Nuée

Motohika Odani
Motohika Odani

Ma vie est un nuage, elle condense les secondes comme des gouttes. Elle n’est que vapeur. Parfois elle neige, elle nage en formant des flocons, se glace dans des aller-retour inutiles, elle voyage sur une toile aux dimensions multiples. Ma vie n’a aucun sens.

Elle est une carte sur laquelle coulent des routes. Des rivières dorment dans leur lit, d’autres sont assez sauvages pour former la mer. Ma vie me berce d’un instant à l’autre, elle se plante.

Les moments de pause sont le cadre précis à l’intérieur duquel j’évolue en reposant à mes idées d’insipides questions, improbables méduses colorées dont les tentacules prennent fin à l’orée de ce qui s’appelle l’horizon.

Je ne comprends pas pourquoi certains le confondent avec le futur. L’horizon est cette vitre, c’est une bulle qu’aucun d’entre vous n’aperçoit.

Ma vie se charge d’effacer celle que je suis, celui que je ne pourrais être en créant des orages. Regardez comme ma robe pommelée se recouvre de larmes de pudeur. Je me mets à disparaître et à renaître sur les pétales. Je pose ma bouche sur la mer. Je marche la nuit dans les jardins qu’embaument les fleurs.

J’apprends tous les jours à me trouver de nouvelles limites. Finalement, mon but est de rester sans disparaître dans les averses, sans me fondre à cet immense désert, je reste muette dans les creux des prés avant que les troupeaux ne les broutent. Rien ne me fait plus peur que le bruit d’une mâchoire.

Divinité

Black Oriental Shorthair Cat

Le silence noir marche souplement jusqu’aux frontières de son territoire. Filament d’une constellation qui n’existerait pas, tache engloutissant la lumière, virgule entre deux bouts de phrases sans origines. C’est pourtant lui qui me domine.

Le silence est le félin qui ne s’apprivoise pas. Ce dieu ne pose aucun jugement sur les humains qu’il considère comme des choses et parfois comme la proie à éteindre quand il a faim. Il me gouverne jusqu’à ce que je rencontre ma propre fin dans ses larmes, sous ses griffes.

À quoi bon me battre pour un petit bout de rien, aligner quelques grains de sable jusqu’à ce qu’il se forme une phrase, Une vérité que je suis seule à considérer ?

Le silence plante ses soleils dans mes strophes comme s’il découvrait une autre surface désertique sans éprouver la moindre de mes craintes. Il ne se pose tout simplement pas les mêmes questions. Il est une réponse irrévocable. Le silence prend n’importe quelle direction, mes considérations sont relatives et s’envolent avec lui.

Poison

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Je suis un poisson et le jour et la nuit forment mon océan

je respire

la lumière à l’état liquide

me porte me strie et implique

mes changements de positions et tous mes refrains

·

Je suis une dent de requin dont l’errance est sans fin

je suis une danse de filaments, d’algues fines

je reste là où l’on me caresse

j’écoute les tourbillons de rire

les voix qui ne grincent pas          les battements du cœur

et puis je retourne d’où je viens

sans faire de bruit

vous laissant l’ombre que vous avez vous-même construite

Je m’en vais vers

les forêts en feu, les partitions en folie, les manuscrits plein de vie

je suis une morsure qu’on n’oublie pas.

♠ ♥ ♣ ♦

 

Ta voix

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Je crois qu’il s’agit d’un nuage venu depuis derrière l’horizon. J’entends comme il déploie ses ailes semblables à celle de l’albatros hurleur. Mais c’est ta voix, onde profonde qui tombe solennellement sur moi comme les auréoles du soleil.

Agile, elle monte jusqu’à rayer les larmes et puis elle s’en va à pas de chat. Elle rebondit, danse et saute. Ta voix réchauffe l’air de ses origines masculines. On croit qu’elle sombre mais elle plane dans une même et seule caresse. Elle n’est ni rauque, ni fade, elle est grave et lucide.

Si j’osais regarder le ciel, je pourrais savoir qu’il ressemble à une perle ayant le même éclat presque dissipé de ta personne.

Tu n’oses pas porter ta voix parce qu’elle ne ressemble à aucune définition qu’on invente pour corrompre. Tu crois qu’elle se déforme, qu’elle te trahit laidement alors qu’elle pose tes phrases comme si elles n’avaient pas de poids alors qu’elles décrivent l’étrange chose invincible qui brille en toi.

Ta voix n’est pas une flétrissure, une porte qui claque, quelque chose qui se calque. Ta voix n’est pas celle d’un mort, ni celle de ce fantôme qui se répète à l’infini sans jamais entendre qu’à l’intérieur de lui il n’ y a qu’un simple puits.

Tu te punis, j’entends que parfois tu l’étires comme si elle n’était qu’un vulgaire élastique, que tu la promènes dans les rues glauques qui n’ont que les regards des avares et des charognes qu’ils dévorent.

Ta voix ne parle pas pour les autres, elle ne parle que pour toi des mélodies complexes que forme harmonieusement ton esprit depuis que tu es tout petit.

à B.

Matière de l’éther

Abigail Dace Ethéreal Material
Abigail Dace Ethéreal Material

On dirait que la pluie est un rongeur qui grignote les poutres du toit. Les gouttes ont parfois de petites dents pointues, des éclats de rire translucides.

La pluie construit dans mon esprit un nid de chemins. Au dessus de ma tête se déploie la voile d’un ciel gris, des voies navigables relient le rêve à la réalité, le sommeil à l’agitation habituelle de la vie.

Je me demande souvent ce qu’il reste du réel à force de le plier aux idées que l’on se fait de lui. Existe-t-il quelqu’un qui le ressente autrement que par les blessures qu’il creuse avec le temps ?

Estimée

Yoshimoto Yumiko
Yoshimoto Yumiko

Le temps s’est arrêté sur tes lèvres. Il a décidé de ne pas aller au delà de ta voix.

À elle seule, elle comprend le soleil et la mer Méditerranée quand elle est turquoise,

quand elle est d’un bleu presque noir.

Ailleurs, rien ne semble plus avoir d’existence

c’est comme si les souvenirs devenaient saouls,

les jours mous, les nuits floues.

Comme le monde est désormais désuet et ridé d’inutilités.

Tu modules l’air libre pour que l’avenir soit : félin infiniment féminin

déposant partout ses traces de silence.

Avatar de Xavier BordesXavier Bordes

16. RÉTABLISSEMENT

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Quoique la Nuit se balance avec des grâces de tulipe noire et de cobra charmé, tu ne t’y fies pas. Pour faire taire son silence, tu tapisses l’obscurité de mots, r’allumant parfois la lampe de chevet, en sel de l’Hymalaya, pour prendre quelques notes. Alors ton ombre se penche sur ton épaule et, l’oeil critique, relit.

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Le réveil lumineux affiche 03.12 en chiffre numériques rouge-vif. Pourtant, l’on entend toujours quelque part l’aller-retour du balancier doré de la franc-comtoise, en sentinelle dans l’ombre de l’entrée, chez tes parents disparus. Il ne reste rien d’ailleurs de leur espace, de leurs objets familiers, de leurs meubles.

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Parfois, il m’arrive aussi de sentir près de mes pieds bondir sur le lit un chat noir au nom d’écrivain. Passé hallucinogène. A force de rage et de désespoir, je vais rebâtir de toutes pièces un formidable printemps, illuminé de vergers en…

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Archet

Multicellular Organic Neural Network Lives in Nitrogen-Oxygen Atmosphere 270 K - 300 K

À l’intérieur de moi, il y aurait un puits aux profondeurs abyssales

mon sexe fleur de soie

fleurirait aux lueurs que la lune déploie sur son tendre visage

Mais quelles seraient les paroles de mon âme ?

L’air trouble qui froisse mon cœur et ma peau,

Brûle mon ventre et renie mes silences ?

À l’intérieur de moi, il y a un ruisseau qui serpente

les reflets de sa peau

chantent et dansent en traçant des cerceaux