Il a neigé de la soie
pas partout,
juste là,
à cet endroit
où tu te déposeras
.
Je n’y croyais pas mais oui, certains écrivent pour combler le vide. Un vide absolu. Creux et sec et non pas celui pur et relatif que soutient une architecture sobre. Les coquilles et les épluchures qu’ils présentent pour textes, n’autorisent aucune contemplation, aucune des formes du plaisir. Tout est conçu pour l’esthétisme et les apparences. Rien n’est, tout a peu, très peu de goût et aucune saveur.
Si j’en viens à râler et à m’esclaffer : pour qui vous vous prenez ? On me répondra : voyons , vous ne comprenez pas, la modernité nous permet tout, même de jongler avec le vide à l’infini. Je les laisse à leurs cirques, ils m’épuisent.
Je lis des pages entières- et il faut que je m’accroche-de tournures bancales, de contrefaçons banales, d’inutilités pédantes, d’entassements de mots déchus. Parfois, je vais les lire comme celui qui cherche la gifle pour se sentir éveillé. Juste pour me prouver que j’existe autrement qu’eux. Ou comme aujourd’hui, pour rire et faire mes griffes.
Mais qu’est-ce que j’aime lire, si je n’aime pas le contemporain numérique ? J’aime lire ce que je ne peux écrire, tout ce qui ne peut être mieux. Lorsque l’autre a réussi à traduire sans que j’ai à me dire : oui, mais j’ai encore faim. Lorsqu’il est parvenu à construire (en contournant le vide)ou à déconstruire(pour contourner le vide) sans un geste de trop. Lorsque je reste muet, c’est alors que j’aime. Autrement dit, j’aime tremper ma croute de pain dans le jaune d’oeuf tiède et dégoulinant, savourer la chair albumineuse et laisser la coquille sur le côté. Être rassasié par une idée qui ne serait pas creuse.
Pour les adorateurs, il reste des bougies.
Sous l’eau, je ne possède rien. Tout se tient dans ma petite maison au bord du lac. De temps à autre, je jette un objet dans l’eau en me disant: c’est cela en moins pour m’encombrer. Parfois une tuile, parfois une brique que j’ai pu détacher de ma façade. Chaque fois le plouf dans l’eau me ravit. Aujourd’hui une chaise, demain une latte du plafond. Jamais deux fois sur la même journée; je hais la précipitation. Habiter loin de la ville n’est facile pour personne. Comme j’ai bien fait de me trouver un dérivatif! Un jour, je plongerai dans le lac. Le regard tourné vers la côte, je penserai: sur terre, je ne possède rien; tout se tient au fond de l’eau.
Tu ne sais pas, ton innocence se baigne encore dans l’enfance. Tu crois que le mensonge s’habille des mêmes étoffes que les secrets qui serpentent sur les chemins de tes jeux. Tu es persuadé que la peine est la petite larme qui tremblote et coule malgré toi, jusqu’à tes lèvres. Tu crois qu’il n’est pas un cœur aussi noir que le tien, une âme aussi lâche que la tienne. Tu penses avoir commis les plus infâmes péchés en te prêtant à la fantaisie rieuse de tes rêves, en inventant de faux sortilèges pour rendre ton quotidien un peu plus miraculeux. Tu aimerais oublier les méchancetés inutiles et vulgaires des plus vieux.
Le Saint Livre des prières contient et explique à lui seul, la plupart des mystères. Il te dira, du moins tu le crois, pourquoi c’est toujours aux enfants de se taire.
Il viendra ce jour, où tu seras assez grand pour comprendre pourquoi l’un mange à sa faim et l’autre la terre. Il viendra ce jour qui te rendra la lumière, il viendra ce moment où l’Absolu Silence te parlera et éclaircira ta voie. Tu crois que Dieu est bon, qu’Il ne répond qu’aux souhaits des justes, des purs, des nobles et que s’Il ne t’entend, c’est sûrement de ta faute.Tu le crois. Tu crois que ta vie ne vaut rien.
Tu ne sais pas que Ses anges chevauchent les dragons qui crachent les feux de la haine, en distribuant les faveurs aux plus forts, aux plus riches, aux plus gras. Tu ne sais pas que les dés sont pipés et que Jésus est un adulte comme les autres, il ne joue plus. Ou alors seulement à duper les foules pour qu’elles se taisent et deviennent des troupeaux. Il faut qu’on aie peur.
Tu ne devines pas tout ce qu’attribue le pouvoir, sans poser de conditions, à tous ceux qui édictent les lois. Le mal, pour toi, ne va pas plus loin que ce doux désir caché au fond de ton ventre, qu’on transforme en venin alors qu’il est plus vrai que nature. Tu n’imagines pas qu’On se moque de toi, qu’On manipule l’Amour pour en faire un vice, la nudité, une plaie qu’il faut cacher.
Tu ne soupçonnes rien, ni personne. Tu ne te figures pas qu’on puisse faire honte à tes désirs, en les transformant en concupiscence et dégénérescence.
Tu ne conçois qu’un monde rond et lisse, comme le font les enfants. Les hosannas murmurées tous les soirs, à la petite chapelle que forment tes deux mains jointes, trouvent la voie des cieux et celle du Seigneur, tu en es absolument certain. Tu n’imagines pas, un seul instant, que Ses Anges soient des exterminateurs.
On dit souvent qu’il suffit de le vouloir vraiment pour que les rêves se réalisent. Tout se trouve à portée de celui qui « veut vraiment » . Tant pis pour tous les autres, ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent vraiment, tant pis pour ceux qui ne veulent plus rien et n’ont plus aucun espoir ou n’en ont jamais vraiment eu un.
Tant pis pour ceux qui ne veulent qu’à moitié et sont plus hésitants.
Pourtant, parfois il m’arrive de fermer les yeux, de souhaiter le plus fort que je peux d’avoir un cerveau-formule-1 capable de résoudre toutes les équations en un temps record. Il m’arrive de souhaiter très fort des choses complètement inutiles, futiles, faciles : un ruban bleu pour mon vélo, un macaron ou un tout petit morceau, le museau tout mignon d’un petit chaton, les minuscules épines de la rose la plus rose.
Je t’invite, toi et n’importe qui, à rêver tout haut, à crier ou à murmurer tout bas, ici, devant tout le monde ou là-bas à l’autre coin du monde. Abracadabra.
Quand les arbres tendent leurs bras vers le ciel
quand le fleuve s’épanche comme une vieille
je sors
On ne peut pas dire qu’il fasse beau
Le temps a été découpé au couteau
L’eau s’est transformée en huile lasse et
lente
le vent
se fait fouetter par les roseaux
Il n’est pas une seule plante
qui ose encore attendre
Je vais
sans savoir, sans avoir
un seul caillou aussi lourd que l’espoir
Je n’ai plus rien à dire et à défaire
je n’ai plus
Rien à penser ou bien c’est pire
Il ne me reste que cette faim
et la peur
que tu m’oublies
Regarde ce que tes phrases moribondes creusent en moi : une onde de choc, un cratère, un trou qui ne se referme pas. Ne vois-tu donc pas que je suis la transparence et que je suis destinée à caresser les choses, à donner aux évènements une fluidité, une certaine forme de l’absence ? Cesse de croire que je n’existe pas et qu’il faut camoufler ton cœur pour qu’il soit beau et qu’on y croie, qu’il faut tailler tes idées pour qu’elles soient complètes. Cesse donc de paraître, tu vaux tellement mieux que tout cela !
Combien de temps vas-tu encore assécher tes phrases, les enchâsser d’emphases, les laisser se goinfrer de cendres et s’habituer aux poussières du passé au quel plus personne ne croit? T’embourber dans les marécages, t’assister au triste spectacle que tu offres de toi-même? Combien de temps vas-tu perdre à évider le monde, à concasser l’harmonie, à obéir à la diète des règles dictées avec absurdité par une certaine intelligentsia littéraire ?
Relis, reprends et dépose-moi dans la paume de ta main. Redeviens-toi, pur et tendre, ruisselant de rosée, cesse de compter les secondes et les traces de pieds que tu as laissées derrière toi. Abolis ce qui te lie. Arrange un face à face avec la sensualité et le goût, avec l’instant, avec la vie. Ta larme, ta joie, ta beauté épanouies dans les plis de ton sourire ont tellement plus de poids, que ce semblant et le néant que tu tires lourdement partout où tu vas.
N’oublie pas que pour dépeindre ta peine, on utilise à peine, on ne laisse que la pointe du noir effleurer la surface de ce qu’on veut démontrer.Tout le reste est fluide et transparence. On démonte toutes les pièces de cette horloge, personne ne t’oblige à les remonter telles qu’elles t’ont été présentées.
Allons, ne laisse pas les cons marcher dans tes textes avec leurs bottes de soldats et leurs odeurs de graisse. Recommence jusqu’à ce qu’on ne me voit, jusqu’à ce que je n’existe presque plus et rien que pour toi. Apprends à rouvrir les yeux comme une première fois.
écrit suite à tout ce que j’ai pu lire de mauvais (en moins d’une soirée et de deux ou trois pas de souris) dans le monde intersidéral du net « littéraire ». Par respect pour les êtres humains, derrière ce cirque, je m’abstiens de mettre les liens, je m’efforce d’oublier que je ne suis qu’une miette.
Tous, n’ont pas vécu la fulgurante révolution qui s’est produite il y a presque 600 ans, dans la larme peinte sur une joue, infime détail alliant pigments noirs et blancs, pour rendre la transparence.