Lézard

Il est sorti de l’ombre 

le petit 

cœur dans la gorge 

est sur le point 

de regagner un espace secret 

Son cœur comme un caillou 

jeté au centre de soi

redevenu un remous  

bat dans la gorge 

On le voit 

Sous la peau abreuvée d’ombre soulagée 

par un peu de chaleur solaire 

Une pulsation demeure 

Écho halo 

Signature 

Cheval balzan


Il a posé son mouchoir sur mon visage

ce linceul blanc et frais

dilue la douleur

et cache mon visage

ils m’ont forcée à me redresser et à marcher longtemps sans rien voir

seul Le Cinquième  est resté à mes côtés

son haleine chaude son oeil        doux marron 

l’écume sur sa robe portée par les vagues

quand je me suis effondrée 

l’âme soeur était là 

limpide allongeant l’encolure

il est soudain devenu difficile de ne pas sombrer

dans un sommeil

lourd visqueux  brûlant

comme si une partie de moi était restée là-bas

sur la route bitumée et noire

je m’écoule comme lave

il a posé son mouchoir 

une ou deux questions concernant mon nom et mon âge

mais les mots des réponses

sont devenus peu à peu inaccessibles

se sont perdus n’ont pu être entendus

il a allumé la radio afin que je ne succombe dans le silence

a démarré la voiture 

Le Cinquième a-t-il été conduit au pré ?

Du haut de la tête en passant par les narines,

le sang coule

En tête en étoile prolongée par fine liste,

liste mélangée

un goût de fer rouillé inonde la bouche

je me suis endormie sur le brancard dans le couloir

ivre et subissant l’assaut répété du tambour que j’avais alors à la place du coeur

un cheval au galop dans la tête 

Ses sabots dans la gorge 

et les étincelles de ses fers sous les paupières

Le Cinquième est revenu en rêve se heurter aux clôtures
de la chambre noire et muette
cheval balzan 

Comme la lune

©cc

En allant chercher le bois

une ombre noire 

était

derrière moi

elle a coulissé vers un buisson

lorsqu’elle a entendu le bruit de pas qui n’étaient pas les miens

En ramassant quelques pommes de pin

j’ai à nouveau croisé le regard

de l’ombre noire veloutée

un regard jaune aux reflets verts fendu par la forme ovale d’une pupille qui brille 

comme la lune

elle me suivait à pas soyeux et souples 

sans jamais me perdre

de vue

comment ne pas se sentir pousser des ailes dans le dos

lorsqu’on reçoit en cadeau la confiance

totale et belle

de l’animal dont on dit qu’il ne se laisse point apprivoiser

Apparaissance

Sa petite fourrure noire sent la cendre et le sous-bois, contient en elle un incendie éteint. La pierre volcanique légère aux reflets d’argent pousse un roucoulement rose, un miaulement de petite fleur et puis se présente à cette nouvelle journée en trois bonds, de l’extérieur à l’intérieur de la maison.

Chaque seconde est un recommencement pour un être tel que lui. La nuit est sa pupille. La lumière la mange et la transforme en filament vert sombre au centre d’une nébuleuse orange.

L’animal a faim et il faut le nourrir afin qu’il cesse de vous poursuivre. Des frôlements ou des feulements, il faut mieux choisir les premiers et récompenser les effleurements ronronnants.

Il mange pendant que tombe goutte à goutte dans la carafe transparente, chaude et odorante, la matière noire sous sa forme liquide et tonifiante.  Le breuvage est prêt mais sa saveur la plus étrange a déjà rejoint le jardin en silence.

Le Flambé

Iphiclides podalirius-©cc

Le soleil sur un plateau de nuages

navigue au-delà de la

ligne imaginaire qui finit l’horizon

il frôle les cimes tel un fantôme

la foule des feuilles flamboie

poudre pourpre au coeur des fleurs

qui se soucie de celui qui est seul?

le soleil en mer noie sa propre lumière

l’iris rêve ses sépales comme des ailes

depuis les temps de la fin du Crétacé

Cet insecte craint moins que toi

crétin de se brûler les ailes

Irrémédiable différence

tu erres
tu es presque tu
partout
tu as un insecte en toi
tu le vois comme ce coeur étrange à clapets 

qui s’ouvrent ou se ferment

tu le sens comme un grouillement qui te dépasse

et te déboussole
tu es seul

solide

tu transmues chaque parole en buée

chaque départ en larme

le silence suinte sans suite

en ton univers

Il n’y a pas de Moi

majuscule