Je nage
dans un torrent de promesses
tes vagues me caressent
je nage en découvrant les chemins qui cherchent
la meilleure lumière
je plane en me confiant à tes mains
me damne sans connaître autre enfer
que celui qui brûle
à l’orée de ton sexe
Tout au bout de chaque jour, il devrait y avoir une porte. Une porte ouverte et discrète. Une porte par laquelle je pourrais, si j’en ai le souhait, sortir. Sortir du monde, me mettre en retrait. Sortir de moi-même. Il faudrait pouvoir entrer et sortir.
Il faudrait que je puisse me défaire de tous les faits qui ont jalonné ma vie. Supprimer les regrets, supprimer l’absurdité de la culpabilité.
En sortant, je commencerais par ne plus vouloir être moi pour une heure.
Je voudrais être résorbé.
Dévolu à voler dans les couleurs à l’état pur, à être compris, à être inclus.
Avoir la sensation légère de ne plus devoir être. Car être moi, c’est être condamné à vivre dans une prison trop petite, c’est être incapable et défaillant.
Je voudrais éteindre mon regard pour ne plus avoir à voir l’échec de l’existence, à en mesurer avec autant de précision la défaite.
Je voudrais être regardé sans égard.
Devenir la poussière de la poussière et ainsi même obtenir une sorte de libération.
Savourer la grâce de ne pas devoir appartenir à la race humaine et se rendre complice de ses agissements écœurants. Dans le silence.
N’être qu’une infime parcelle sans importance, libre de toute fatalité et de toute obéissance. N’assumer qu’un seul état et qui ne serait pas celui de la conscience de l’impuissance.
Le jour devrait avoir des portes, des fenêtres. Des fenêtres pour partir partiellement.
On devrait pouvoir s’offrir la possibilité de renaître en ouvrant une porte. D’oublier. De transparêtre
Mais, au bout du jour, vient la nuit. Viennent les heures somnambules qui condamnent les rêves à errer comme des fantômes, à n’être jamais pris aux sérieux par moi. Au bout du jour, la clôture. Je ne parviens jamais à aller au-delà.
Si le soleil te tend la main
ne le cueille pas
comme une quelconque
feuille
mais bois
la lumière
de ton œil
laisse tes pensées
effleurer
les effluves vertes et dorées
comme le miel
la Beauté coule à la surface des choses
te laisse naviguer
à ton gré
deviens le savant jardinier
de ton âme et de tes idées
Entre ces deux épines
ma soif la faim
ma difficulté d’être
*
entre ces deux épines
la culpabilité trace la certitude des rides
peut-être
*
Entre ces deux épines
ma rugosité
en souvenir des venins
peut apparaître
*
Entre ces deux épines
mes jours
noués les uns aux autres
les filets d’un piège
qu’il est désormais impossible
à défaire.
comme un jeune enfant
le vent
pleure
Je ne reconnais plus personne. Retenir les détails d’un visage m’est difficile, voire impossible. Il faudrait que je puisse me dire : ce visage est content, ce visage est heureux, ce visage s’amuse et dit vrai. Seulement personne ne dit ce qu’il pense, alors j’oublie. Le trait pour le sourire flotte dans le vide, le sourcil de l’ennui communie avec la bouche qui donne un baiser. Vite fait.
Faire le portrait d’un robot, décrire une plante jusqu’à son moindre détail, je peux. Expliquer la beauté de l’oeil du cheval, je peux. Mais retenir un visage, je ne peux pas. Sauf si, je l’ai vu des milliers de fois. Si je vois un visage mille fois, c’est que je l’aime. Je n’oublie pas ceux que j’aime. Tout de même.
Je marche dans la rue. Je voudrais être un quelconque individu mais l’idée galope dans ma tête. L’idée veut faire le tour de la terre, pour me détourner de moi-même. L’idée ne veut rien entendre. Elle parle sans attendre de réponse. Elle malaxe la syntaxe, elle déboulonne les structures. Elle résonne comme dans les cavernes. Elle est creuse.
Comme j’aimerais parfois ne pas avoir d’idées de cet ordre là.
L’idée galope dans un tambour. Les gens dans la rue ont sorti leurs masques pour déambuler en troupeaux, pour dégouliner comme une lave de boue. Si l’un d’entre eux s’approche de moi, si l’un d’entre eux me touche, je le tue. Je le piétine, je le laboure.
Le vrai visage derrière le masque n’existe pas. Je ne connais personne qui soit ce qu’il dit. Je ne connais personne qui soit un fait simple et concis, pur et parfait, irrévocable. Tenu entre deux limites. La vraie nature se cache et n’appartient qu’aux choses et aux idées. Je marche, mon poing dans la poche. Il pleut. Il pleut mais je m’en fous. Le temps ne compte plus. L’idée épluche les secondes et distribue des miettes à l’éternité. Mon poing semble avoir trouvé le rythme de l’idée. Il est prêt à cogner.
N’ais-je jamais été ce veau qu’on mène où il faut ? Oui, je l’ai été et sans éprouver la moindre gêne. J’ai donné ma confiance, j’ai vendu ma peau comme je donnerais la main à un ami, sans connaître la suspicion. Je ne conçois pas de mensonges communs par complaisance. Sauf lorsque l’idée vient. L’idée ne parle pas à travers moi mais en travers de moi, elle me transgresse. Elle tord chacune de mes phrases, elle broie ma voix.
Je ne peux pas lui parler, je ne peux plus raisonner. L’idée tambourine, exaspère, tourne en vrille. Je puis juste partir, marcher, marcher.
Respirer, déglutir, laisser battre mon cœur ne se font plus naturellement, sans l’idée. L’idée que j’irai jeter d’un pont, noyer dans le fond d’un lac glacé, fracasser sur le prochain mur. Je marche, je vais marcher jusqu’à ce que je rencontre un mur. Un cul de sac, un bloc. Un mur qui me dira : mais qu’est-ce que t’es con, rentre chez toi.