88

brussels, belgium. waffles, chocolate, beer and much more!

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L’eau du canal tremble, j’entends les milliers de petites vagues miauler quand elles font leur entrée dans le ciel gris et velouté. Les péniches et les grues, les immeubles en construction et ceux que l’on détruit, la cimenterie et le cimetière pour la ferraille bien évidemment ne les entendent pas.

Le bus 88 passe sur le pont où l’on ne s’arrête pas, emprunte la route où quelques vieux arbres malades attendent qu’on les abatte. Soudain, comme une apparition, elle s’assied à côté de moi.

Son visage lisse et sa chevelure noire cachée par un foulard, elle me regarde, elle me parle, il lui semble que je sois malade mais ce sont ses yeux qui brillent comme quand on a de la fièvre.

Elle croit que je suis triste et pauvre mais c’est de sa pupille que glissent en silence des larmes. Elle dit un peu fort que je suis belle et que j’ai tort d’avoir peur de moi et d’elle.

Elle me murmure qu’elle vient de voir son bébé et ses sept autres enfants et qu’elle n’a plus le droit de les prendre dans les bras. Trois enfants sont nés morts de son ventre qu’elle cache sous une cape ample. Elle ne sait pas écrire, elle ne sait pas lire, on dit d’elle qu’elle est folle, méchante, dangereuse. Peut-être, me dis-je, mais sans doute pas autant que l’homme qui l’a frappée et emprisonnée pendant près de 17 ans.

Le bus 88 passe devant les vitrines chics de magasins fleuris, devant le Grand Théâtre Flamand et par des rues où attendent des putes. Le bus 88 s’arrête dans la citée-modèle pleine d’appartements qui se ressemblent. Il me dépose juste en face de ces bâtiments dessinés par Horta et quand il a atteint le terminus, le bus revient me chercher rempli d’enfants qui ont joué au foot, de vieux qui souffrent en ruminant, de femmes qui parlent comme des poissonnières des petits bobos de leurs chats. Heureusement dans leur cage, les félins se taisent et se contentent comme moi de regarder par la fenêtre un monde étrange qu’ils ne comprennent pas et les maintient en captivité.

Latente

 

 

L’aileron du requin

L’apparition évanouie d’une simple symphonie dont on ignore l’origine

Le corps perdu de Morphée

La danse lumineuse d’une chevelure libérée des nœuds qui s’accumulent au cours d’une vie

Le dard de la raie après les caresses inouïes de ses nageoires de velours noir

L’impérial nuage argenté de milliers de petits visages curieux

La fleur mystérieuse qui éternellement voyage en happant le ciel

Le spectre de la certitude qui malgré les évidences que m’offre l’univers en se laissant transpercer par mon regard s’échappe tranquillement et se met hors d’atteinte.