Manière d’être

Dans le pin l’oiseau

se dépeint et puis parle

des aiguilles et des fruits

qui tissent lentement l’ombre

des frontières floues de la lumière

dans le ciel son envol cherche

le souffle de feu qui lui permet

l’absence 

de battements d’ailes 

l’haleine qui descend de la montagne

et va jusqu’au murmure vague de celle

qui brouille les pistes et célèbre infiniment

les mystères de l’univers

Bombus terrestris

British Museum (Natural History); Smith, Frederick, Public domain, via Wikimedia Commons

Petit pan

De terre et son peuple d’herbes sauvages
parmi lesquelles il faut s’habituer à percevoir

chaque individualité

oublier d’être capable de renoncer à apprivoiser
l’innommable
ne plus multiplier les négations pour simplement
dire oui

petit pan tremble et vibre 

Se déleste de la gravité

apparait disparait  

et puis

prend appuis sur le vide palpable de la lumière
celle qui se cache sous le nom de poussières 

les ailes hèlent les fleurs 

ces halos d’aube ces astres

accessibles de l’infini 

Fauvette pitchou

Francesco Veronesi from Italy, CC BY-SA 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0, via Wikimedia Commons

Elle fond de l’arbre

la fauvette

comme une larme de lumière

son oeil cerclé de rouge reflète le monde

son bec détient ce qui ressemble à une graine

mais c’est en fait d’un insecte qu’elle se délecte 

depuis la branche sans feuille d’un buisson qui pour l’hiver dort encore

elle va papillonnant 

la fauvette

du vert au parfum rose

que répand

le géranium rosat quand elle l’effleure

Par la fenêtre,

Après avoir fait abstraction du jardin et de son flamboiement de verts, on voit la mer. Jusqu’au Cap Corse et au delà, se déroule l’infinité bleue. Parfois, le vol léger et blanc d’un goéland soulève une vague, fait choir un nuage sur les sommets montagneux si facilement assimilables à la mâchoire fossilisée d’un grand crocodilien figé en cet instant unique et rare où il quitte sa position cachée, à l’affut pour bondir gueule ouverte vers une proie si vite évaporée. 

La grande variété de bleus ne permet plus à l’esprit d’établir clairement les frontières entre mer et ciel. Les collines, les montagnes évoluent vers le large comme de vastes et invraisemblables vaisseaux fantômes. Quelques méduses lointaines ne tiennent qu’à un fil de pluie.

Ces bleus-là ne semblent pas être les fils de la lumière, du vent. Ils ne sont pas de ceux qui se laissent filtrer par les fleurs toutes fraîches des mimosas. Ni de ceux qu’enlacent les pins, les eucalyptus. Aucun de ces bleus ne dort sur les faces rocailleuses exposées au soleil. 

Toute cette masse est bien trop mélancolique. Une mélancolie qui ne se vit pas comme un reproche de plus à la nature, un revers de médaille. Rien ne semble pouvoir apprivoiser cet animal à la robe pommelée presque grise. On ne peut que le laisser aller largement sans plus émettre le moindre jugement. Il n’est plus possible durant de longues minutes de concevoir la mélancolie, la tristesse profonde et inhérente à la condition humaine comme une émotion amère, âpre et qu’il faudrait chasser au plus vite loin de soi.   

Évidence

©cc

Ils sont partout
ils veulent apprécier la réalité des choses.
Les plages, le soleil, les torrents des montagnes, le voile de la mariée, la mer, son eau transparente, les supermarchés, les sentiers balisés jusqu’au coeur de la montagne, les rues, les places, les églises, les villages perdus ou abandonnés, le ciel quand il n’y a pas de vent, quand il est sans nuages, exsangue et orange, bleu vide.

Heureusement, ils délaissent ce lieu délicieux où se réunissent quelques platanes pour parler entre eux. Les feuilles à double visage, l’un verdoyant, l’autre argenté applaudissent la poussière qui danse dans le vent. Il n’y a rien. Rien d’autre que quelques taches d’ombres et de lumières près de la gare. Elles connaissent l’heure de l’unique train.

Quand la nuit s’avance et entre dans les jardins, quelques fleurs évoquent entre elles le pays qu’elles connaissent si bien, traduisent en saveurs sucrées, citronnées ou iodées ce que la terre subit tout au long des heures chaudes de l’été. Le datura, la rose, la verveine citronnelle, les immortelles en essaims surgis du maquis, le jasmin de nuit.

Cela

Le discours final du Dictateur



Un écrivain à succès écrit que les non-vaccinés sont des boulets

Le sphinx en toi s’est assoupi pourtant on voit sous les babines qu’un rêve soulève

une rangée de dents et tes crocs de couleur ivoire 

Une fleur de chèvrefeuille pousse un soupir embaumé

Un frelon titube autour d’une flaque de lumière


Un jeune lézard se glisse sous une feuille


L’olivier perd quelques plumes

À l’Assemblé, on vote de nouvelles lois toujours plus contraignantes pour le plus pauvre ou le plus démuni

Et moi, je me demande comment en sommes-nous arrivés à cela?