Flûte de Pan

flute_de_paon

Le flux lumineux provenant

des choses que le soleil éclaire

se décompose

en passant aux travers

du prisme de mon âme

si bien que je sais vivre

dans un aquarium aux frontières invisibles

ce n’est que pris dans l’un de vos filets

que je m’épuise

ce n’est que sous le poids de vos paroles

que je suffoque

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Attracteur de Lorenz
Théorie du chaos
source image

Victoire

Ghosts among us by IrenaS on Flickr.

÷

La spirale brumeuse de tes idées

serpente et s’échappe

peu à peu

comme les nuages en écharpe

qui tournent dans les cieux

et emballent les sommets

enneigés des montagnes

en mourant elle

révèle les rêves perdus

et oubliés d’un autre bout du monde

elle tremble comme une dernière flamme

en lambeaux

petite tempête de sable elle s’érode en rampant

que sont devenus les galops de tes plus fougueux coursiers

les tapotements des doigts

à la surface d’un lac de pierres

vertes

te rappellent péniblement que la course

n’ a pas de vraie victoire.

L’oubli

Présents Absents, John Batho

Λ

Un violon recense la lumière qui danse

autour de ma solitude comme autour d’une souffrance ordinaire

sans un grincement cette sourde rivière se soulève et erre

cherchant de l’ombre pour un instant

elle serpente et croit

se reconnaître dans le velours et les volutes de cette fleur noire

au milieu de nulle part

pour un instant il me semble qu’à pas d’épines

ma solitude s’ouvre aux souffles verts

venus de la mer

qu’elle sombre et se dissipe

comme si enfin je pouvais oublier qui je suis

Rayonnement

by Volker Birke

Hier, la mer et la nuée se sont mangées l’une l’autre,

en douceur, sans provoquer de raz- de -marée.

On ne sait plus si cette péninsule est le bras

d’une rivière ou le coude chaud d’un courant de sable.

On ne sait plus si c’est lui qui porte ou si c’est elle qui apporte

les rubans de terre, les cuillerées de vent.

Ces tourments sont-ils ceux de l’âme ou ceux

de ton cœur impatient?

Bris

Cornelia Parker Cold Dark Matter: An Exploded View 1991

Chaque matin je recompose ma symphonie de débris

matières en suspension dans les dentelles

que tisse ma cervelle

le temps oublie de respirer

les heures sont prisonnières

tout est en attente

d’une clef, geste furtif qui crée

éclats de phrases, brisures de mots

chaque coucher de lune fait que j’explose

Palampore

Mille petites mains se sont mises à broder

des fleurs, des feuilles et des tiges comme des cheveux

sur le ciel ocre d’un très fin coton

mille points scintillants se sont mis à palpiter

comme les notes de musique dans les champs du printemps

la soie appelait la lumière à se poser

sur les pétales  les pistils et les pollens

frêles se dispersaient dans la brise

pour fertiliser l’infini odorant de ton lit

on aurait pu tenir dans la main

toutes les couleurs et leurs parfums

Elles battaient des ailes comme les biches leurs cils.

Ce jardin regardait à peine plus loin que le geste souple et ample de ta main

Tout y semblait si fin qu’on se demandait comment il tenait

si bien tête à la laideur

de ceux qui se moquent des fleurs

et des enfants et des insectes qu’elles émerveillent.

Préface

Ah Xian (b.1960)

C’est fait de quoi le visage d’un homme

de quoi le regard d’un homme

qui a fermé les paupières

qui serre les lèvres

se retrouve-t-il derrière cette momification

de sa face

 cette dernière prière

il se recouvre

de mots et de phrases

de rides et de promenades

anciennes et nouvelles promesses se tiennent

la main au milieu de l’évanouissement progressif des cils

C’est fait de quoi le visage d’un homme

qui n’a plus de larme

qui se tait sans trouver le silence

on dirait qu’il dort qu’il est fait de bois mort

c’est fait de quoi le visage d’un homme alors qu’aux abords de l’ultime conscience

il constate faiblement qu’il n’est plus qu’une dernière épluchure

qu’on a mangé tous les fruits

que le temps s’est décousu et a fui

c’est fait de quoi la vie d’un homme dont le visage soudain

se ferme et s’éteint.