Comme la lune

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En allant chercher le bois

une ombre noire 

était

derrière moi

elle a coulissé vers un buisson

lorsqu’elle a entendu le bruit de pas qui n’étaient pas les miens

En ramassant quelques pommes de pin

j’ai à nouveau croisé le regard

de l’ombre noire veloutée

un regard jaune aux reflets verts fendu par la forme ovale d’une pupille qui brille 

comme la lune

elle me suivait à pas soyeux et souples 

sans jamais me perdre

de vue

comment ne pas se sentir pousser des ailes dans le dos

lorsqu’on reçoit en cadeau la confiance

totale et belle

de l’animal dont on dit qu’il ne se laisse point apprivoiser

Point

NASA/JPL-Caltech, Public domain, via Wikimedia Commons- TRAPPIST-1 e-2MASS J23062928-0502285 e

La feuille blanche sur la table du jardin
à peine plus petit qu’un point
un insecte se déplace en ligne droite

je le regarde disparaître parmi les nervures du bois
comme on observe une planète transiter devant son étoile
et puis disparaître dans la nuit de l’espace

soudain, je mesure à quel point l’insecte sur la table
est mon semblable.


*

point

Aujourd’hui encore le vent

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Aujourd’hui encore le vent 

S’impose à l’orchestre

Arbres hauts bois

Harpes 

Fleurs futaies 

Tellement d’instruments à vent

Pour recueillir la petite voix piaffante

De la source 

Masquée sous un manteau 

Sombre violant de feuilles folles 

Quelques gouttes un piano

S’évapore avant l’orage 

Un criquet se tait inquiet 

Attend l’instant où brusquement  

Tous suspendent leur souffle pour 

Tenter sa caresse langoureuse 

Archer corde sensible et 

Au loin un village 

Qui appelle ses fidèles 

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Aujourd’hui encore regarder le monde

Le vent en dentelle se délite en atteignant les rives

Aucune blessure à effacer juste une colère sourde qui s’écoute 

Errance stagnation une partie de l’île 

Plonge 

Le cap: être un cétacée 

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Aujourd’hui encore 

C’est le vent qui occupe l’entièreté de l’espace 

Dénoue les chevelures nuageuses

Le troupeau des vagues galope

le mors aux dents

Se disloque dans les feuillages d’argent de l’olivier 

Sa voix son corps comme celui d’un serpent 

Imposent un silence 

De froissements d’étoffes et de flammes qu’on étrangle 

L’air que l’on respire aspire à l’embrasement 

Et

Tous les jours un peu plus 

Les hampes florales des agapanthes 

Ploient et se penchent vers un néant 

Où l’on avorte les fleurs 

Dans l’espoir de survivre 

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Aujourd’hui 

Encore la mer meurtrie 

Écume 

Les rochers à la robe baie 

Se cabrent

Ruent 

Les crinières noires calligraphient

Vaguement les syllabes 

Tempétueuses de mots qui ne veulent 

Plus rien 

Dire


Éclaircissement

J’ai fermé les yeux et sur mes paupières

s’est posé le ciel 

l’étoffe de soie bleue a gagné mon corps

enveloppait mon âme sa palpitation de poisson 

sorti de l’eau et tombé sur le pont

la trame invisible à l’oeil nu et dont les fibres

sont des ondes qui ne sont déjà plus de la lumière

transgressait tous les ordres de grandeur

aux intersections une étoile une explosion

un pulsar des amas de gaz de la poussière

un corps parti en fumé

j’entendais les frondaisons se froisser et se laisser tisser

par les sifflements par milliers d’oiseaux à peine plus grands

qu’un aileron le gloussement de l’eau dans les bras d’une source

en ouvrant les yeux l’empreinte aux rayons X de mon corps

s’estompait peu à peu 

j’ai reconnu chacune de mes fractures et juste en dessous
du talon 

la lune comme un flocon

À chaque instant

À chaque instant il m’accompagne

plus doux plus souple que mon ombre

parfois il me regarde juste pour voir

si je le sais près de moi

je sors il me suit

je marche en allongeant le pas

il multiplie les siens il sautille

il est comme le trait noir du pinceau

sur l’échine d’un taureau

Il pourrait être ailleurs 

en tous ces endroits inaccessibles

j’ai beau lui dire qu’il est libre 

sa réponse est toujours la même

je te suis

je veux être là où je suis et pas ailleurs

ici maintenant et jamais demain


© image: Desert Hiker Gal Falling Man Petroglyph Gold Butte National Monument

Turdus merula

source image

En tenue nuptiale sur la plus haute branche

du lentisque

l’oeil cerclé de jaune il regarde

il regarde la terre

il regarde le ciel

le jardin diffusant ondes lumineuses et parfumées

il regarde le frémissement des feuillages

vole fait quelques pas montre l’éventail noir luisant de ses plumes

s’évapore 

et quand il chante plus tard tu sais que le jour est mourant

Demain

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Les herbacées en essaims 

orange violets rouges et bleutés

face à la colline qui retient son souffle

la nuée en mer les nuages au ciel

un éclat de source bruit

les gouttes appellent le pas pressé de la tortue

le froufroutement de plumes dans l’arbre

s’échappent sur les murets les lézards et leurs ombres minuscules

du pommier il neige quelques pétales et une saveur de fruit

qui ne dérange pas l’abeille

le thym a la tête dans les étoiles ses fleurs frémissent 

et sont sur la même longueur d’onde que les lavandes stéchades 

et les mauves 

plus loin l’iris se voit 

attribuer sa propre lueur blanche

le coeur serré une fourmi entre dans la nèfle la plus éloignée de la cité

se balance sur le dos de ma main celui qui sera demain

peut-être le tigre de l’herbe