mauve

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Lorsque tu te poses sur ma main

écartant les lettres mauves

comme le font les mots

lorsque du fond de ma gorge

tu prends la parole

la nuit soudain possède mes effleurements

elle traîne

sa lenteur est lueur

sertie de taches de rousseur

la lune et son sourire

me ferment les paupières

ailes de papier

je ne suis plus

que brindille

portée par cet incendie d’écume

qui ceint l’horizon

Torses

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o1_1280Lorsque je ferme les yeux pour chercher le sommeil, s’installe en moi peu à peu ce que j’appellerais un jardin. La végétation comme une histoire qui s’écrit, s’efface et puis recommence, gagne tout mon espace intérieur. Branches et traits d’encre se mélangent jusqu’à devenir une vaste chevelure emmêlée et incompréhensible.

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o3_1280Pourtant rien de tout cela ne semble m’effrayer, je pourrais presque croire que je rêve et que je finirai par en tirer quelques phrases pour la raconter. Des mots pris par le rythme d’images qui se déploient en corolles, en buissons frissonnants, en forêts foudroyées par des lueurs lunaires blanches et argentées.

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o5_1280-2Je poursuis mille ondulations, mille voies serpentantes avec l’extrême sensation de chercher le hameçon à mordre, à avaler pour être sorti d’un seul geste puissant de ce foisonnement infini. Avoir enfin la vue surplombant le jardin. Avoir enfin la certitude de pouvoir traduire autrement qu’en images fades la vie intérieure luxuriante, riche, évanescente que je vis. Trouver les moyens de faire taire les messages qui contredisent qu’elle seule a valeur de réalité.

tumblr_nu3ulc7mS51ubcbi3o5_1280Je ne suis pas qu’un rêveur. Impassible, muet de ce qui lui arrive, ne trouvant que les phrases qui échouent au lieu de celles qui toujours restent vagues au large, émettant les multiples signaux scintillants de ce qui a pour mon regard véritablement un sens. Je ne suis pas que celui qui contemple la vie comme si elle était le jeu auquel il ne peut participer parce qu’il n’en connaît pas les règles ou parce qu’il n’a pas les bonnes cartes ou que le hasard n’a pas désigné comme vainqueur, comme dupé, comme tricheur.

Lorsque j’ouvre les yeux, je sais que peu à peu ce jardin se recouvre d’une étoffe noire et visqueuse. Le quotidien fait tache. La nuit qui cache les branches, les feuilles, les bourgeons, les tentatives d’exploration gagne chaque clairière, chaque sente qui me menait à un mot. Ma vie intérieure porte un vêtement fait de pétales et de feuilles défaites, d’ombres, doux comme les mousses qui courent sur les faces des troncs qui ne voient presque pas le soleil.

 

 

Photographies: Dark abstract composition of two torsos covered with branches, 

Brussels, September 2015

Bertrand Vanden Elsacker

BVDE

http://elsacker.tumblr.com/

Auréoles

Mandelbrot Resequenced Tomograph by pifactorial ©2012-2015 pifactorial

Très haut au dessus de la terre

le ciel se transforme en mer

Lueurs et nuages se font vagues

Les sommets rocheux accrochent l’écume

Mon cœur s’installe au fond de mon âme

comme un galet

j’entends l’écho de ses pleurs

qui se noient.

 

Digital Art / Fractal Art / Fractal Animations

Le temps est blanc

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2007/2008, mixed technique on paper applied on canvas, 230 x 150 cm Nicola Samori

Le temps est blanc est ce un nuage

Plus grand que nos regards

Les lignes se poursuivent
Sont elles les rides qui se profilent
Sur tes visages

Acides tes paroles tranchent comme si elles avaient raison

De ma folie

S’envolent quelques frêles papillons

De nuit

Aux ailes franches

Qui portent ton nom comme un gant

firmament

Julien Salaud (b.1977, France) - Grotte Stellaire (2012-14)images source: Palais de Tokyo, Suzanne Tarasieve © All images courtesy of the artist
Julien Salaud (b.1977, France) – Grotte Stellaire (2012-14)images source: Palais de Tokyo, Suzanne Tarasieve
© All images courtesy of the artist

La nuit est une fleur étrange.

Ses pétales constellent.

Son parfum ruisselle là où

la lune lentement luit.

Brindille je suis et

le ciel explore la souplesse de mon corps

la flexibilité de mes idées

 la fluidité des chemins qu’empruntent inlassablement tous les états de mon âme.

À mi-chemin,

l’aube furtive attend l’instant où il est bon d’éclore.

Les fougères tamisent et décorent les lueurs de leurs respirations naissantes

et de leurs volutes où le vert-feu dort encore.

Julien Salaud info

Pour qu’elles meurent

.

J’aimerais que tu sois

Comme le chaton dans sa bogue de sommeil

Un bouclier d’épines

 

Pour protéger le rêve et sa peur bien réelle d’être mordu par un hiver cupide

 

Des coussinets d’ébène

Des griffes rétractiles

Un regard de jade doux

La soie

 

Pour répondre à la nuit et à ses faims glaciales

 

Ton silence qui vrombit du plus tendre fond de ta gorge

Le nuage doré que supporte ton corps presque comme une auréole

Le pétale rose de ta langue maternelle et le lait bleuté d’une parole qui aime l’air vif

 

Pour répondre aux laves mortes

 

Pour trucider l’amertume

 

Pour se débarrasser de tous ces tombeaux qui voudraient t’enterrer avant que tu sois morte

 

Pour étouffer ton remords d’avoir cédé un pan de ta liberté

A l’espoir naïf d’être aimée

Par ceux qui ne connaissent les fleurs que par leur désir aveugle de seulement les cueillir

Pour qu’elles meurent.

Horizon

Sunset Eugène Delacroix – circa 1850

La pluie exproprie des pays entiers de leurs larmes pour construire les montagnes qui bordent l’horizon de bleu foncé. Mais toujours des vagues renaissent les courbes tendres de ton corps. Des pétales blancs organisent une danse au cœur même d’une plante qui bannit l’hiver de son rêve.

Printemps et été se succèdent dans le jardin qui se lève au son de ta voix. Le soleil alors concède des lumières violette, des ombres rousses aux îles blanches qui baisent le front doux du vent. Colliers de feuillages, chants de sittelles, silences de l’air protègent les naissances de perles charnues entre les plumes vertes de quelques plantes folles.

Presque blanc, presque noir

Lars Lerin

Je rêve d’un paysage qui au delà de la ligne plus foncée de l’horizon ne se reproduirait pas ridiculement identique à lui-même. Je rêve du bleu qui ne rutile pas comme les armures d’acier que fabriquent à la chaîne toutes les sociétés. Je rêve du bleu qui bien loin d’être froid, mange à grande bouchées le soleil qui se laisse un peu aller à la fin de l’été. Je rêve d’un pays né pour être contemplé, d’un pays qu’on ne peut piller.

Je rêve à la couleur de ta peau laiteuse, abreuvée par les mêmes effluves que les pétales de roses. L’onctuosité crémeuse de la chair qui se pose au milieu de l’existence et pour laquelle dans le noir, le vert, le rouge échangent sans commettre de guerres les étoffes fabuleuses de leurs manteau. Je rêve de ton front qui transpose les solitudes les plus tenaces, les moins inutiles en prose que ma langue vorace et mon oreille amoureuse entendent se battre, s’écouler, se résoudre dans ce souffle qui caresse les vagues.

Je rêve d’un tableau où je n’aurais plus à me proposer comme une tache que malgré tant d’efforts rien n’efface, je rêve d’être dans l’ombre sinueuse d’un mouvement de l’âme, je rêve d’être happée par le vol illuminé d’une méduse dont la limpidité est née là où rien ne naît. Une nuit qui ne connaît que sa propre profondeur sans limites précises. Je rêve d’être le pistil sans poison, le fil presque liquide d’une vie sans horizons. Je rêve d’un tableau où le fond serait semblable à celui de la mer. Vu du bord, il ne porte que l’infini. Vu de lui-même, il constelle comme un rêve qui ne peut aboutir.

Je rêve d’un voyage étroit comme une seconde qui galope affolé autour d’un petit grain de sable. Je rêve du bruit de l’incommodité, de l’essoufflement du gouffre, de l’impossibilité qu’ont les mots et leurs semblables, signes, ponctuations à s’arrimer à ces histoires, ce gaspillage, la salive ou la bave d’un homme qui se croit plus malin. Je rêve de jours qui n’avancent à rien, sont dépourvus du moindre espoir et n’ont que de la grâce. Je rêve d’un milieu qui ne manigance rien avec l’absolu. Je rêve du bleu presque blanc, presque noir. Je rêve qu’en fermant les yeux je me retrouve dans un face à face silencieux où je n’ai plus rien à craindre si  je viens à perdre le sens de la réalité.