Aileron

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The Deep Photo by Maciej Zyglarski (B.D.D)

Au large, on voit les flots se superposer jusqu’à toucher les nuages.
Parfois, une ombre géante s’étire et puis disparait avec l’horizon.
On voit des vaisseaux fantômes qui sont semblables à ces montagnes rocheuses aux sommets enflammés par la neige.
Après avoir caressé les abysses, ton aileron revient à la surface effleurer l’écume, toucher le ciel.
Silencieux, inlassablement seul, tu voyages d’un océan vide à un autre à peu près identique. Rien ne le partage si ce n’est l’inclinaison sauvage des rayons d’un soleil acide. Tous ces pans bleus, verts, gris et noirs font partie de ton territoire.
Un trait énigmatique et imaginaire d’une étoile à une autre pourrait être ce que cherche ton regard. Tu avances, tu reviens sur d’anciennes pistes, tu retrouves de nouvelles traces olfactives. Tu as faim.
La distance entre l’aileron et la pointe de ta queue nous donne une idée approximative de l’envergure de ton appétit. Tu avalerais des rochers, des îles et des bancs entiers si tu n’étais qu’un vulgaire prédateur.
Tu mesures avec précision le moindre de tes gestes. Ta pureté est alliée à la force, à l’efficacité. Le temps, tu ne le gaspilles pas à la menace, à la haine. Tu le manges à pleines dents.

Latente

 

 

L’aileron du requin

L’apparition évanouie d’une simple symphonie dont on ignore l’origine

Le corps perdu de Morphée

La danse lumineuse d’une chevelure libérée des nœuds qui s’accumulent au cours d’une vie

Le dard de la raie après les caresses inouïes de ses nageoires de velours noir

L’impérial nuage argenté de milliers de petits visages curieux

La fleur mystérieuse qui éternellement voyage en happant le ciel

Le spectre de la certitude qui malgré les évidences que m’offre l’univers en se laissant transpercer par mon regard s’échappe tranquillement et se met hors d’atteinte.