L’Ange exterminateur

Tu ne sais pas, ton innocence se baigne encore dans l’enfance. Tu crois que le mensonge s’habille des mêmes étoffes que les secrets qui serpentent sur les chemins de tes jeux. Tu es persuadé que la peine est la petite larme qui tremblote et coule malgré toi, jusqu’à tes lèvres. Tu crois qu’il n’est pas un cœur aussi noir que le tien, une âme aussi lâche que la tienne. Tu penses avoir commis les plus infâmes péchés en te prêtant à la fantaisie rieuse de tes rêves, en inventant de faux sortilèges pour rendre ton quotidien un peu plus miraculeux. Tu aimerais oublier les méchancetés inutiles et vulgaires des plus vieux.

Le Saint Livre des prières contient et explique à lui seul, la plupart des mystères. Il te dira, du moins tu le crois,  pourquoi c’est toujours aux enfants de se taire.

Il viendra ce jour, où tu seras assez grand pour comprendre pourquoi l’un mange à sa faim et l’autre la terre. Il viendra ce jour qui te rendra la lumière, il viendra ce moment où l’Absolu Silence te parlera et éclaircira ta voie. Tu crois que Dieu est bon, qu’Il ne répond qu’aux souhaits des justes, des purs, des nobles et que s’Il ne t’entend, c’est sûrement de ta faute.Tu le crois. Tu crois que ta vie ne vaut rien.

Tu ne sais pas que Ses anges chevauchent les dragons qui crachent les feux de la haine, en distribuant les faveurs aux plus forts, aux plus riches, aux plus gras. Tu ne sais pas que les dés sont pipés et que Jésus est un adulte comme les autres, il ne joue plus. Ou alors seulement à duper les foules pour qu’elles se taisent et deviennent des troupeaux. Il faut qu’on aie peur.

Tu ne devines pas tout ce qu’attribue le pouvoir, sans poser de conditions, à tous ceux qui édictent les lois. Le mal, pour toi,  ne va pas plus loin que ce doux désir caché au fond de ton ventre, qu’on transforme en venin alors qu’il est plus vrai que nature. Tu n’imagines pas qu’On se moque de toi, qu’On manipule l’Amour pour en faire un vice, la nudité, une plaie qu’il faut cacher.

Tu ne soupçonnes rien, ni personne. Tu ne te figures pas qu’on puisse faire honte à tes désirs, en les transformant en concupiscence et dégénérescence.

Tu ne conçois qu’un monde rond et lisse, comme le font les enfants. Les hosannas murmurées tous les soirs, à la petite chapelle que forment tes deux mains jointes, trouvent la voie des cieux et celle du Seigneur, tu en es absolument certain. Tu n’imagines pas, un seul instant, que Ses Anges soient des exterminateurs.

C’est aussi un film de Luis Bunuel et ça de James Ensor

Ô

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