Aileron

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The Deep Photo by Maciej Zyglarski (B.D.D)

Au large, on voit les flots se superposer jusqu’à toucher les nuages.
Parfois, une ombre géante s’étire et puis disparait avec l’horizon.
On voit des vaisseaux fantômes qui sont semblables à ces montagnes rocheuses aux sommets enflammés par la neige.
Après avoir caressé les abysses, ton aileron revient à la surface effleurer l’écume, toucher le ciel.
Silencieux, inlassablement seul, tu voyages d’un océan vide à un autre à peu près identique. Rien ne le partage si ce n’est l’inclinaison sauvage des rayons d’un soleil acide. Tous ces pans bleus, verts, gris et noirs font partie de ton territoire.
Un trait énigmatique et imaginaire d’une étoile à une autre pourrait être ce que cherche ton regard. Tu avances, tu reviens sur d’anciennes pistes, tu retrouves de nouvelles traces olfactives. Tu as faim.
La distance entre l’aileron et la pointe de ta queue nous donne une idée approximative de l’envergure de ton appétit. Tu avalerais des rochers, des îles et des bancs entiers si tu n’étais qu’un vulgaire prédateur.
Tu mesures avec précision le moindre de tes gestes. Ta pureté est alliée à la force, à l’efficacité. Le temps, tu ne le gaspilles pas à la menace, à la haine. Tu le manges à pleines dents.

égratignure

égratignure
©Bertrand Els @hardcorepunkbf

J’ai cru que
sur mon bras
il s’agissait d’une petite égratignure
faite par mon chat en jouant
mais en y regardant de plus près
au travers d’un rêve
j’ai constaté que
cette minuscule blessure n’était rien d’autre que mon écriture
Souvent illisible
incompréhensible dans l’immédiat
mais qui en se guérissant acquérait un sens
une signification

L’écriture est une blessure qui se cicatrise, ce qui l’a produite tente tout simplement de s’enfuir sans être lâche ou oublié

Ronde

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The obverse of a silver coin from Corinth (300-250 BCE) depicting the mythical winged-horse Pegasus. (British Museum, London).

Silencieux lentement
le milan passe au dessus du jardin

j’ai retourné la terre je l’ai pétrie
avant que le soleil ne lui remette
des pans entiers de lumière
et que les vers cherchent
par tous les moyens à disparaître
avant d’être touchés par la sécheresse
avant d’être asphyxiés par les indiscrétions
et les menaces contenues comme une graine
dans un seul coup d’oeil
plus tard plus tard oublié de tous
un dard pointera le ciel
muni d’un éventail il rafraîchira
mon idée
enfin munie d’une épée ou d’un bouclier
vert

En silence

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Bertrand Els @hardcorepunkbf

Dehors
le vent la pluie
la nuit
ont fait disparaitre
la colline la mer
le ciel
se froissent et soupirent
s’extirpent
des ombres qui les aspirent
le ciel a peur
de ses fantômes
de leurs cris
de la disparition

ici mon cœur
redoute
de se faire entendre
marche
comme un chat
sourd se suspend
à la branche qui fait de lui
un bourgeon
en silence

Une chanson traditionnelle

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Robert Budzinski (1874-1955), ’Volkslied’ (Folk Song), “Kunstwart und Kulturwart”, 1919 Source (via issafly)

Le ciel est comme l’envol d’un seul oiseau
la terre un océan de brindilles
à l’horizon un galop de cheval
éparpille les poussières
le cri le crispe
la peur veut prendre le contrôle

une chanson traditionnelle
parle d’une forêt qui mange
et le temps et l’espace qu’elle
accorde à la vie
ta chevelure quand elle s’échappe
devient un nuage
ton œil quand il regarde s’effraye
tout cela habite le cœur
des collines calcinées.

Rien

 

Comme si tu n’étais plus /vivant tu assistes à tes propres enterrements/ Toujours par petits bouts de phrases/ Tu te sens seul à le savoir/ Un poème impose à tes visages/ les flux flous /des secondes Pas une seule qui réponde à tes questions/
Ton coeur dans sa conque s’ébroue/ On dirait qu’il refuse/ d’avaler par gorgées infimes/ l’éternité d’une vie évidée/ Ce que tu cherches/ n’est plus /depuis longtemps ton rire/ a gravé de ses Quatre lettres les souvenirs.


Source images: ici   Images issues de la série Apparitions, 2012- Roger Ballen © www.rogerballen.com

 

Brutalités

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ART BRUT / collection ABCD :: STOFFERS harald

J’aimerais que mes phrases ne parlent pas
la même langue que moi
qui boite et trébuche à chaque pas
j’aimerais qu’elles soient
autrement que de simples lettres alignées
ces mots dont on a épinglé les ailes
par peur qu’ils dénoncent l’aspect
véritable de nos maigres rêves
j’aimerais que mes phrases ne soient pas les objets
d’une nature morte
qu’un éclat de bougie encore fasse trembler leurs corps
j’aimerais accompagner le silence quand il entre
dans la forêt d’eucalyptus et leur demande d’exalter
l’obscurité

ainsi peut-être serais-je
protégé
des maux


Source image: abcd art brut

Un cheval

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A Roman bronze horse. Circa 1st-2nd Century A.D.

La lune est un cheval
porté au pas
elle allonge l’ encolure
et laisse ses lèvres effleurer
le ruisseau
l’eau se ride et forme des anneaux
autour des naseaux
la lune respire et broute
les touffes brûlantes de quelques
reflets d’étoiles
à chaque mot correspond l’écho d’une vague
le bruit que fait un sabot quand il égratigne le sable
empreinte de brume
trace que laisse après son passage
la poussière

Ultime blancheur

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Elle s’évertue à élever des phrases
sans en mesurer ni même vouloir
toute la lourdeur pathétique
comme si elle était
l’égale de la profondeur
l’ignorance raye la curiosité

Quels sont tous les autres noms de l’absolu
me questionne un poème
de Li Po