Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
L’olivier déverse dans le jardin une ombre qu’on pourrait presque boire
il ne reste qu’
une clôture à franchir
il n’est pas un chacal doré
il n’est qu’un renard roux assoiffé
attiré par cette odeur de vase
de désespoir
de mort et d’aile d’abeille transparente
il a le ventre sec et mangerait n’importe quoi
voilà qu’il rogne un tendre galet après lui avoir arraché les pattes et la tête
il songe au sang
il n’y a plus de carapace
à peine un bruit sec de bois lavé par le soleil
pas de moelle pas de sève ni de ruisseau à poursuivre
il entend encore en lui les cris et la détresse de sa colline ses bosquets cent cinquante lentisques et tellement de troupeaux de myrtes et de lavandes odorantes
broyés mécaniquement et sans le moindre questionnement par les mâchoires métalliques d’engins de chantier
le bruit de la botte l’odeur dans la poussière de la roche flamboyante réduite en gravier
l’assourdissant souvenir des corps qui se bousculent dans la fosse
commune sans pouvoir s’échapper ni même pousser le dernier soupir
Avant de disparaitre n’a-t-il pas le droit lui l’animal sauvage de questionner
Ils sont partout ils veulent apprécier la réalité des choses. Les plages, le soleil, les torrents des montagnes, le voile de la mariée, la mer, son eau transparente, les supermarchés, les sentiers balisés jusqu’au coeur de la montagne, les rues, les places, les églises, les villages perdus ou abandonnés, le ciel quand il n’y a pas de vent, quand il est sans nuages, exsangue et orange, bleu vide.
Heureusement, ils délaissent ce lieu délicieux où se réunissent quelques platanes pour parler entre eux. Les feuilles à double visage, l’un verdoyant, l’autre argenté applaudissent la poussière qui danse dans le vent. Il n’y a rien. Rien d’autre que quelques taches d’ombres et de lumières près de la gare. Elles connaissent l’heure de l’unique train.
Quand la nuit s’avance et entre dans les jardins, quelques fleurs évoquent entre elles le pays qu’elles connaissent si bien, traduisent en saveurs sucrées, citronnées ou iodées ce que la terre subit tout au long des heures chaudes de l’été. Le datura, la rose, la verveine citronnelle, les immortelles en essaims surgis du maquis, le jasmin de nuit.