Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
On dit souvent qu’il suffit de le vouloir vraiment pour que les rêves se réalisent. Tout se trouve à portée de celui qui « veut vraiment » . Tant pis pour tous les autres, ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent vraiment, tant pis pour ceux qui ne veulent plus rien et n’ont plus aucun espoir ou n’en ont jamais vraiment eu un.
Tant pis pour ceux qui ne veulent qu’à moitié et sont plus hésitants.
Pourtant, parfois il m’arrive de fermer les yeux, de souhaiter le plus fort que je peux d’avoir un cerveau-formule-1 capable de résoudre toutes les équations en un temps record. Il m’arrive de souhaiter très fort des choses complètement inutiles, futiles, faciles : un ruban bleu pour mon vélo, un macaron ou un tout petit morceau, le museau tout mignon d’un petit chaton, les minuscules épines de la rose la plus rose.
Je t’invite, toi et n’importe qui, à rêver tout haut, à crier ou à murmurer tout bas, ici, devant tout le monde ou là-bas à l’autre coin du monde. Abracadabra.
Regarde ce que tes phrases moribondes creusent en moi : une onde de choc, un cratère, un trou qui ne se referme pas. Ne vois-tu donc pas que je suis la transparence et que je suis destinée à caresser les choses, à donner aux évènements une fluidité, une certaine forme de l’absence ? Cesse de croire que je n’existe pas et qu’il faut camoufler ton cœur pour qu’il soit beau et qu’on y croie, qu’il faut tailler tes idées pour qu’elles soient complètes. Cesse donc de paraître, tu vaux tellement mieux que tout cela !
Combien de temps vas-tu encore assécher tes phrases, les enchâsser d’emphases, les laisser se goinfrer de cendres et s’habituer aux poussières du passé au quel plus personne ne croit? T’embourber dans les marécages, t’assister au triste spectacle que tu offres de toi-même? Combien de temps vas-tu perdre à évider le monde, à concasser l’harmonie, à obéir à la diète des règles dictées avec absurdité par une certaine intelligentsia littéraire ?
Relis, reprends et dépose-moi dans la paume de ta main. Redeviens-toi, pur et tendre, ruisselant de rosée, cesse de compter les secondes et les traces de pieds que tu as laissées derrière toi. Abolis ce qui te lie. Arrange un face à face avec la sensualité et le goût, avec l’instant, avec la vie. Ta larme, ta joie, ta beauté épanouies dans les plis de ton sourire ont tellement plus de poids, que ce semblant et le néant que tu tires lourdement partout où tu vas.
N’oublie pas que pour dépeindre ta peine, on utilise à peine, on ne laisse que la pointe du noir effleurer la surface de ce qu’on veut démontrer.Tout le reste est fluide et transparence. On démonte toutes les pièces de cette horloge, personne ne t’oblige à les remonter telles qu’elles t’ont été présentées.
Allons, ne laisse pas les cons marcher dans tes textes avec leurs bottes de soldats et leurs odeurs de graisse. Recommence jusqu’à ce qu’on ne me voit, jusqu’à ce que je n’existe presque plus et rien que pour toi. Apprends à rouvrir les yeux comme une première fois.
écrit suite à tout ce que j’ai pu lire de mauvais (en moins d’une soirée et de deux ou trois pas de souris) dans le monde intersidéral du net « littéraire ». Par respect pour les êtres humains, derrière ce cirque, je m’abstiens de mettre les liens, je m’efforce d’oublier que je ne suis qu’une miette.
Tous, n’ont pas vécu la fulgurante révolution qui s’est produite il y a presque 600 ans, dans la larme peinte sur une joue, infime détail alliant pigments noirs et blancs, pour rendre la transparence.
Elle est revenue. Pendant ton sommeil. Elle a pris une chaise et s’est assise près de ton lit. Tu dormais ou tu faisais semblant, pour ne pas avoir à lui parler. Elle aurait pu te dire quelque chose, te souffler à l’oreille : « Allons réveille-toi ! ». Au lieu de cela, elle a pris ton livre de chevet, a lu dans ton carnet, a découvert ton secret.
Elle aurait pu en rire bien fort, elle aurait pu faire grincer le parquet, réveiller l’angoisse. Elle a tourné les pages, elle est retournée sur ses pas. Et puis, elle est restée des heures sans bouger un cil, sans clore une paupière. Les mains sur les genoux. Sa chemise de nuit semblait comme de l’eau, couler de ses épaules aux coudes, des coudes aux poignets et puis entre les cuisses. Elle était lasse et mélancolique, maladive, perdue. Qu’aurais-tu pu lui dire ? Elle ne t’a jamais vraiment écouté. Elle n’a jamais voulu savoir qui tu étais vraiment. Et puis maintenant, tu dors, tu ne te réveilles pas. Tu sais que son visage est en cire, son cœur de marbre et qu’elle ne t’avouera jamais le moindre sentiment, la douce petite larme qu’une mère devrait avoir pour son enfant, elle ne l’a pas. Elle n’a jamais su pleurer que sur elle-même ou sur le pauvre petit chat écrasé, retrouvé dans un fossé. Elle attendait comme un monstre, que tu te fasses mal et que tu plonges. Ses phrases tournaient court. N’utilisaient que la négation. Elle savait se servir contre toi, du fouet du silence, enfoncer son couteau dans tes plaies, broyer ton plus petit espoir.
Elle ne veut toujours rien te concéder, elle n’est pas revenue pour cela. Elle est venue coller son front en cire contre la peur qui te rend les mains moites. Elle est venue t’apporter son malaise, ses sueurs froides et son ventre pourri qui se tord. Elle a oublié ton nom. Elle se moque bien que tu sois endormis, que ta vie se soit malgré tout poursuivie.
Elle est revenue mais toi, tu dormais, tu rêvais encore. Tu rêvais qu’elle enlèverait son masque de mort et te prendrait enfin dans ses bras.