comme les larmes de la joie. Des larmes, la lumière en pleure sur la candeur de ta peau, sur les perles douces de ta bouche.

Ta Beauté ne se limite pas à la nudité de ta nuque, au profil de ce corps tissé de fleurs, elle envoûte au delà des frontières matérielles de la raison.

On devine que tu ne laisses à l’apparence que le luxe du rêve et de l’espoir. Aucune ombre ne saccage tes pensées, aucune parole ne fera fléchir ta lucidité. Ta voie est cousue de fils d’or, baignée d’évidences fraîchement mûries.

L’unique bijou que tu portes c’est toi-même : toi, point de départ d’un voyage. Ta nature a l’exubérance d’un nouveau né : te contempler c’est Renaître.

Tout autour de toi, illuminé par ton silence, le monde s’arrête de penser et contemple le livre de ton cœur sans en flétrir la Beauté.

La liste de mes angoisses inutiles

Dans ce livre, L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S Spivet de Reif Larsen, le jeune héros à la créativité débordante a eu entre autre, la bonne idée de faire une liste de toutes ses angoisses inutiles. Comme pour conjurer le sort, comme pour pouvoir aborder l’inconnu avec un esprit libre et ouvert, ou plus simplement pour rester l’enfant curieux et intègre, il s’entoure d’objets fétiches et d’instruments de mesure, il dessine pour tout ce qu’il observe des cartes, il consigne dans des carnets numérotés ses fabuleuses découvertes. Il refuse avec une lucidité enjouée le monde formateur des adultes, faisant de sa vie un jeu d’aventures et d’explorations. En plus d’être passionnant et drôle, ce livre (avec cartes et dessins à l’appui) offre plein d’instants de fraîcheur, de pureté enfantine sans jamais être niais. Il bouleverse bien des certitudes.

Se débarrasser de ses angoisses est souvent impossible et nous force à tenir un rôle qui n’est pas forcément le nôtre, à être des prototypes de nous-mêmes. Si elles ont l’utilité de nous protéger de certains dangers, il faut bien l’avouer, elles nous freinent et nous restreignent souvent. Les consigner dans un carnet, sur une liste est à mes yeux une manière originale et amusante de nous surpasser qui n’est pas forcément absurde.

Voici ma liste :

-une murène pourrait surgir d’une cavité et dévorer mon amour quand il se baigne en toute innocence.

-un imbécile pourrait me voler ma part d’amour (provenant de ce même amour se baignant innocemment)

-rien ne pourrait jamais plus se faire pardonner

-et s’il venait à ne plus pleuvoir ?

-les accès à la beauté pourraient me rester définitivement fermés

-le vide me rongerait jusqu’à l’os

-jamais plus je ne tomberais amoureux

-je pourrais perdre l’équilibre et ne plus trouver à la place qu’une ivresse absurde

-je me briserais comme une lame

-les mots pourraient me tourner le dos

-je n’aimerais plus la solitude et lire

-la mort me volerait à nouveau ceux que j’aime

-jamais plus de galop

-jamais plus l’amour, le sexe, l’idée.

-ma dépression serait continuelle, sans répit, sans pitié

– un fantôme pourrait s’asseoir à ma place.

Jardinier

Si le soleil te tend la main

ne le cueille pas

comme une quelconque

feuille

mais bois

la lumière

de ton œil

laisse tes pensées

effleurer

les effluves vertes et dorées

comme le miel

la Beauté coule à la surface des choses

te laisse naviguer

à ton gré

deviens le savant jardinier

de ton âme et de tes idées

À ton tour

On dit de moi que je porte une coquille de porcelaine sur le dos. Que je regarde le monde au travers d’un prisme irisant les choses d’une lueur qu’elles n’ont pas. Véritablement.

Quoi ? Faudrait-il que je passe à table et me serve d’un couteau pour montrer de sa pointe ce qui ne serait pas bon ? Faut-il être coupant pour être aimé et servir? Ne peut-on pas décider d’être fragile, d’avancer en ne suivant pas d’autres pas ?

Mon cœur galope comme le vôtre, ma tête s’affole pour les mêmes Beautés, ma respiration se soulève de la même manière que les marées et ma folie se fracasse contre les mêmes rochers. Je n’ai pas la prétention de parler votre langue, de m’asseoir derrière les mêmes falaises, de conter la vérité au moyen des pièces d’or contenues dans mes poches, dans les banques de données de mon unique encéphale.

Je vole, je tourbillonne, je m’appose des peintures tribales pour faire peur au mal. Je voudrais être un cerf mais ne suis qu’un cheval, une larme au lieu d’être un bocal. Mais toi, si tu le veux, tu peux, poser tes lèvres sur la fraîcheur qui survole les miennes, observer mes secrets qui dansent comme les flammes et entendre mon tout petit soupir lorsque j’ai trop ri de toi.

Alain Hurlet