Fugue

Parmi les petites ombres qui dansent comme des flammes

quelques sonorités réduites en cendres
quelques mots halos imprimés sur la rétine
persistent

Plus loin
quelque part sur l’écorce d’un pin 

une cigale redistribue au goutte à goutte l’azur évaporé

Loin, très loin le vrombissement de la guêpe s’interrompt
le temps infime
de prendre soin de l’autre qui assurément partage le même nid

La montagne ouvre sa gueule 

le félin baille

le nuage qui frôlait la vague

a disparu 

mon regard ne se souvient que de brûlures

le rythme de mon coeur s’accorde à celui d’un incendie

dont tout le monde dit que c’est un désastre

indifférent l’arbre qui ne peut fuir

la glycine qui a choisi malgré des milliers d’années d’évolutions de ne jamais apprendre à voler tout en maitrisant l’art parfait de la légèreté 

?

L’ombrageux

Une Graminée

gravit le souffle frais

du vent avant l’orage 

l’ombrageux va agitant l’encolure

et des oliviers le plumage vert argent

à l’appel langoureux 

de la tourterelle éternellement 

seule et assoiffée de ciel 

un soleil solitaire sème 

nuages 

particules safranées

et ce qu’on retient des vagues

quand elles se sont dissipées

et qu’on se dit

ce grain de sable sous le regard

finalement

ce n’est pas si grave

Difficulté passagère

La plume fossilisée d’archéoptéryx découverte en Bavière en 1861.
 Museum fur Naturkunde

Serpent à sonnette 

À plumes dans l’olivier

Parmi la distribution quotidienne de pollen 

Un merle et quelques mésanges 

Ont vu de loin passer un geai géant 

Son ombre comme celle d’un cerf-volant 

Était semblable à celle d’un milan 

Le silence est rompu en mille éclats verts 

Scintillement de voix effervescences d’envols 

Miniature


Christ cloué sur la Croix
Heures de Marguerite d’Orléans
France (Rennes), XVe siècle.
BnF, département des Manuscrits, Latin 1156 B, fol. 139
© Bibliothèque nationale de France

Dans ce jardin encerclé par le ciel
la pluie se dessine comme les fils d’une toile d’araignée
on assure que la lumière reste visible seulement dans les fleurs
quelques points se suspendent dans les coeurs

pour déjouer les sorts se préserver du doute et de la peur

s’incruste partout le lapis lazuli
les étoffes outre-mer

habillent l’espace et le vide

et rythment des flots

Pourparlers

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Pour parler 

De la mer les vagues 

L’attraction amoureuse d’un astre

Qui ne sait que se taire 

Le temps fait de grains grignote 

La lumière ou ce qu’il en reste 

Lorsque enfin me parvient l’onde

Qui témoigne d’un effondrement sidéral 

Pour parler de l’animal en moi

Une âme muette minérale 

Qui se persuade qu’il n’est jamais trop tard