un troupeau de pierres de verre
bleu
un amalgame de globules
rouge
et au milieu ton visage ton corps recroquevillé et ton regard
noirs
Ma peau tremble comme un tambour
les secondes ses petites flammes savantes
avancent en avalant les graines de lumière
jetées au hasard
je suis aléatoire et incoercible
Je suis matière vive et malléable
je tiens en très peu d’espace
et à presque tout
je suis
une égratignure
un oubli
une pluie de points
Aujourd’hui, non sans peine je l’ai tué. Il aurait laissé les portes de son appartement, ouvertes comme on laisse les clefs sur le moteur d’une voiture qu’on abandonne juste un instant. Toutes les lumières seraient restées allumées, la radio, la tv, aussi. Il n’aurait pas pris la peine de ranger le salon, de replacer les livres dans la bibliothèque. Les projets auraient été abandonnés soudainement, dans le but de les reprendre plus tard.
Sa mort serait surgie, comme venant de nulle part. Pour tous, elle serait une surprise, un choc. Allait-il donc si mal? Ses proches le croyaient guéri. Tous diraient: « il ne faut jamais se fier aux apparences. Notre bon vieux Bill, s’offrir une telle mort alors qu’il avait tout pour être heureux » .
Bill, n’est pas mort aussi facilement que ça. Au fait, s’appelle-t-il vraiment Bill? J’ai même pas pris la peine de connaître son nom. Alors faisons comme si il s’appelait Bill. Bill s’est débattu, Bill a crevé comme un cochon. Je me souviens de sa terrible peur lors de la dernière seconde. Quand il a senti que j’étais déterminé à le tuer. Malgré ses supplications. « Prenez les clefs de ma voiture, mon argent, tout mon argent. » Bill ne peut pas comprendre la sensation qu’on éprouve à tuer un cochon. La puissance qu’elle condense dans le bout des doigts, diffuse à travers tout le corps jusqu’au font des tripes. La domination totale de la vie ne s’achète pas. Bill ne devait rien connaître à la fulgurance volcanique du plaisir que j’éprouve à tuer des cochons.
Je ne choisis pas mes victimes. Peu m’importe qu’elles soient riches, pauvres, jeunes ou vieilles. Au dernier moment, nous sommes tous des cochons. Pour Bill, j’ai pris plaisir à monter tout un spectacle. À concevoir toutes les scènes jusque dans les moindres détails. J’avais décidé que Bill, ce pauvre vieux Bill, se suiciderait et trouverait la mort en se défenestrant. Je pouvais pas savoir que Bill avait contracté une assurance et que sa veuve ne toucherait rien en cas de mort volontaire.
Son corps a éclaté à l’intérieur, son corps s’est désaxé. Projeté d’un dernier étage, qu’est-ce qu’on pouvait espérer de mieux? J’aime regarder le sang se répandre. Au début, on a l’impression que les premières larmes hésitent, se font désirer. Cela ne dure pas, après, le sang rampe lâchement. Il salit tout, il explose, gicle, propose une orgie. Mon plaisir se résume à un tout petit moment, mais quel moment! Il révèle une force explosive, brutale, propre et nette. Elle surpasse le plus magistral des orgasmes et culmine en me donnant le pouvoir total et sublime sur la vie. La première petite goutte de sang est toujours la plus belle, la plus pure. Tuer quelqu’un est un art.
« Aujourd’hui, il s’est suicidé. Faisant place aux faux jugements, à l’ignorance, au désir de ne plus répondre. Au vide. » est la petite phrase lancée aux JT de 20h par son meilleur ami face à une foule consternée de sympathisants arrivés sur les lieux de l’accident. C’est fou ce que les gens peuvent être pathétiques. Je ne sais jamais vraiment s’ils se rendent compte à quel point je méprise cette forme d’hypocrisie.
Il me faut toujours un morceau de musique après avoir tué un cochon. Le jour où j’ai tué une fillette de 4 ans, je me suis mis en boucle pendant 24heures, Chopin. Je connaissais pas Chopin, avant. Je l’ai trouvé dans le sac de la gamine. À côté de ses tartines, d’un cahier de griffonnage, il y avait un cd « la petite sirène ». La petite sirène mourait sur un fond de musique classique, Chopin. J’ai balancé le tout par dessus bord, tout mais pas Chopin. Quand je dis: « par dessus bord », c’est vraiment par dessus bord. Je traversais la Manche. Ils ont jamais retrouvé le corps.
Bill avait tout pour être heureux. On veut dire par là qu’il avait amassé pas mal de fric. Mais bill venait de se faire renvoyer par sa maîtresse et il se demandait s’il haïssait plus sa femme, son partenaire professionnel ou ses enfants. S’il avait pu échanger sa place au dernier moment avec sa gamine, il n’aurait pas hésité. Je puis vous l’affirmer avec certitude.Comme il s’est agrippé à la photo sur son bureau ! Il a cru que je serais d’accord de passer un accord. Je ne marchande jamais mon plaisir.
Je n’ai pas de scrupules d’avoir tué Bill, pas plus que lui lorsqu’il roulait le fisc et planquait son fric en Suisse et au Luxembourg. Oui, j’ai bien dit « planquait ». Maintenant, Bill ne planque plus rien. Grâce à moi.
Je commence à me trouver ennuyeux. Il est temps que je sorte, il temps que je me refasse une nouvelle vie.
J’ai trainé la table jusqu’au dessous de la poutre. Elle grinçait de cette plainte qui vous donne mal aux dents. J’ai pris une chaise, je l’ai approchée de la table et je l’ai utilisée pour grimper et me mettre debout sur la table. Mon coeur remuait à me donner la nausée.
J’ai lancé la corde au dessus de la poutre et je l’ai solidement nouée. Ensuite mes gestes se sont enchaînés mécaniquement. Avec minutie. Je n’ai pas effleuré le moindre doute, toutes les voix, même celles de la peur et du dégoût se sont soudain tues. Tout était devenu limpide. Je m’étonnais de rester aussi calme et décidée. De n’avoir aucun remord, de ne plus sentir la moindre culpabilité.
Pour la première fois de ma vie, je me sentais légère. Plus aucune tension, pas même celle que j’aurais dû ressentir à prendre une telle décision, ne pesait plus sur moi. Cette liberté soudaine me rendait euphorique et déterminée.
La douleur s’était traînée jusqu’à un précipice, elle m’avait volé tellement d’années, qu’en cet instant où j’aurais dû douter, elle me donnait une certitude. Une tendre certitude. Celle d’avoir fait le bon choix, le premier pas vers moi. Enfin, j’assumais sans plus frémir toute la responsabilité de mon être. Enfin, je semblais prendre conscience de ce que ma différence devait pouvoir signifier. Ma cohabitation avec le monde, cette blessure, cette plaie ouverte et suintante était sur le point de se refermer. À l’autre bout de la table, simple et droite, ma délivrance.Je n’avais plus à m’acharner, à trembler, à lutter. Un pas, un seul pas suffisait. Comme cela me semblait tellement plus facile!
J’ai passé la corde autour de mon cou et je suis bien restée, ainsi debout, nouée, sans bouger, près d’une demi-heure. Retenue par une corde, un noeud, le même qui trancherait définitivement le mien, ce noeud tordu qui gisait au fond de moi.
Je me disais: « je tiens, je me tiens, je suis, je suis moi, enfin. Je ne suis plus rien. » Il me suffisait de faire un pas, pour pendouiller dans le vide et faire sens à ce que je suis. Plus rien ne serait laissé au hasard, j’avais la sensation d’une totale maîtrise de la vie.
La vie m’avait bien mal choisi. J’ai très vite compris que ma route ne serait pas ordinaire. Mon corps. Que fallait-il en faire? Déjà enfant, il ne me convenait pas. Alors que j’étais si légère, cette chose qui se faisait porter, laver et puis embrasser par ces autres humains qui devaient être mes parents, me semblait toujours être dans mon chemin. Combien de fois n’ais-je pas été tétanisée par ce que ma mère devait considérer comme une marque d’attachement et d’amour: son baiser sur ma joue. Cette envie qu’elle avait de me bouffer, m’écoeurait. Sa bouche sur ma joue, comme si elle n’en décollerait pas faisait naître ma nausée et grandir ma peur.Je compris qu’en me désintéressant d’elle, en ne pleurant pas, elle me foutrait la paix.
Je passais des heures à observer les ombres sur le plafond de ma chambre, des heures à faire parler les fleurs du papier peint qui décoraient les murs, des heures à animer mes jouets. Un endroit parmi d’autres me servait de refuge: la bibliothèque municipale. Elle était petite et fréquentée par de grandes personnes calmes. La bibliothécaire était mélomane. C’est elle qui m’a fait découvrir la musique. Toutes sortes de musiques. Les notes et les mots sont venus à moi par les mêmes chemins. Je choisissais les disques dans les rayons et elle les faisait jouer pour l’ensemble de la salle de lecture. En douceur, la musique a rythmé mes premières lectures. Je n’emportais pas les livres de la bibliothèque chez moi. Par contre, lorsque j’en avais terminé un, je pouvais obtenir la photocopie de mon visage ayant comme arrière fond la couverture du livre en question. Parfois, je préférais apposer la main, le coude ou rien que l’oreille..
Je n’ai jamais aimé ma mère et je l’ai détestée et bannie de mon univers le jour où elle m’a rendu plus malade qu’elle en me faisant boire plus qu’il ne se doit. Ce jour-là, je l’ai vomie, elle et toutes les horreurs qu’elle m’imposait.
Je suis un garçon-cheval. C’est ainsi que je me définissais. Mon corps de fille ne me dérangeait pas. Dans mon esprit, il n’existait pas, tout simplement. Si un esprit pouvait parler, il avouerait qu’il n’est ni masculin, ni féminin. Il est. Point.
Un jour, alors que j’avais 5 ou 6 ans ma mère m’ a agrippé par le poignet . Parce que je me débattais et me laissais tombée sur le sol, elle m’avait aussi attrapée par l’une de mes jambes. Elle me tirait derrière elle, comme s’il s’agissait d’un vulgaire sac de vieux linges. Ma colère était d’autant plus forte que l’humiliation qu’elle me faisait subir était grande. J’étais nue. Finalement, elle me jeta dans un bain d’eau brûlante. Je me souviens de ma peau rougie. Je me souviens de cette horrible douleur au fond de moi, du dégoût, de la honte et de la peur galopante. Je n’entendais plus mes propres hurlements. Je ne subissais plus que la peur détachée de moi, écrasante, indomptable. Je me souviens du sang qui s’échappait d’entre mes jambes et de sa main qui s’appuyait sur mon visage. Sa main, géante ventouse qui m’empêchait de voir et de comprendre. Sa main qui me noyait alors qu’il me faisait offense.
Pendant des années, je ne compris pas pourquoi, elle m’avait ainsi humiliée. Pourquoi, elle m’avait ébouillantée, violentée.Ce fut mon premier amant qui me le fit découvrir malgré lui. Toute sa tendresse était maladroite et ne servait à rien. Me faire l’amour, c’était se battre contre moi, me lancer un défis, se soumettre à un corps à corps. Il mit de longs mois à me calmer. En se donnant, en offrant sa chair tendre, molle comme celle d’un bébé, il me fit découvrir peu à peu, jusque dans les moindres gestes, ce que c’est que la volupté. Il pleura lorsque je le trouvai beau.
J’avais pendant des années omis, effacé, gommé un événement encore plus incompréhensible que les mauvais traitements: un viol par l’un de des amants de cette femme qui me servait de mère. Mon ignorance des sentiments, ma naïveté envers certains comportements de certains adultes, elle s’en était bien servie pour me massacrer.Comme elle, elle m’avait rendue ivre de méchancetés. Lâche, docile, la vie ne pouvait que se traîner et s’accoupler à toutes les saloperies. La parole était l’insulte, la promesse ce crachat gluant sur le sol.
Je respectait rien et la personne que je trouvais la plus méprisable et la plus inhumaine, c’était moi. Lui, si doux, s’égarait et devait se tromper. Je l’ai laissé tomber. Pas très gentiment. Un jour, je ne suis plus allé à l’un de nos rendez-vous. Je n’ai jamais plus répondu à aucune de ses lettres superbes de pureté, de respect et d’amour. Elles ne devaient pas être adressées à moi. Et puis surtout, il me voulait femme et moi, je me voulais garçon.
Je suis une particule infiniment petite et superflue. Je ne serai jamais un tout, un ensemble cohérent et logique. Un objet. Je flotte dans les rayons de lumière, je me défais de toute attache. Jamais je ne me love nulle part. Je me pose, je m’appose. Je ne m’impose pas.
Je suis un bout perdu, une miette, un morceau restant qui n’est jamais dû. Je suis la dissolution en marche. L’éternel détricotage de la matière. Je me décompose en permanence.Un grain de sable a plus de raison que moi. Il s’écoule aussi vite que les secondes, s’agglutine à ses semblables. Moi, je m’enfuis en tournant sur moi-même, à l’infini.
Je brille, je vole et vais partout, là où jamais personne ne décide. J’ai choisi de n’être vue pas personne, de ne pouvoir être contenue quelque part. J’ai choisi d’errer dans l’air.
Lorsque je ferme les yeux, je vois l’image d’une construction qui ressemblerait à une cathédrale. Les chants des mots lui donnent de la ferveur. Les phrases en sont la structure et se disposent pour en assurer la beauté et la solidité.
En posant la première syllabe, après avoir franchi le porche, on glisse dès les premières lettres vers les mots de la nef et puis, ensuite, vers ceux qui construisent l’abside. Les vitraux chantent en vers. Le chœur est une prose simple, pour l’entendre, il faut que quelqu’un en joue les quelques notes en tapotant de ses doigts. Le monde paisible repose sur les voûtes, il s’est choisi des colonnes aux bases solides qui se dressent comme de belles évidences. La rosace est un œil lumineux. Le tabernacle s’ouvre sur un tout petit secret dont l’émeraude luit distinctement encerclée d’or, adulée par le jour.
La charpente est une phrase en dentelle. Le clocher pointe le ciel du même doigt que l’enfant.
Les mots sont soudés les uns aux autres. Pas un seul ne pleure, tous se tendent. La cathédrale serait comme la prière que l’on fait au silence.
Il y a des mots qui n’existent pas. Ils flottent dans le vide sans que jamais personne ne les appelle. Pour eux, ils n’existent pas de catégorie, de règle qui leur donnerait un quelconque sens. On ne sait même pas s’ils attendent de se trouver une chose, un précepte, un commencement d’idée pour se fixer.
Ici, j’ai appris à reconnaître les mots. Il y a ceux qui conviennent et ceux qu’il convient de ne pas prononcer. Il y a ceux qui durent toute une phrase, toute une strophe, tout un poème, toute une vie ou ceux qu’on oublie si tôt qu’on les a prononcé. Il y a des mots pour les jours de pluie, des mots pour l’amour, des mots pour la nuit et même des mots pour le silence et la mort. Tout trouve une place.
Pour venir jusqu’aux gens, il faut que je mette des gants à mes mots. Certains, m’a-t-on appris, sont tranchants comme des lames de couteaux, d’autres sont bien trop doux ou trop beaux, ils sont presque transparents, on peut à peine les voir et presque pas les entendre.
Certains mots mentent tellement mieux que moi, que je les laisse parler pour moi. Ils me dépassent et je leur cède largement la place. Pour les penser et les dispenser, je ne me sers pas de ma voix, je les écris. Je les écris tellement fort qu’il leur arrive de faire trop de bruit. Certains sont des leurres et d’autres ne sont qu’à moi. Ils sont insolents et n’ont jamais mal au coeur. Ils font pleuvoir les insultes, parfois.
En dehors du monde, qu’on a pris soin de nommer, pour lequel une place est accordée à tout et à n’importe quoi, au delà du monde des noms, de leurs règles et des chemins qu’on suit pour les connaître, il existe un monde où les mots n’ont pas encore trouver de place, ni derrière une virgule, ni devant un point. Il est un monde où les mots ne suivent pas comme des agneaux le fil de la phrase. Ils vont sans grammaire, sans savoir, sans lois, sans dictionnaires, où bon leur semble. Il existe un monde où tout reste à écrire.
Entre le livre et moi, je prends soin de mettre le silence. L’unique parole est celle de la phrase qui se laisse couler au gré de mes regards, au bout de mes doigts. Ma nature est à ce point sensible qu’un cris la tue. Ma mère me gueulait dessus, quand elle n’avait pas encore assez bu. À chaque fois, ses cris me tuaient sans que je puisse leur accorder aucun sens. Quand elle en venait aux mains, déjà, je ne sentais plus rien. J’étais depuis longtemps mort. Elle me secouait en vain: « vas-tu parler à la fin! »
Une voix humaine qui romprait mon silence, ce serait comme un étranger qui se glisserait dans mon lit qui rêverait mes rêves à ma place. Une voix humaine qui se mettrait à lire ce que je lis, serait le comble de l’horreur. Un violent viol de ma liberté. Hier, il m’est arrivé de poser le doigt de mon curseur par mégarde sur l’une de ces voix humaines liseuses de mauvaise fortune. Marcher sur une mine ou être touché par une bombe à fragmentation m’aurait fait le même effet. Depuis, sur tous ces blogs littéraires, je lis deux ou trois fois avant de cliquer sur les mots-liens. Il y a des fois, où il y a de quoi se flinguer. Une voix humaine? Je préfère les sirènes.
Son cou est large et son torse est dure comme celui d’un gladiateur mais ses cheveux ressemblent à ceux d’une fée. Ils dansent autour de sa tête et vont toucher les pieds des étoiles. Ses mains sont comme celles des bouchers mais son ventre est celui d’une femme. Doux, souple et parfumé comme le lait lumineux de la lune endormie. Son cheval met les pieds dans la boue et lave ses flans noirs dans les torrents des montagnes. Il ne vit que pour les cieux blancs comme le fond de ses yeux et de son âme. Pourquoi faudrait-il perdre son temps à chercher le mal? Juger les hommes et les femmes par tribu ou par rang ?
Il flotte pour les envies et se laisse guider par la vie. Il ne décide d’aucun sort et n’attribue aucun tort. Il ouvre les jardins à tout ce qui veut bien prendre racine et est tout petit. Le soir, pour pouvoir traverser les brumes noires, il jette aux soleils, ses mains tendues et le sable des dunes et l’écume des vagues.
Il ne connait rien de vos maux et se fiche pas mal de vos nœuds. Il ne veut se fier, ni se mêler à vos turpitudes et vos ennuis. Ne désire pas les fruits de vos larmes, ne souhaite aucun de vos lendemains et ne sait que faire d’une arme. Il veut simplement aller librement. Marcher sur la pointe des pieds et vous suivre, vous regarder, vous apprendre. Il veut qu’on le regarde sans le prendre ou le forcer. Il veut entendre vos murmures et non vos cris ou vos moqueries.Il veut l’équivoque et non la pluie.
Vous plairait-il d’entendre le récit de ces aventures aux pays des géants et des monstres sans dents? Voulez-vous apprendre par le rire où l’ennui comment, en deux jours seulement, il fut banni du royaume des glauques et des taupes?
Alors qu’il chevauchait par vents et marées, au delà des vaux de son pays natal, il fut interpellé par un signal. Un vieillard tenait en sa main un fabuleux cristal qui brillait de milles évocations magiques. Il crut lire en chacune, les plus justes mélodies qu’on lui avait dit appartenir à la poésie. La poésie est son saint graal, sa potion magique qui nourrit son sang et son espoir. Le nectar qui abreuve les papillons comme les idées. Il fut charmer. On l’invita à se coucher sur un lit blanc, de fleurs aux pétales presque aussi transparents que l’eau claire. Deux pages prirent son cheval, deux autres le guidèrent par la main.
Lorsqu’il se mit à trembler, on le réconforta en lui servant du vin liquoreux. Il perdit de vue sa muse, celle qui lui souffle à l’oreille les plus tendres merveilles. Il se mit à rire et à croire qu’enfin, il lui pousserait des ailes de poètes ou de flemme. Il se mit à chanter. À chanter de plus en plus fort. À parler comme les ogres, à vouloir vendre son âme pour une femme.
Mais je sens déjà que je vous ennuie. Vous pensez sans doute mon histoire banale. Et si je vous dit qu’il ne sortit aucune autre arme que son incroyable beauté, resterez-vous assis sur les vagues de mes mots, suivrez vous encore les flots aléatoires de mes paroles?
Très vite, il trouva le sommeil qui l’enveloppa d’une étoffe vermeil. Sa respiration soulevait la soie d’une mélodieuse brise. Son rêve se mit à danser comme une aurore boréale tout autour de son corps las.L’orgueil vint s’allonger aux côté de sa nudité et devint par la puissance de deux mots cachés sous l’apparence d’une délicate caresse, son amant. Ils s’enlacèrent comme des serpents et échangèrent leurs venins. Son sexe doux se transforma en félin. Son âme en averse, ses vœux en suspicions, ses yeux si bleus, en vautours. L’orgueil avait planté les dents dans sa chair tendre et blanche comme la mie. Il lui avait soutiré presque sans bruit tout ce qui jusqu’à présent avait nourri sa vie. Il s’habilla des mêmes manières, prononça les mêmes sentences, délaissa son cheval et ne fit plus aucune vendange de savoir. Tout le jour, ils se nouaient l’un à l’autre par de fausses promesses. Toutes les nuits, ils faisaient l’amour se gorgeant sans cesse et toujours d’envies vides et avides de faiblesses.
Mon histoire, devrait peut-être s’arrêter sous peu, sous peine de voir se transformer en haine toutes les merveilleuses qualités de mon héros. Je n’ai devant vous, encore prononcé, les douces syllabes qui baignent son prénom dans la clarté de l’été.
Le jour naît dans le creux de sa nuque, la nuit meurt dans sa pupille et s’évanouit longuement dans ses cheveux. L’ombre dessine le creux de ses reins, l’arrondi de ses fesses et le tranchant de chacun de ses gestes. Le bleu se fait tout petit dans l’immensité grise de son iris. Le blanc crémeux et chatoyant du velours des lys les plus purs s’abandonne jusqu’aux plis roses de ses lèvres, se cache ou se réfugie dans son sexe. Il est femme par ses désirs, homme dans chacune de ses folies. Sa nudité se compare à celle des fleurs sans épines dont la tige fine toujours progresse.
si on te dit
je pars en
Perse
sur le bord d’un fleuve
sans cil
tu transperces mon secret
discrètement
comme une fée tu te disperses
pour épicer si lestement
de ta poudre verte tellement
croquante
si tu persistes je jette tes tiges dans mes bouillons
s’il te plait installe toi à la surface de mes plats
fais-moi une salade
ballade
mon palais et ma langue
par ici comme Perceval
sur son cheval