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On ne sait

pas ce qu’il lui manque

pour qu’il soit

compris dans toutes ses formes audibles

il voyage entre les lignes

au delà de toutes les frontières perceptibles

lorsqu’enfin il arrive à planter

ses pieds

dans la matière de nos pensées

il ne reste plus que les éclats

brisés court-circuités

par nos neurones

On ne naît pas

avec cette rumeur

sous cette ramure de corbeau

et ce qui nous percute

n’est

déjà plus la musique

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Iannis Xenakis biographie sur le site de l’iCARM
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Metastasis

Quelconque

source: http://hexapod.tumblr.com/
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Je voudrais étendre mon âme sur l’onde d’un ruisseau, être à la portée du repos pour une éternité.

Ne plus être qu’une oreille docile bercée par le souffle chaud de la nuit, entendre la profondeur de l’espace compris entre le nombril et le centre de la chambre magmatique originelle.

Je voudrais reproduire le plus simplement possible tous les chants des profondeurs terrestres pour qu’il n’y en ai plus qu’un seul, lucide et tragique, flottant dans le ciel comme une chevelure dénouée, comme une nuée de pollen.

Je voudrais ne plus jamais être une aigreur, une familière et odieuse maigreur, une perte, un abandon, un dépeçage, un acte de boucherie.

Je voudrais n’être plus qu’une conque arborant des cristaux comme des cils. Tisser avec infiniment de patience et de temps un lit pour la lumière dans les néants des tristesses humaines.

φ

Hélice

Nébuleuse de l’Hélice

C’est par le biais de la musique qu’elle s’est insinuée en moi. Enroulée sur elle-même, comme un foulard de soie, je ne voyais d’abord que son regard. La pupille pétillante de son œil droit demandait doucement le silence. Le sinueux silence qui se laisse porter comme un gant par le respect uniquement . Elle n’était pas une ignorante, elle était comme si elle savait tout de moi. Sa transparente curiosité ne demandait qu’à m’épouser.

Peu à peu, son onde chaude et colorée s’est répandue par les chemins de ma chair vers mes poumons en touchant mes pensées, vers ma gorge en effleurant le coffret de mes souvenirs sans l’ouvrir, vers mes seins et mon sexe en pointant d’un seul doigt ma volonté. Elle aurait pu faire en sorte que je sois désemparée, que plus rien ne m’appartienne, elle aurait pu me piller. Pourtant, jamais l’idée d’être perdue ne s’est approchée de moi. L’onde lumineuse avait veillé à ce que je ne trouve que moi. Non plus cet arbre sec et qui a froid et ne sait pas si le printemps reviendra. Non, je me sentais semblable et aussi parfaite que l’orchidée, comprise dans ma complexité, soutenue dans les extravagances de mes volutes par le long déroulement de phrases musicales blanches.

Tout se trouvait simplifié, en concordance sans avoir été résorbé par une tranchante et unique raison, sans avoir eu à connaître de faim. Il me suffisait de comprendre que chaque parcelle de moi-même, de ma vie intérieure et invisible à l’œil nu était reliée aussi subtilement et solidement que les points d’une toile d’araignée. Ce qui se défera se reconstruira à l’infini. Plus rien n’est renié ou inutile, tout est retenu par un fil. Le fil sur lequel glisse et voyage la musique.

Lacrymal


Zbigniew Preisner

Il ne reste plus qu’un petit lambeau du temps

un espace léger que rien ne crispe

il s’y déploie avec une force lente

la somptueuse danse

de ton pas

ta pupille noire éventre le jour et le recouvre de vernis

comme si enfin tout pouvait redevenir brillant

tes gestes par leurs saveurs vives

déclenchent le tourbillon de notes

qui me donnent envie

de rechercher

les clefs qui ouvriraient des portes

ta voix titille et joue

éclate d’une joie rouge

elle ne laisse derrière elle

plus qu’un voile

Ton baiser

Il est comme s’il

était un

millième de toi-même

a résolu toutes les parties

vides de moi

même

si tu ne le crois

 

autant de fois l’aube

la volupté et le bruit

de l’eau

porté par le vent

 

à la commissure de l’âme

ton jardin comme une main

tendue à la beauté

pour se ravir de ton corps

et le manger

la nuée

nouée à la Méditerranée.

Sur un lit de fleurs

J’ai posé le pied sur l’estrade et j’ai pris ma place au sein de la chorale. Il a légèrement levé les bras. Le silence s’est emparé du public et lorsqu’il a incliné la tête, très doucement comme les nuages qui sortent du ventre bleu de leur mère, nous nous sommes mis à chanter.

Petit à petit, la musique a pris possession de l’espace. Elle s’est mise à onduler dans l’air, à recouvrir le moindre petit coin d’ombre de sa lumière opalescente et joyeuse. Chaque note a commencé le travail qui consiste à charmer les corps et puis les âmes en construisant des cathédrales mentales, brillantes comme des étoiles.

Tout l’air que j’avais enfui dans le creux de mon ventre, toute cette magie enroulée sur elle-même dans la nacre rose de mon nombril s’est mise à virevolter, à escalader le ciel, à se tendre comme un soleil. Le ruban évanescent des notes dansait avec légèreté, il ne restait ni collé au sol, ni collé aux murs. Mon corps était comme habité d’un somptueux chatoiement, un incendie gracieux de papillons blancs. Dans ma gorge, des dentelles de larmes trouvaient à pas feutrés leurs zones d’envol pour le reste du monde.

Comment serais-je lorsque le silence aurait à nouveau à prendre possession du temps et de mon corps? Que pourrais-je faire lorsque le vide s’imposerait comme seule réponse à mes questionnements ? Comment pourrais-je encore éblouir la lumière lorsque je serais à nouveau aux yeux de tous, cet enfant chétif et ennuyant ? Je voudrais pour toujours naviguer porté par cette clameur. Vivre éternellement au milieu d’un chœur.

Mais je savais qu’il faudrait bien que toutes les fioritures, les affolements baroques cessent et rentrent docilement dans le tout petit tabernacle de mon cœur. Je craignais quelque chose de semblable à un effondrement de mon âme mais le magicien qui guidait nos voix, les déposa tendrement assagies au milieu d’un jardin flamboyant de blanc, là-bas, très haut dans le ciel.

Sans réponse

 

Je me demandais ce qu’il fallait que je fasse

de toutes ces questions sans réponse,

de tous ces mots qui nagent en moi

sans raison.

À force d’errer sans route,

ne finiront-ils pas par me perdre ?

Je suis si las.