
il donne au silence
une silhouette
le chat

il donne au silence
une silhouette
le chat

Dans l’infiniment bleu
se baigne la carpe koi
couleur d’écume
À peine visible l’éclat brillant de sa pupille
point blanc d’une étoile dans la nuit
se reflète un univers de fougères presque transparent
quelque chose d’infiniment doux et de dur et de cruel
le point où son âme se ressource peut-être
une projection de son ombre intérieure vers le restant du monde
laissé tel qu’il se regarde sans signe sans signification

Je me demandais livre en main si j’aimerais être comme tous ces précieux galets
polis
mille fois mis en place
mille fois déracinés
jaugés sautillants d’une main avide à une autre
brillants quand je les regarde
pour finalement rejoindre avec une joie de plus en plus affirmée le lit de la rivière qui ne fait que passer au dessus de leur tête
ils dorment et rêvent
je suis presque toujours troublé et les questions sans réponse se succèdent

je ne crois pas
je croasse
je suis un oiseau de malheur
dit-on
mais heureusement je le crois pas
quand je me croise
dans un autre je vois
plumes de jais et encres violettes
qui de leurs plus belles voies
m’inscrivent dans un nid
de neiges et d’aiguilles
grappillées aux pins les plus foncés

Mon coeur cette luciole
se balance dans une obscurité
bleue
son agitation provoque une effervescence d’encre
bleue
qu’on pourrait peut-être résumer à deux mots
être/absence
l’insecte danse pour produire une inflorescence
bleue
mais qui se soucie des fleurs qui ne s’ouvrent qu’à
la nuit obscure et nue
et ne répandent leur parfum que pour donner
aux apparences
un contour
bleu
pas très précis

l’écriture pour apaiser la brûlure d’une blessure
pour assagir l’agitation sans parvenir
à vouloir l’intégrer dans un protocole
un morceau de bois calciné pour dessiner
tous les visages des paysages que je traverse
alors que les ronces les rongent
que les sentiers se dispersent

le fouet indompté d’une signature anonyme
la queue de serpent d’un signe
la calligraphie d’une langue que personne ne parle
que personne n’écoute vraiment
l’ instrument dans vos bouches
souvent me condamne à n’être qu’un géant
bouquet
on ne lui donne que des coups de flammes
on s’amuse un temps de sa démesure
toute organisation de semonces fait de moi un fantôme errant
comme aux icebergs à la dérive on néglige de reconnaître
la partie immergée immense et glacée
où je me suis lové
source images: hardcorepunkbf

J’aimerais que mes phrases ne parlent pas
la même langue que moi
qui boite et trébuche à chaque pas
j’aimerais qu’elles soient
autrement que de simples lettres alignées
ces mots dont on a épinglé les ailes
par peur qu’ils dénoncent l’aspect
véritable de nos maigres rêves
j’aimerais que mes phrases ne soient pas les objets
d’une nature morte
qu’un éclat de bougie encore fasse trembler leurs corps
j’aimerais accompagner le silence quand il entre
dans la forêt d’eucalyptus et leur demande d’exalter
l’obscurité
ainsi peut-être serais-je
protégé
des maux
Source image: abcd art brut

Les mots comme les petits cailloux blancs
que tu jettes dans l’eau
quand ils se déposent sur le fond tremblant
te rendent ta part de silence
transpercer la transparence donner à l’apparence
la valeur froide qu’elle mérite
muer de malveillances en malchances
muet

Dans l’encadrement de la fenêtre
le rosier dessine les diagonales
et le vent les efface
surgit dans mon champ de vision
le papillon jaune et bleu qui hier
butinait sans relâche mon espoir
mais non ce qui s’envole sans soucis
est une mésange et sa parole
comme une chanson qu’on plante
dans le ciel pour ne plus avoir
rien à oublier